Fernand Py, François Brochet... Les disciples d'Henri Charlier - France Catholique
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Le journal de la semaine

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Fernand Py, François Brochet… Les disciples d’Henri Charlier

Parmi les nombreux disciples qu’Henri Charlier forma à sa pensée de l’art et à la technique de la taille directe, Fernand Py figure parmi les plus importants. Lui-même forma par la suite François Brochet, à Auxerre. Une filiation féconde.
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La Pleureuse d’Onesse, statue sculptée par Henri Charlier et Fernand Py. © Fr Henri

L’histoire commence en 1912. Fernand Py (1887-1949) est déjà un sculpteur surdoué sur bois et sur ivoire. Il a 25 ans, Charlier en a 29. Py devient son élève, alors que Charlier est tout juste en train de découvrir la taille directe, comme il le raconte lui-même : « Je ne faisais que m’aviser alors qu’on pouvait faire de la sculpture directement dans la pierre et que c’était indispensable pour rendre à la sculpture le caractère monumental qu’elle avait perdu depuis des siècles (…) surtout ce qu’elle avait perdu en même temps, cette qualité de tension de la forme, indispensable à la profondeur des œuvres. C’est en ces temps-là que Py vint me trouver, et l’une de ses premières questions fut celle-ci : « Tous les copains, tous les professeurs me disent : toi, tu devrais faire du modelage. Qu’en pensez-vous ? Gardez–vous en bien, lui répondis-je. Et je lui expliquai pourquoi. » Charlier, maître d’art et de pensée, enseigne à Py la taille directe et lui transmet la grande tradition des beaux-arts, celle de la forme et de la couleur, redécouverte avec l’exposition des Primitifs français, en 1904 (cf. page 13). Charlier appréciait beaucoup Fernand Py, qu’il qualifie d’« artiste-né » et de « génie intuitif », dont les « jugements étaient fins et sûrs, non seulement sur la forme elle-même, d’un point de vue simplement artistique, mais sur « l’esprit » qu’elles traduisaient ». Séparés par la guerre, les deux hommes se retrouvent en 1919, lorsque Py vient travailler dans l’atelier de Charlier, à Cheny, où il reste jusqu’en 1923, l’assistant et collaborant à la création de ses premières statues monumentales, parmi lesquelles la Pleureuse d’Onesse, la Jeanne d’Arc de Villers.… Py est si doué que Charlier parle de lui comme son élève et « compagnon ». Après le départ de Charlier au Mesnil-Saint-Loup, les deux hommes continuèrent à collaborer occasionnellement, notamment au sein de la confrérie d’artistes chrétiens de l’Arche, intégrée par Py en 1920.

De Py à Brochet

Celui-ci, devenu maître à son tour, eut parmi ses élèves favoris, dans son atelier d’Auxerre, François Brochet (1948-2001), dont le père, Henri, était l’ami intime de Py. Ce jeune sculpteur reçut, à travers son maître, l’héritage de la taille directe et de la réforme artistique transmises par Charlier et de la confrérie de l’Arche. «Le travail d’art religieux de mon père est le fruit de toute cette mouvance… Jusqu’en 1963, où Vatican II a mis fin subitement à l’art sacré», témoigne son fils, Germain Brochet. «Il s’est mis alors à travailler avec la poète Marie Noël sur le thème de l’innocence, sur lequel elle écrivait.» Celle-ci écrira de son cher ami François Brochet qu’il possède «une âme d’artiste où fleurit en toutes saisons la fantaisie créatrice… et la main du maître ouvrier dont le talent plie à son jeu le bois ou la pierre.» Sur son lit de mort, en 1949, Fernand Py transmet à son cher élève cette dernière recommandation : «En profondeur, n’est-ce pas… travailler toujours de plus en plus… en profondeur.» Après sa mort, Charlier écrira de lui : «Py vivait modestement, n’exposant pas, éloigné de toute coterie, s’élevant de jour en jour dans la vie chrétienne. (…) Il a voulu se présenter devant Dieu le ciseau et la massette en mains, et c’est ainsi qu’il fut mis dans son cercueil.»