« Citius – Altius – Fortius » : « Plus vite – Plus haut – Plus fort ». Telle est la devise des Jeux olympiques choisie par Pierre de Coubertin en 1894. Il la tenait de son grand ami, le Père Henri Didon, dominicain et éducateur hors pair, alors directeur de l’école Albert-le-Grand d’Arcueil.
Toute éducation véritable tient en cette triple exhortation à l’effort, au dépassement de soi, à l’excellence. Elle pourrait nous faire croire que l’on n’y parvient que si l’on élimine l’autre ou qu’on le distance pour le narguer. Rien de tel dans la pensée du Père Didon, pas plus que dans l’idée que Pierre de Coubertin se faisait des athlètes. Cette phrase ne dit pas qu’il faille, à tout prix, être le premier. Elle indique seulement (mais précisément) que tout être peut et doit se dépasser pour devenir un homme, ne jamais stagner, désespérer ou s’arrêter. On a pu voir des athlètes dépressifs parce qu’ils n’étaient pas montés sur la première marche d’un podium. Certains ont crié à l’injustice des arbitres ou ont calomnié d’autres joueurs. Oubliant ainsi le principe repris par Coubertin de Mgr Talbot, évêque épiscopalien de Pennsylvanie lors de la messe des Jeux olympiques de Londres en 1908 : « Le plus important n’est pas de gagner mais de prendre part. » Indiquant ensuite que « l’essentiel, ce n’est pas d’avoir vaincu mais de s’être bien battu ».
Nous sommes là au cœur de la mission même de tout éducateur qui désire former des êtres intelligents et libres. « En avant ! » et « Sois un homme ! » répétait le Père Didon à ses élèves et aux jeunes sportifs qu’il formait. Il commentait encore : « La crainte fait des esclaves, la confiance fait des êtres libres. La liberté, c’est le pouvoir de faire ce qui est bien. Nous ne nous défions pas des élèves, nous leur donnons d’abord notre confiance comme étant des êtres libres. »
Le Père Didon et l’éducation
Cette méthode, loin de fabriquer des requins qui veulent dévorer tous ceux qui passent près d’eux – comme l’apprennent souvent aux étudiants la plupart des écoles de commerce, par exemple –, donne à chacun de produire le meilleur de lui-même. Là encore, le Père Didon pose la vraie mesure de l’éducation, quand il écrit : « Si tout élève peut devenir bachelier, tout élève ne devient pas un homme. » Or, notre mission est bien de former des hommes.
Une association de jeunesse a pris comme devise : « Construire l’homme adulte et le chrétien convaincu ». C’est très juste. Écoutons encore le Père Didon : « Enivrer la jeunesse d’idéal et de Dieu ! La vérité, la beauté, la justice sont les grands continents du monde céleste où toute jeunesse doit planter sa tente. » Et encore : « Un peu de bleu dans le ciel est utile à qui veut aller loin. » Alors il ne nous reste qu’une exclamation : « En avant ! »
