Vous verrez la gloire de Dieu

Père Robert P. Imbelli, traduit par Pierre

lundi 20 avril 2020

Résurrection de Lazare par Giotto

Nombreux sont ceux qui, à la suite de Vatican II, ont tenté de dominer l’agression de la mort. On a remplacé les ornements noirs de nos Messes de Requiem par des étoles multicolores. On a exilé le Dies Irae dans de jolies salles de concert apaisantes à l’occasion d’un "Requiem" de Mozart — dépouillé de son contexte liturgique vital. Nous nous sommes joyeusement proclamés « Peuple d’Alleluia », négligeant les supplications de pitié et de pardon au profit de la célébration de vies bien remplies. Et nous sommes hélas ainsi bien mal préparés à affronter notre destin.

Notre culture est marquée à la fois par le culte et le déni de la mort. Le droit sans limite à l’avortement comme au suicide assisté marque de plus en plus les préoccupations politiques des Américains. Et pendant ce temps, des nuées de nos jeunes, sans la moindre réserve, s’ébattent sur les plages de Floride, assoiffés à l’idée de la fontaine de jouvence. On ne fait plus maigre le Vendredi, notre imaginaire social se réduit aux illuminations des grands magasins marquant notre culture comme Temples quotidiens.

Jusqu’à ce que, soudain tel un serpent qui s’introduit subrepticement, un virus ait dominé nos défenses. Et vain est le déni de la mort. Alors, cela ne date pas de la seconde guerre mondiale (pour les rares survivants de cette période) l’Évangile du cinquième Dimanche de carême, « La résurrection de Lazare » avait un impact réellement frappant. Au moins pour ceux qui "ont des oreilles pour entendre".

Feu l’éminent théologien Michael Buckley, S.J., insistait toujours dans ses écrits sur la relation indissociable entre théologie et spiritualité. Il soutenait, en particulier, qu’on doit découvrir les mystères fondamentaux de la vie du Christ et du rapport des Chrétiens à Jésus-Christ dans la réflexion théologique et en tirer le fond de la spiritualité spécifiquement Chrétienne.

Un bon exemple d’union intime entre théologie et spiritualité : dans son bref mais dense ouvrage What Do You Seek ? The Questions of Jesus as Challenge and Promise [Que cherchez-vous ? Les questions de Jésus, défi et promesse] Buckley bâtit son livre avec quatorze questions posées par Jésus dans l’Évangile de Jean. Chacun des brefs chapitres traite une question de Jésus de manière à mettre en évidence Son identité et la promesse d’une vie nouvelle tant pour Son auditeur que pour les temps à venir. Un défi qui, relevé avec foi, est une promesse d’un nouvel avenir.

Buckley consacre le chapitre douze au passage de l’Évangile de Jean retenu pour ce Cinquième Dimanche d’un Carême perturbé. Jésus trouve Marthe là où son frère Lazare a été inhumé quatre jours plus tôt — enterré et enfoui en son cœur. À sa demande « Enlevez la pierre » Marthe recule et objecte. Alors Jésus dit, défi et promesse « Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois tu verras la gloire de Dieu. »

Nulle réponse directe ne peut jaillir. Pas non plus de confession spontanée ou de routine. Car le contexte de la question n’est pas l’abstraction de la mort, toujours rejetée, mais la torture immédiate de la perte d’un être chéri et l’atroce constat de l’odeur déjà là. Et vient le commentaire de Buckley : « Marthe est là, représentant tous ceux qui se sont voués à Jésus, l’ayant compris comme lien de la vie après avoir tout perdu — dans un cimetière vidé de toute espérance. »

Ainsi Marthe précède une cohorte de croyants tout au long des siècles. Les disciples sur la route d’Emmaüs qui « avaient espéré qu’il était le rédempteur d’Israël », Jean de la Croix, trahi par ses frères et jeté dans un cul de basse-fosse, Thérèse de Lisieux dans l’atroce agonie de sa maladie, Thérèse de Calcutta et ses décennies de deuil en l’absence de son bien-aimé. Chacun a subi le gouffre du vide et des espérances brisées.

Chacun d’entre eux — et nous aussi — face au défi pressant de Jésus et à sa promesse « Ne vous ai-je pas dit que si vous croyez vous verrez la gloire de Dieu ? »

La gloire de Dieu non pas malgré l’abandon et le laisser-aller, mais en les faisant agir. Et donc, le plus difficile aveu pour un Chrétien soumis à la Croix. La Croix qui mène au-delà des espérances perdues vers la nouvelle réalité de l’espérance Chrétienne : l’espérance d’amour et de pardon et de puissance divine qui donne la vie aux morts. La Croix, l’Évangile de Jean le proclame avec insistance, qui est l’instant de gloire de Jésus. La Croix spes unica, notre unique espérance.

L’Évangile de Jean, soigneusement rédigé, fait la distinction quasi-systématique entre deux mots Grecs pour parler de la vie : bios et zoè. Bios désigne notre vie biologique vouée à la mort. Zoè concerne la vie éternelle citée par Jésus. L’accepter n’est pas rien.

Ce Carême a été, est encore, particulièrement dur pour beaucoup. Il n’existe pas de "placebo" pour l’esprit afin d’en camoufler les effets. Ou de rendre une célébration appropriée de la fête Pascale. Ou même d’atténuer les souffrance du deuil lié à la perte de tant d’êtres chers.

Mais aussi solitaire et triste que puisse être ce prochain matin de Pâques, rien ne pourra, ne devra, réduire au silence l’expression de foi et d’espérance : « Christ est ressuscité d’entre les morts, vainqueur de la mort, donnant au-delà des tombeaux, la vie, "Zoè", la vie véritable, la vie éternelle.  »


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