« C’est ici que l’on apprend l’endurance et la joie du travail, l’amour fraternel, le pardon généreux, même réitéré, et surtout le culte divin par la prière et l’offrande de sa vie », écrivait le pape François au sujet de la famille chrétienne (Amoris laetitia, 2016). Dans une société sécularisée, marquée par l’omniprésence des écrans, comment cultiver chez nos enfants le goût de l’intériorité, du silence et le désir de la sainteté ? « Quand nous devenons parents, Dieu nous confie les âmes de nos enfants, souligne Ingrid d’Ussel. Nous ouvrons la porte de leur cœur, parce qu’ils ne vont pas le faire tout seuls », poursuit cette mère de famille nombreuse, auteur de plusieurs livres, dont L’Éveil vocationnel (Via Romana).
Prière quotidienne
Tout le monde n’a pas la grâce, à l’instar de la petite Thérèse de Lisieux, d’avoir « un père et une mère plus dignes du Ciel que de la terre » ! La fatigue, les préoccupations, le travail, voire la négligence peuvent prendre le pas sur le temps consacré à édifier spirituellement son foyer. Mais il reste essentiel de prier quotidiennement avec ses enfants. « Chaque soir, je leur donnais une “nourriture spirituelle”, comme je leur donnais un dîner, confie cette autre mère de famille nombreuse, Inès de Franclieu, conférencière et intervenante en vie affective. Il arrive, bien sûr, que la prière soit plus courte parce que la journée a été difficile. Mais elle doit exister. La prière nécessite un arrêt, un temps consacré à Dieu. Aimer le Bon Dieu peut demander ce petit effort : cela montre à Jésus qu’il est premier dans notre vie », ajoute-t-elle. Cette fidélité à la prière est d’autant plus essentielle, selon Ingrid d’Ussel, que ce rendez-vous « structure la journée familiale » et lui donne un sens.
Cette dernière insiste également sur la sanctuarisation du jour du Seigneur : « Nous vivons généralement le dimanche en famille. Il est important de lui donner un caractère particulier. » Concrètement, c’est un petit déjeuner différent, mais aussi une manière de s’apprêter : « Je tiens beaucoup à ce que l’on “s’endimanche”, c’est plein de sens ! Aller à la messe, c’est entrer dans la maison de Dieu. Faire un effort vestimentaire ce jour-là montre aux enfants que c’est un rendez-vous spécial, que ce jour est sacré ».
Comment leur donner le goût de la messe ? Là encore, l’exemple des parents et la fidélité à ce rendez-vous montrent aux enfants qu’il n’est pas un devoir dont on s’acquitte, mais bien un acte d’amour et une nourriture essentielle à la vie spirituelle. La prière familiale prépare leur cœur à ce rendez-vous dominical. Des missels adaptés à leur âge aideront les enfants à suivre chaque étape du prêtre à l’autel, et ainsi à s’impliquer progressivement dans le mystère sacré. Pour éviter qu’ils ne décrochent ou s’ennuient, choisir les premiers rangs dans l’église leur permettra de s’imprégner de la beauté de la liturgie : la fumée de l’encens des cierges, les gestes du prêtre, les mouvements des servants d’autel… Et s’ils ont appris les chants à la maison, ils auront plaisir à joindre leur voix à celles qui s’élèvent dans l’assemblée.
Parce qu’elles sont très souvent incarnées, lesfêtes qui rythment l’année liturgique – Noël, Pâques, l’Assomption… – sont autant d’occasions de familiariser les enfants avec Jésus, Marie, Joseph et les saints, pour les conduire à Dieu : « À la Toussaint, par exemple, nous faisions dessiner aux enfants leurs saints, avec quelques éléments de leurs vies, puis nous accrochions les dessins en guirlande dans la maison, se souvient Ingrid d’Ussel. J’essaie de leur faire comprendre que les saints sont autour d’eux et qu’ils peuvent les invoquer selon les situations qu’ils traversent. »
Une vie spirituelle incarnée
Nos deux mères de famille s’accordent à souligner l’importance du foyer comme terreau de sainteté : l’enfant qui s’y sent aimé peut grandir intérieurement. D’où l’importance du temps que les parents leur consacrent. Inès de Franclieu aime faire l’éloge du goûter, ce moment où l’enfant, ayant posé son cartable, peut se confier. Car la vie spirituelle doit être incarnée : « Le foyer familial est un lieu stable où l’on apprend à être en relation, souligne-t-elle. Un enfant enraciné dans sa famille peut apprendre à se connaître, à cultiver sa vie intérieure, à être avec Dieu. La prière lui apprend que cette intériorité est sienne et qu’il peut s’adresser à Dieu, même plus tard, même ailleurs, quand il est dans le métro, par exemple. » À l’inverse, une maison dont les parents seraient absents, ou distants, risque fort de se remplir d’écrans…
Inès de Franclieu insiste également sur les conditions nécessaires pour faire le bien et invite les parents à discerner les situations qui peuvent entraîner leurs enfants vers le mal. En leur apprenant à renoncer à la facilité et à la satisfaction de leurs désirs immédiats, les enfants grandiront en liberté et maîtrise de soi. Il faut faire attention aux « situations qui fragilisent : apprenons à nos enfants à ne pas être des moutons, à savoir dire non » aux modes comme aux tentations qu’agite la société de consommation.
Les enfants étant attentifs au comportement de leurs parents, il convient de leur donner le bon exemple. Pour que croisse en eux ce désir d’imiter Dieu, « il est important que nos enfants nous voient aller nous confesser. Et que nous leur demandions pardon lorsque nous avons mal agi. Il ne s’agit pas de cacher nos imperfections mais de leur montrer que, nous aussi, nous sommes en chemin. Que nous cherchons Dieu et que nous essayons de l’imiter. » Créatrice des Petits Ostensoirs – des groupes de confession fréquente – et rédactrice d’un examen de conscience pour les enfants, S’il te plaît Maman, emmène-moi me confesser (Via Romana), Ingrid d’Ussel livre ce précieux conseil : « La grâce se déploie davantage dans les familles lorsque la confession est régulière et que les membres de la famille s’y préparent à peu près au même moment. J’en ai constaté les effets : quelque chose se passe dans les cœurs. »
Enfin, faire grandir la sainteté chez ses enfants, c’est aussi les préparer à accueillir l’appel de Dieu et à y répondre librement. « Nous avons beaucoup prié en famille pour les prêtres », confie Inès de Franclieu, qui expliquait à ses enfants que « le Seigneur veut notre bonheur et qu’il nous appelle à des vocations différentes ». Fondatrice de l’association Com’ je t’aime, maman de deux prêtres, elle ajoute : « Il me semble important d’en parler aux enfants lorsqu’on aborde la vie affective. On peut leur dire qu’ils deviendront peut-être parents mais que ce ne sera pas nécessairement leur vocation : il peut aussi y avoir une paternité spirituelle. »
Répondre à l’appel
C’est donc dans la relation à Dieu, nourrie au sein du foyer, que chacun peut apprendre à reconnaître sa vocation, conclut Ingrid d’Ussel : « Pour qu’un enfant puisse entendre un appel, il faut d’abord qu’il connaisse Celui qui l’appelle. Si l’on est en relation avec Dieu, si on l’aime, on peut être touché et se dire : Dieu m’appelle. »