En cette fin d’après-midi, alors que les députés défilent à la tribune de l’Assemblée nationale pour fournir les explications de vote avant la décision finale, quelques centaines d’opposants sont rassemblés devant le Palais Bourbon, attendant avec inquiétude le verdict. Au terme d’une succession de quatre Premiers ministres, de huit ministres de la Santé, de trois rapporteurs généraux de ce texte, d’une navette incessante entre l’Assemblée nationale et le Sénat, la Chambre basse a définitivement adopté la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté en France, à 291 voix pour, et 241 contre.
Cœurs serrés
À l’annonce de cette rupture civilisationnelle majeure, qui entamera la confiance accordée aux soignants, qui reconnaîtra que certaines vies ne méritent pas d’être vécues, qui altèrera gravement les liens de confiance entre les générations, entre les soignants et les malades, entre les patients et leurs familles, les cœurs se serrent et les mains se joignent. Certaines larmes coulent, un silence pesant s’abat. Mais l’espérance ne semble pas vaincue. « Notre présence est d’abord un témoignage de protestation, mais aussi une promesse d’engagement, déclare Tugdual Derville, porte-parole d’Alliance Vita. Nous nous engageons à défendre toutes les victimes de cette loi désastreuse, à défendre les établissements qui refuseront de l’appliquer : vous serez toujours dignes d’être soignés, dignes d’être aidés. »
« Nous avons perdu une bataille mais nous n’avons pas perdu la guerre, ajoute Marie-Lys Pellissier, porte-parole de la Marche pour la vie. Le jour où l’on aura perdu est le jour où l’on se taira, et on ne se taira pas ! » La loi « créant un droit de mourir va se transformer en devoir de partir », condamne Lucie Pacherie, responsable plaidoyer à la Fondation Jérôme-Lejeune, sur LinkedIn. Les premières victimes seront les personnes vulnérables, âgées, ou porteuses d’un handicap mental ou physique. Pour les manifestants, les prétendus garde-fous ne sont que des illusions, les conceptions du progrès et de la liberté invoquées par les promoteurs de cette loi sont erronées : des malades seront tentés de se tourner vers l’euthanasie, face à la pression financière imposée à leurs proches.
Recours au Conseil constitutionnel
Gérard Larcher, Sébastien Lecornu, et à leur tour plusieurs parlementaires et associations ont annoncé déposer des recours au Conseil constitutionnel : certains articles de cette loi ne sont pas conformes à la Constitution. « L’Assemblée a voté un texte monstrueux, on sait déjà qu’il est illégal », commente Jean-Marie Le Méné, président de la Fondation Lejeune. Il s’agit notamment du délai trop court de rétractation des malades ayant demandé à recourir à l’aide à mourir, la question de la volonté libre et éclairée, ainsi que l’obligation des établissements de pratiquer l’euthanasie. « Qui nous dit que, bientôt, cette loi ne s’appliquera pas aussi aux mineurs ? Ce qui concernera également nos maternités. Nous ne pourrons pratiquer l’euthanasie au sein de nos hôpitaux, prévient Sœur Marie-Matthieu, Petite Sœur des maternités catholiques. Donc nous irons en prison, ou bien nous paierons des amendes. »
« Il sera plus facile d’être tué que d’être soigné, déplore encore Jean-Marie Le Méné. Mais le véritable débat commence », par l’engagement dans la défense du personnel médical et des malades, et le travail auprès des consciences. Le Conseil constitutionnel doit rendre sa décision d’ici le 15 août. Il ne pourra pas réécrire le texte, mais pourra émettre des réserves, ou censurer certaines dispositions. Si le texte est inchangé, il sera applicable dès janvier 2027. « Nous devons donc battre le fer tant qu’il est chaud ! lance Marie-Lys Pellissier. L’une des options possibles, d’ici là, est de demander la suspension de l’application de cette loi en attendant que celle sur les soins palliatifs soit totalement appliquée, ce qui nous laisserait plus de temps. » Selon elle, il faut appeler les candidats à l’élection présidentielle à abroger cette loi, l’une des plus permissives au monde en la matière. « Il faut absolument que l’on continue à se battre contre cette loi, que l’on maintienne le sujet très à vif, qu’on l’impose dans les présidentielles. Nous ne pouvons pas repartir vaincus, comme après l’adoption de la loi Veil. Il faut développer les initiatives solidaires, le bénévolat dans les Ehpad et poursuivre notre travail auprès des consciences. »
Léon XIV en France, un espoir ?
Les catholiques continueront à « servir la vie », avertissent les évêques de France, dans un communiqué publié dans la foulée de l’adoption du texte, condamnant « une rupture grave dans l’histoire de notre pays ». Ils encouragent « aussi les établissements catholiques de soin à être des témoins fidèles de l’indispensable attention éthique au respect des valeurs humaines fondamentales, en s’abstenant de comportements clairement illicites d’un point de vue moral, en vertu de la dignité de toute vie humaine ». « C’est vrai, nous avons tellement prié, il y a eu de magnifiques initiatives de prière et de jeûne, partout, analyse Marie-Lys Pellissier. C’est un mystère que l’on comprendra plus tard. Il faut le voir comme quelque chose de positif, nous avons évangélisé et interpellé, remis la religion dans la tête des Français. Toutes ces prières n’ont pas servi à rien, il y a eu sûrement beaucoup de grâces. » Pour la suite, les catholiques espèrent notamment beaucoup de la visite du Pape en septembre, qui a choisi pour devise de son voyage : « Pour que le monde ait la vie », et qui a rappelé à de nombreuses reprises que le premier des droits, qui conditionne tous les autres, est le droit à la vie.
