« Vas-y mon gars ! Tu peux le faire ! » Joues en feu, Calixte, 13 ans, et Gaspard, 15 ans, pompent en chœur. Autour d’eux, dans la prairie, des pelotons de garçons sprintent et zigzaguent de plot en plot avant de pomper crescendo. Il est 8 heures. Le soleil illumine le « décrassage » de la compagnie. Un petit-déjeuner plus tard, les mêmes sont en cours de secourisme : le massage cardiaque. « Trois séries de trente, deux insufflations et tu recommences… » Hugo, 12 ans, compresse vite et fort. À genoux sur un mannequin, il compte à voix haute, paumes enfoncées dans le buste du simulateur.
« Le feu et le secourisme sont surtout des prétextes. La Compagnie Sainte-Barbe, c’est avant tout une œuvre éducative tournée vers le Christ pour élever l’âme des jeunes », résume Cyriac, 24 ans. Actuellement en propédeutique au séminaire, ce Breton a eu la chance d’être « compagnon ». Ce qu’il en retient ? L’apprentissage du dépassement de soi. « Je peinais physiquement, mais je me souviens encore du soutien du groupe. On est beaucoup encouragé à la compagnie. Ça marque. »
Flamme et foi
Mélange de sport et de vie spirituelle, la Compagnie secouriste Sainte-Barbe transmet depuis vingt-sept ans la flamme et la foi catholiques aux 12-16 ans. Elle les forme aussi au sauvetage et à la sécurité incendie selon la pédagogie des pompiers militaires. L’association compte 270 collégiens. En uniforme bleu et bande rouge en travers du torse, ces impétrants se retrouvent régionalement un week-end par mois en période scolaire. L’été, un camp les réunit au Village de la Vie, à Saintes (Charente-Maritime), où la CSSB a son siège national et sa base opérationnelle.
Pour la compagnie secouriste au complet, le camp d’été est un feu d’artifice de manœuvres et de « grands jeux extraordinaires » dans 13 hectares de verdure. « C’est le rythme d’une vie de caserne, la dimension spirituelle en plus. Chaque journée débute par des laudes joyeuses. La messe est proposée tous les soirs pendant le temps libre. Il y a aussi des topos et quatre veillées spirituelles qui sont les temps forts du camp », détaille le Père Jean-Eudes de Chalain. Ancien pompier de Paris, le Père Jean-Eudes est l’aumônier général national de la CSSB. Lui aussi est passé par la compagnie : « Je suis arrivé à la compagnie à l’âge de 12 ans. J’y ai fait mon cursus et, depuis 2020, je suis prêtre. » En tenue réglementaire, le jeune prêtre au regard clair porte une croix brodée sur le galon de poitrine. « C’est le grade le plus haut dans la hiérarchie. Au-dessus, il n’y a que Dieu ! » précise Joseph, 23 ans.
Ici, l’amour du Bon Dieu et du « travail bien fait » font partie des urgences. « Il s’agit de construire des hommes responsables, autonomes et libres, explique le président de l’association, Nicolas Martin, 38 ans. Ça passe par des compétences solides pour porter secours à son prochain. » Nicolas Martin est arrivé à la compagnie à 14 ans. « J’avais été attiré par l’uniforme. Je suis venu pour le côté pompier, pas pour le côté catho. Je n’étais pas pratiquant, se souvient-il. Mais grâce aux amitiés nouées en compagnie, j’ai fait un chemin qui m’a conduit à demander la première communion à 20 ans. » Le président insiste sur la prière. C’est elle qui « soude les compagnons ».
« Vivre sa foi avec son corps et son être tout entier, c’est beaucoup de joie », assure Gonzague, 22 ans. À la 6e compagnie, les garçons égrènent ensemble le chapelet. À la 8e, un quart d’heure d’adoration eucharistique fait partie des activités. Paul-Henri, quant à lui, récite quotidiennement la prière des compagnons pour la France. « L’amour du pays fait partie des valeurs qui coulent dans nos veines », souligne le Père Jean-Eudes.
« La CSSB a changé ma vie. Le premier week-end m’a beaucoup plu. J’avais 14 ans. Je suis resté jusqu’à gérer une compagnie, c’est-à-dire un groupe de 25 jeunes. Grâce à la CSSB, j’ai passé des diplômes de secourisme qui m’ont conduit à l’Ordre de Malte. » Aujourd’hui, Paul-Henri, 28 ans, est acheteur industriel mais il tient des postes de secours bénévoles à ses heures gagnées.
« Confiance en soi et altruisme »
Tous les parents sont formels : « Cette activité spi-pêchue est géniale pour le quotidien. » « Nos fils reviennent les batteries chargées à bloc », témoigne Jean-Benoît. « Il y a moins de chicaneries à la maison, ils prennent soin les uns des autres », ajoute un autre. « Confiance en soi, épanouissement, altruisme », énumèrent quant à eux les parents d’Axel, un « grand introverti » arrivé 3e sur 250 au cross.
Tous voient leurs ados porter secours spontanément et « avec une espèce d’évidence ». Béatrice s’émerveille : « Que ce soit à la messe pour la petite dame qui fait un malaise, pour prendre la tension de Bonne Maman, 93 ans, ou réagir à l’accident qui survient entre copains lors d’une sortie en zodiac, ils ont les bons gestes, dans le bon ordre, avec un sang-froid étonnant pour leur âge. »
Seize heures, le clairon sonne la fin du camp. Après la messe, les sauveteurs en herbe se rassemblent une dernière fois. Ils marchent au pas, la main sur le cœur, pour former un gigantesque carré humain. Au centre, Benoît, 22 ans, dirige le camp. « C’est un cérémonial assez impressionnant. Je suis devant 160 mineurs et j’ai une cinquantaine de chefs derrière moi. » « Notre secours est dans le nom du Seigneur, notre recours est dans son Sacré-Cœur » entonne la compagnie avec ardeur. Pour Benoît, c’est alors « une énergie à déplacer les montagnes et la fierté de voir des garçons tenir debout et assumer notre devise » : « Sauver ou périr, aimer ou mourir », cet idéal, les compagnons le portent sur la poitrine et dans le feu de l’action.
Tout feu tout flamme pour Jésus
En juillet 1999, à Saint-Raoul, près de Coëtquidan, un ancien pompier et aumônier militaire de la brigade des sapeurs-pompiers de Paris (la Brigade) fonde avec deux autres sapeurs-pompiers et un Jeune Sapeur-Pompier (JSP) ce qui va devenir la Compagnie secouriste Sainte-Barbe. Mouvement à taille humaine et familiale, cette œuvre éducative catholique enseigne technique et compassion à la victime. Au milieu des activités de sauvetage, ces jeunes secouristes chrétiens reconnaissent le Christ lui-même dans la personne blessée. Initiative d’évangélisation de l’adolescence, la compagnie est placée sous la protection de Barbe, martyre et patronne des pompiers.
Informations : www.cssb.fr
Pour aller plus loin :
- « Sanctifier la jeunesse par le chant »
- « Il faut dire aux jeunes que l’amour est précieux »
- « En France, on considère que seul ce qui est intellectuel a de la valeur »
- Éduquer par l’amour : l'exemple des saintes Madeleine-Sophie Barat et Émilie de Rodat
- Servants d’autel : « Une belle disponibilité à un appel de Dieu »