Un double A, assorti cependant d’une « perspective négative ». Le 23 octobre, l’agence américaine Moody’s s’est finalement abstenue de dégrader la note de la France, qui évalue la capacité de l’État à rembourser sa dette. À la surprise générale, car « la dette française demeure une véritable bombe à retardement », résume, sur Euronews, Jérémie Peloso, stratégiste chez BCA Research.
Les scènes de pillage, la mobilisation sociale, les revendications des lycéens, qui réclament eux aussi plusieurs milliards d’euros, continuent d’effrayer nos créanciers. Depuis le 19 octobre, la France emprunte à dix ans au taux de 5,1 % – du jamais-vu depuis un quart de siècle. Le spread, c’est-à-dire la différence entre les taux français et allemand, est désormais à son plus haut niveau depuis 2011.
« Lâcheté idéologique »
Le déficit public devrait à nouveau déraper à 5,4 % du PIB en 2026 et la dette pourrait atteindre l’an prochain 121,7 % du PIB, soit 3 814 milliards d’euros. « La France ne parvient pas à se défaire de ses démons : la dépense sans fond, inarrêtable, conséquence de sa lâcheté démagogique et idéologique. Il faut qu’elle consomme, qu’elle dilapide parce que les dirigeants ne savent pas dire non, parce que les citoyens ne cessent de se plaindre », analyse la philosophe Chantal Delsol dans Le Figaro (23/10). Selon elle, le niveau inédit de violences s’explique par les fausses promesses de l’État-Providence, en voie d’effondrement : « Nous sommes arrivés au bout de notre cycle socialiste et tout régime socialiste finit dans la faillite financière. […] C’est un régime idéologique qui ne regarde que les besoins et les désirs et dépense sans compter en mangeant son capital. […] Dans les lycées, on préfère avoir des professeurs fonctionnaires, mal payés et trop souvent absents, et dans les hôpitaux, près de la moitié du budget est allouée à des bureaucrates dont l’utilité laisse à désirer. L’État de la France d’aujourd’hui fait bien penser à la Soviétie des années 1980 ».
Les parlementaires feront-ils preuve de responsabilité ? Le budget de la Sécurité sociale pour 2027, qui comportait des mesures d’économies, a été rejeté à la quasi-unanimité par l’Assemblée nationale, en première lecture, avant de partir pour examen au Sénat. Sidéré par la désinvolture de certains députés, le ministre des Comptes publics, David Amiel, a déclaré : « On ne peut pas avoir d’un côté des taux d’intérêt qui flambent et, ici, s’enfermer dans une quatrième dimension. »
Mise sous tutelle financière ?
Les marchés patienteront-ils jusqu’à l’élection présidentielle ? Et les conditions seront-elles réunies, ensuite, pour faire les réformes structurelles nécessaires ? Devant les risques encourus pour l’économie mondiale, certains analystes évoquent une mise sous tutelle financière de la France. Pourtant, « une intervention du Fonds monétaire international est absurde », estime Pierre Jaillet, un ancien directeur général de la Banque de France, dans Le Monde (23/10)… bien que le FMI soit déjà intervenu en Grèce, au Portugal et en Irlande. En Grèce, en 2010, le FMI, la Banque centrale européenne et la Commission avaient exigé une baisse de salaires de fonctionnaires, des hausses du temps de travail, des coupes dans les dépenses publiques et des réformes du marché du travail, en contrepartie d’un prêt de 110 milliards d’euros.
Depuis cette crise, la zone euro s’est dotée de ses propres outils, à travers le mécanisme européen de stabilité (MES) pour venir en aide aux pays en difficulté. Ainsi pourrait-on imaginer un prêt accordé à la France conditionné à un plan d’austérité.