L’apogée de la chrétienté n’a pu durer sans qu’éclatent des guerres intestines qui la ruinèrent : ce que l’on a appelé les guerres de Religion. Si les mœurs de la capitale romaine laissaient à désirer, comme on le voit dans les lettres de sainte Catherine de Sienne, et si le Grand Schisme d’Occident l’avait déjà très affaiblie au début du XVe siècle (il y eut jusqu’à trois papes rivaux !), la réaction de Luther, puis de Calvin, vint achever de ruiner la belle unité que constituait la chrétienté. Luther fit la guerre à la langue latine, et la diffusion des textes sacrés en langue vernaculaire attisa les nationalismes qui déchirèrent le tissu de l’unité européenne. On mesure la qualité de ce qu’était cette unité lorsqu’on lit les Colloques d’Érasme. Une civilisation existait alors et les frontières étaient suffisamment poreuses pour qu’un intellectuel comme lui pût se déplacer, enseigner ou recueillir des informations des Flandres à l’Italie et de l’Allemagne à la France.
Un affrontement guerrier
Les passions se déchaînèrent pourtant et ce qui aurait dû être des débats théologiques clôturés par l’autorité romaine devint un affrontement guerrier accompagné de destructions d’églises, de meurtres et de tous les ravages de la guerre civile. En France, nous avons un tableau de cet état désastreux dans les poèmes de Ronsard qui supplie la reine de ramener l’ordre. Ronsard se fait d’ailleurs le chantre de l’Église catholique en disant qu’il fallait la purger des abus mais ne jamais se séparer d’elle. Cette ligne inspirera ce qu’on a appelé le « parti des politiques », animé par le chancelier Michel de L’Hospital, conseiller de Catherine de Médicis : il considérait que l’unité royale était le seul médiateur pour rétablir cette paix. Ce fut bien le souci constant de cette reine et de ses fils malgré de sombres erreurs…
Lorsqu’Henri IV eût ramené la paix, une constante se dessina chez les souverains qui, à l’époque, proposaient la désignation des évêques à Rome. Sous l’influence de saint François de Sales et de saint Vincent de Paul, Henri IV, Louis XIII, Anne d’Autriche puis Louis XIV eurent le souci que soient nommés des évêques remarquables par leur sainteté. Ce fut le moment où les séminaires fleurirent et où le clergé acquit une véritable formation comme l’avait voulu le concile de Trente. Le modèle de cette formation se trouve dans la congrégation de la mission de « Monsieur Vincent » – saint Vincent de Paul (1581-1660) – qui voulait faire de ses prêtres de véritables apôtres. Le Grand Siècle, qu’on nomme aussi « le siècle des âmes », vit ainsi naître un clergé érudit mais attentionné aux plus faibles et aux plus pauvres. « Monsieur Vincent » sut mettre les grandes dames au service des souffrants et de ceux qu’il appelait « nos seigneurs les pauvres ».
C’est le siècle où celui que l’on appelait l’honnête homme tenait à faire une heure d’oraison par jour et à choisir un bon directeur de conscience. Des excès se produiront cependant, que Molière ridiculisera dans son Tartuffe, mais ils n’empêchèrent pas une extraordinaire renaissance catholique qui fit aussi de ce siècle le siècle des missions : mission à l’intérieur du royaume mais aussi à l’extérieur. C’est ainsi, par exemple, que sainte Marie de l’Incarnation et Monseigneur de Laval évangélisèrent le Québec et ses populations indigènes (cf. FC n° 3871).
La renaissance catholique favorisa également les lettres et les arts et inspira aussi les rois et leur cour. C’est l’époque de Bossuet et de Bourdaloue mais aussi de Corneille, Racine et Molière et du plus grand rayonnement du royaume de France.