Grande émotion à Compostelle le mardi 4 juillet quand fut annoncée le vol du Codex Calixtinus. Les chanoines après deux jours de vaines recherches internes s’étaient décidés à faire connaître cette perte inestimable du point de vue financier mais surtout document cher au cœur des Galiciens et, plus largement, des Espagnols. Le communiqué de l’Agence France Presse, repris par la plupart des médias commence ainsi :
Un manuscrit du 12ème siècle d’une valeur inestimable, considéré comme le premier « guide » du chemin de Compostelle, a mystérieusement disparu de la cathédrale de Saint-Jacques, haut-lieu de pèlerinage dans le nord-ouest de l’Espagne. Le précieux incunable, illustré d’enluminures, était habituellement entreposé dans une salle d’archives de la cathédrale à laquelle n’ont accès que trois personnes, a expliqué jeudi le doyen de la cathédrale, ….
Les lecteurs cultivés auront rectifié d’eux-mêmes, il s’agit bien d’un manuscrit. Ce n’est donc pas un incunable, terme désignant les premiers documents imprimés.
Mais en quoi ce manuscrit est-il si précieux pour Compostelle ?
Sous le simple titre de Jacobus, il rassemble, en quatre livres, des textes relatifs au culte (Livre I), aux miracles (Livre II), à la Translation du corps de l’apôtre (Livre III) et aux chemins conduisant à Compostelle (Livre IV). Entre le Livre III et le Livre IV, il intègre l’Histoire de Charlemagne et de Roland attribuée à Turpin, archevêque de Reims (communément appelée le Pseudo-Turpin). Au delà du quatrième livre, un appendice contient encore des poèmes de caractère liturgique ou hagiographique et des pièces musicales. Ce manuscrit contient donc tous les textes sur lesquels repose la légende de Compostelle et présente un ensemble indispensable à la compréhension des cultes rendus à saint Jacques en Galice. Cette connaissance n’est heureusement pas perdue avec sa disparition. Il en existe un fac-similé et plusieurs traductions dont une en français. Mais avec le manuscrit, c’est un témoin matériel majeur qui disparaît. Pour en savoir plus, voir un article de son traducteur en français http://www.saint-jacques-compostelle.info/Le-Livre-de-saint-Jacques-et-le-Codex-Calixtinus_a75.html
Cet ouvrage reste malheureusement très mal connu en France. Une partie de son contenu était accessible car chacun des Livres qui le constituent a eu sa vie propre. Il en est ainsi des 22 miracles attribués à saint Jacques et des récits légendaires de l’arrivée du saint en Galice qui étaient racontés dans les nombreux sanctuaires ou saint Jacques était vénéré. L’histoire de Charlemagne, considérée comme véridique jusqu’à la fin du XVIIIe, a fait partie de l’histoire de France. Très largement diffusée en Europe, c’est elle qui a fait connaître Compostelle, bien avant que l’existence du Codex Calixtinus ne soit connue. Elle l’a été à la fin du XIXe par l’édition de son dernier Livre qui fut, sans analyse ni de sa diffusion ni des circonstances de sa rédaction, considéré comme un guide du pèlerin. Malgré l’absence de justifications étayées, ce titre fut donné à sa traduction en français en 1938. Il en fit un succès de librairie qui orienta sur de fausses bases tout le développement du pèlerinage contemporain. Il ne fallait pas attendre de l’Espagne les études critiques qui auraient été nécessaires. Compostelle avait trop intérêt aux interprétations erronées qui la mettaient en valeur alors qu’elle n’avait pas hésité dans le passé à asseoir sa réputation sur de faux documents. Le communiqué de l’Agence France Presse annonçant la disparition du manuscrit de Compostelle s’en fait d’ailleurs l’écho à propos des années saintes, attribuant faussement à Calixte II la définition de la première année sainte en 1122. L’émotion immédiate devant cette disparition, relayée par tous les médias sera sans doute vite oubliée. Ceux qui, comme moi, ont eu la chance de tourner les pages de ce manuscrit vénérable en rêvant au pèlerinage en conserveront un souvenir ému. C’était en 2001, j’accompagnais Denise Péricard-Méa, reçue par feu don Jaime, responsable du Bureau des pèlerinages, peu avant de décider de faire entreprendre la traduction en français 1 de ce vénérable document.