Une vie lumineuse de Benoît

Robert Royal, traduit par Bruno

mercredi 15 juin 2022

enoit XVI célébrant une messe dans la basilique Saint-Pierre, le 15 mai 2005.
© Dnalor 01/ CC by-sa

Robert Royal 23 avril 2022

Lorsque Joseph Ratzinger a réalisé l’entretien qu’il a accordé au journaliste italien Vittorio Messori en 1985 dans le cadre de son livre The Ratzinger Report, le futur pape a expliqué que le Concile Vatican II, au cours duquel il était conseiller, "voulait marquer le passage d’une attitude protectrice à une attitude missionnaire". Beaucoup oublient que pour le Concile, le concept opposé à "conservateur" n’est pas "progressiste" mais "missionnaire". Ce n’est là qu’une des nombreuses perles du nouveau livre de Joseph Pearce, Benoît XVI, Defender of the Faith, un portrait concis du personnage qui a peut-être été le plus grand théologien à devenir pape, pour beaucoup "le Mozart de la théologie".

Il est typique qu’il ait refusé à plusieurs reprises les efforts de divers côtés pour imposer un cadre politique de Droite et de Gauche à l’Église. Pearce est particulièrement utile à l’heure actuelle, en raison de la polarisation qui s’installe à nouveau parmi les catholiques. La sagesse de Benoît XVI pourrait nous offrir une voie à suivre.

Cette sagesse est particulièrement évidente dans la manière dont il a traité les questions relatives à la liturgie. Pearce raconte rapidement comment la nouvelle liturgie a été imposée à l’ensemble de l’Église en six mois seulement, ce que Benoît XVI a commenté : "J’ai été consterné par l’interdiction de l’ancien missel, car rien de tel ne s’était jamais produit dans toute l’histoire de la liturgie."

En tant que pape, Benoît XVI a encouragé un effort raisonnable d’"enrichissement mutuel" entre l’ancienne et la nouvelle messe (en observant, également, que l’"ancienne" forme valide ne peut être interdite). Contrairement à la récente et rude remise en cause de cette trêve dans Traditionis custodes, l’intervention de Benoît XVI était douce et visait à permettre la croissance lente et continue typique de la réforme liturgique tout au long de l’histoire catholique.

Cette douceur et cette prudence ont été invisibles pour les critiques qui ne voyaient dans sa fidélité constante que "le Rottweiler de Dieu". Il était donc plaisant de voir comment la presse a été - même si ce n’est que brièvement - charmée par son humilité ostensible lors de sa visite aux États-Unis en 2008. Scott Hahn - qui a été converti en partie par la lecture de Ratzinger - décrit à juste titre le livre de Pearce dans l’avant-propos comme "le portrait d’un homme magnifique - un homme timide, gentil, chrétien, qui a reçu de nombreux dons au cours de sa vie et qui s’est efforcé d’utiliser tous ces dons pour servir avec amour le Donateur". Le simple volume des écrits de Ratzinger en témoigne.

Pearce organise son récit autour de plusieurs textes clés de Ratzinger, en particulier les entretiens qu’il a accordés dans le cadre de livres.Milestones : Memoirs 1927-1977 (avec Peter Seewald) est un aperçu autobiographique des débuts de la vie du futur pape (les lecteurs pourront également consulter la suite avec Seewald, Salt of the Earth, ainsi que le premier volume de l’énorme biographie de Seewald,Benedict XVI). Pour tous ceux qui n’ont pas le temps de lire plusieurs longs volumes, Pearce fournit un excellent résumé et une synthèse.

Ratzinger s’est toujours intéressé à l’histoire - non pas au sens neutre et séculier du terme, mais comme l’un des moyens de voir le Dieu de la Bible agir dans le temps. Il a choisi d’écrire l’une de ses thèses de doctorat sur la Théologie de l’Histoire chez Saint Bonaventure, qui adopte une approche entièrement différente de l’histoire humaine - c’est le moins que l’on puisse dire - que celle que nous voyons dans les approches marxistes et matérialistes.

Comme saint Jean-Paul II, il a vécu ses premières années alors que le nazisme et le communisme étaient des forces puissantes. Il n’a jamais été la proie de ce qu’il appelle la "naïveté optimiste" des révolutionnaires ou des progressistes modérés qui parlent avec désinvolture d’être "du bon côté de l’histoire". Trop de gens ont été assassinés, et continuent de l’être - maintenant même dans le ventre de leur mère - par des gens simples d’esprit qui débitent de telles platitudes.

Pourtant, il a maintenu l’espérance chrétienne à côté du réalisme chrétien : le chrétien sait que l’histoire est déjà sauvée, que le résultat final sera donc positif. Mais nous ne savons pas dans quelles circonstances et par quels revers nous arriverons à ce grand résultat. Nous savons que les "puissances des ténèbres" ne l’emporteront pas sur l’Église, mais nous ne savons pas dans quelles conditions cela se produira.
Cela défie également un certain type de traditionalistes a-historiques qui imaginent qu’il y a eu un moment idéal dans l’histoire de l’Église et qui croient qu’il y a un chemin facile pour revenir à cette période.
La plupart des penseurs d’aujourd’hui qui s’engagent dans de telles nuances finissent par tomber dans le relativisme ou une sorte d’agnosticisme. L’une des qualités frappantes de Benoît XVI est cette capacité à s’accrocher à la multiplicité des vérités sans perdre la trame principale - véritable - de l’histoire humaine.
Cette trame comprend l’action constante de Dieu dans l’histoire sainte, y compris l’histoire de l’Église. Contrairement à ceux qui pensent que l’Église a découvert la justice sociale et sa véritable vocation au Concile : Il n’y a pas d’Église "pré" ou "post" conciliaire : il n’y a qu’une seule et unique Église qui marche sur le chemin du Seigneur, en approfondissant et en comprenant toujours mieux le trésor de la foi que Lui-même lui a confié. Il n’y a pas de sauts dans cette histoire, il n’y a pas de fractures, et il n’y a pas de rupture de continuité".

Même le plus grand admirateur de Benoît XVI doit cependant se poser une question difficile : Pourquoi, alors, a-t-il démissionné de la fonction papale ? Il a défendu Jean XXIII et Paul VI, les papes du Concile, pour leurs bonnes intentions, malgré leur optimisme erroné envers le monde, qui a eu, au mieux, des résultats mitigés. Peut-on dire la même chose de son abdication de 2013 ?

Les gardes suisses confirment qu’il était à peine capable d’encenser l’autel avant de démissionner ; il était devenu si faible physiquement. Sa survie inattendue ces huit années, après avoir démissionné, suggère à quel point les fardeaux de la fonction étaient devenus lourds. Dans l’annonce de sa démission, il a dit lui-même qu’en raison de la diminution de ses forces : "J’ai dû reconnaître mon incapacité à remplir le ministère qui m’a été confié." Pourtant, de nombreuses questions persistent.

Pearce évoque l’abdication dans son dernier chapitre, mais se contente de dire que, malgré ses conséquences, Benoît XVI restera dans les mémoires "comme l’un des défenseurs de la foi les plus résolus de la longue et tumultueuse histoire de l’Église."

Sur ce point, au moins, il n’y a aucun doute.


Voir en ligne : The Catholic Thing

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