Denis, Martial, Saturnin... les 7 saints qui ont évangélisé la France - France Catholique
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Le journal de la semaine

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Denis, Martial, Saturnin… les 7 saints qui ont évangélisé la France

À l’aube du christianisme, ces évêques ont été envoyés en Gaule par le pape saint Fabien pour y structurer l’Église naissante, selon Grégoire de Tours. Sans autre moyen que leur foi.
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Saint Austremoine, Issoire.

Nous sommes en 245 après Jésus-Christ. Rome, depuis dix ans, vit une période d’anarchie militaire. Depuis la mort de Sévère Alexandre, dernier représentant d’une dynastie qui régna quarante ans sur la Ville Éternelle, les empereurs succèdent aux empereurs, les coups d’État aux assassinats. Sur le trône de Pierre, cependant, est assis depuis neuf ans un homme dont l’élection même a paru un signe du Ciel. Fabien, simple laïc venu de la campagne romaine, se trouvait parmi la foule lors du conclave chargé d’élire le successeur d’Anthère. Une colombe – symbole de l’Esprit Saint – vient se poser sur sa tête. Les clercs et le peuple, saisis de stupeur et d’admiration, l’élèvent aussitôt sur le trône pontifical.

Vingtième pape de l’Église catholique, Fabien n’est pas seulement un pasteur admirable : il se révèle un grand administrateur. Pendant quatorze années, il organise l’Église de Rome en sept régions diaconales, veille à la collecte des actes des martyrs et maintient la paix dans une communauté encore meurtrie par les persécutions antérieures. Surtout, il prend une décision qui marquera à jamais notre histoire : envoyer sept évêques missionnaires en Gaule. Saint Grégoire de Tours (538-594) en donne les noms dans son Histoire des Francs : Denis partit pour Lutèce (Paris), Saturnin pour Toulouse, Gatien pour Tours, Trophime pour Arles, Paul (ou Paul-Serge) pour Narbonne, Austremoine pour Clermont et Martial pour Limoges.

Les routes tracées par Rome

À leur arrivée, au mitan du IIIe siècle, la Gaule n’est certes pas un désert spirituel. La tradition nous apprend que les saintes Maries, venues de Jérusalem, ont débarqué en Provence vers 45, que Marie Madeleine a vécu en ermite dans une grotte de la Sainte-Baume, que Lazare est devenu le premier évêque de Marseille.

L’Évangile a déjà suivi les routes tracées par Rome. Ses premiers témoins voyagent avec les marchands. Et la Parole avec les amphores de vin. Un négociant chrétien, venu d’Italie, débarque à Arles en suivant le Rhône ; un artisan baptisé s’installe en Avignon ; un soldat converti rejoint sa garnison à Lyon. «Les pas des légions avaient marché pour Lui / Les voiles des bateaux pour Lui s’étaient gonflées », écrit Charles Péguy dans son magnifique et lancinant poème Ève. Des maisons s’ouvrent. Quelques familles demandent le baptême. On commence à célébrer l’Eucharistie, discrètement.

Le martyre de sainte Blandine

À Lyon, une communauté chrétienne existe depuis le IIe siècle. En 177, elle subit une persécution dont l’Église a gardé la mémoire. Une jeune esclave, sainte Blandine, en devient la figure héroïque. Dans son Histoire ecclésiastique, Eusèbe de Césarée raconte qu’on la suspend dans l’arène, qu’on la livre aux bêtes, qu’elle survit à plusieurs supplices avant d’être finalement mise à mort. Son courage impressionne jusqu’aux témoins païens. Le 2 juin de la même année, l’évêque Pothin, qui a plus de 90 ans, meurt des mauvais traitements infligés en prison. Son successeur, Irénée de Lyon, donnera à cette jeune Église une profondeur théologique exceptionnelle. Le pape François l’a déclaré docteur de l’Église en 2022.

Mais Lyon reste une exception. Au-delà de la vallée du Rhône, les communautés chrétiennes demeurent fragiles et isolées. Il faut bien la clairvoyance d’un pape missionnaire pour donner à cette Église une assise solide – et de l’audace, car les temps sont durs aux chrétiens. Aucun empereur ne protège encore les baptisés. Constantin est loin ! Fabien lui-même périra martyr le 20 janvier 250, pendant la persécution lancée par Dèce. Sans doute est-il mort de faim dans la prison Mamertine. Des chrétiens réussiront à l’inhumer dans la crypte des papes de la catacombe de Saint-Calixte où reposent 500 000 chrétiens, dont seize pontifes.

Une mission périlleuse

Devant de tels dangers, Fabien aurait pu jouer la prudence. Reporter les missions. Attendre des jours meilleurs. Il fait exactement l’inverse : il envoie. Fidèle à ce qu’a demandé le Christ aux Apôtres : l’Évangile doit être annoncé, quels que soient les périls encourus. Le voyage de Rome à Lutèce demande plusieurs semaines. Les forêts couvrent le territoire, les chemins ne sont pas sûrs. Chaque cité possède ses dieux protecteurs, ses temples, ses prêtres. Annoncer à ce monde païen, encore bardé de superstitions, que Jésus-Christ, crucifié en Judée, est le Sauveur de tous les peuples passe pour une folie ! Comme lui, plusieurs des sept évêques envoyés par Fabien subiront le martyre.

Et pourtant, Saturnin, Denis, Gatien, Martial, Austremoine, Paul et Trophime ont tracé la voie. Quand l’évêque Remi baptise Clovis (lire page39), cela fait déjà plus de deux siècles qu’ils ont ensemencé la Gaule. La France chrétienne est née dans les pas de ces missionnaires, sur les pavés des voies romaines. Lutèce, Tours, Toulouse, Narbonne… Toutes ces destinations n’ont pas été choisies par hasard : les envoyés de Fabien se sont installés dans les principaux centres administratifs de la Gaule romaine. Fondateurs des plus anciens sièges épiscopaux de France, ils ont dessiné la carte de la première évangélisation systématique de la Gaule. Les cathédrales, les basiliques, les rues et les fêtes liturgiques qui portent leurs noms témoignent d’une continuité ininterrompue jusqu’aujourd’hui.

En ce milieu du IIIe siècle, alors que l’Empire commençait à vaciller, l’Église a jeté les fondements d’une civilisation nouvelle. Denis, Saturnin, Paul et les autres n’avaient pourtant ni stratégie de communication, ni sondages, ni relais d’influence. Seulement la conviction que la Bonne Nouvelle méritait d’être diffusée jusqu’aux confins du monde connu, et le courage de le faire. L’audace du pape Fabien continue de résonner à travers les siècles.