Les monastères et la vigne

Une histoire qui renaît

par Constantin de Vergennes

mercredi 12 janvier 2022

Depuis quinze siècles, les moines et le vin ont noué des liens très étroits, comme l’explique le général Marc Paitier dans Les vignerons du Ciel (Mareuil Éditions).

La tradition rapporte qu’échappant à la surveillance des religieux, l’âne du moine et évêque de Tours saint Martin (316-397) s’est un jour mis à brouter les sarments trop longs du vignoble de l’abbaye de Ligugé. Ainsi taillée, la vigne s’est mise à donner des grappes plus généreuses et un meilleur vin. Comme derrière toute légende, il faut chercher ce qui est donné à entendre : pour Marc Paitier, ce récit démontre «  l’existence d’un vignoble monastique  » en France dès le IVe siècle et illustre le lien essentiel qui unit la vigne et la vie religieuse.

L’essor bénédictin

Il faut attendre le VIIe siècle pour que le domaine viticole monastique se développe, à l’occasion de l’arrivée de l’Ordre bénédictin, dont les moines sont à la recherche du «  bon vin  », qui permet de recevoir dignement les grandes figures locales… en leur laissant par la même occasion un bon souvenir de l’hospitalité monastique, dont ils sauront se souvenir dès qu’il s’agira de protéger les monastères. Le développement de la vigne par les moines est alors exponentiel puisque entre le VIIe et le Xe siècle apparaissent quelque 25 000 hectares, «  socle solide et enraciné à partir duquel se développera de façon spectaculaire le vignoble français dans les siècles qui suivront  ».

L’apogée sera atteint durant les XIIe et XIIIe siècles – siècles d’or de la chrétienté, dénigrés par les humanistes de la Renaissance, qui les rangeront dans ce qui sera nommé «  Moyen Âge  » –, à tel point que les vignobles permettent aux abbayes d’acquérir de nouvelles terres pour produire davantage. Mais la richesse foncière des monastères les entraîne alors dans ce que Marc Paitier nomme une «  fuite en avant  » faite de dépenses inconsidérées, alors même que les vocations s’effondrent.

Malgré cela et malgré les maladies et les guerres, les domaines viticoles monastiques tiennent bon jusqu’au XVIIIe. Mais, devenus trop lourds à gérer, les abbayes s’en séparent en partie, avant d’être disloqués et dispersés par la Révolution.

Une tradition retrouvée

Après avoir retracé cette riche histoire, Les vignerons du Ciel s’attache à mettre en lumière les monastères qui ont aujourd’hui renoué avec la tradition monastique de la culture de la vigne : Notre-Dame de Lérins (Alpes-Maritimes), dont le vignoble est passé d’un hectare et demi en 1980 à 8 hectares ; Notre-Dame de Fidélité de Jouques (Bouches-du-Rhône) et ses huit hectares dont les Sœurs bénédictines s’occupent en même temps qu’elles cultivent lavande et abricotiers ; ou encore l’abbaye du Barroux (Vaucluse), richement illustrées dans de nombreuses pages.

L’ouvrage du général Marc Paitier comporte également de très belles lignes sur le lien entre vin et sacré (voir France Catholique n°3738), tant dans les Écritures que dans l’iconographie chrétienne, culminant dans le thème du «  pressoir mystique  ».

Un lien d’autant plus vivant qu’il est au cœur du sacrifice de la messe, l’auteur rappelant «  qu’aucun autre breuvage n’est digne de remplir la fonction qui lui a été assignée par le Christ lui-même  »

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À voir Sur Cnews le 16 janvier, l’émission En Quête d’Esprit (13h et 21h) sur ce sujet.

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Les vignerons du Ciel. Les moines et le vin, général Marc Paitier, Mareuil Éditions, 2021, 191 p., 29,90 €.

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