Traduit par Bernadette Cosyn

Une espérance qui élague

par le père Paul Scalia

lundi 2 décembre 2019

Aujourd’hui débute le temps liturgique défini par l’espérance. La préface de la messe dit que nous osons espérer. De vrai, l’espérance semble une entreprise plus risquée que jamais. Et pourtant, précisément pour cette raison, elle est plus importante que jamais. Selon l’aphorisme célèbre de Chesterton – l’espérance signifie espérer quand les choses sont sans espoir – l’importance de l’espérance croît en proportion de son irrationalité.

Nous osons espérer. En cette époque, dans notre nation et dans notre Eglise, beaucoup trouvent difficile d’espérer un peu... ne parlons même pas de regorger d’espérance comme Saint Paul nous y exhorte (voir Romains 15:13). Dans ce contexte nous ferions bien de nous rappeler l’image familière de la vigne et des sarments telle que rapportée par le Seigneur :

Je suis la vraie vigne et mon Père est le vigneron. Tout sarment qui ne porte pas de fruit, il l’enlève, et tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde pour qu’il en porte davantage (Jean 15:1-2).

Il m’a toujours semblé que cette belle image de la vigne et des sarments était quelque peu compromise par la rudesse de l’élagage. Je ne suis pas très calé en horticulture, mais j’en sais assez pour savoir que l’émondage – bien que nécessaire – semble, à y regarder, gratuit et cruel. Une magnifique branche est supprimée. Nous pouvons comprendre que des mauvaises branches soient supprimées. Mais l’émondage supprime également plein de bonnes branches.

Des amis que j’ai à la campagne ont récemment planté de la vigne sur leurs terres. Je dois encore partir les rejoindre pour les aider à l’émondage, mais j’ai déjà appris deux autres choses. Premièrement, qu’il est préférable d’émonder à la fin de l’hiver et au tout début du printemps. En d’autres mots, au moment même de l’année où nous prévoyons la nouvelle croissance, les choses sont coupées encore plus. Deuxièmement, que le vigneron doit être sans pitié. Il doit émonder même s’il semble qu’il ait tué la vigne. Peut-être avez-vous vu, dans la campagne, les ceps dépouillés et apparemment morts. Eh bien, ils ne sont pas morts. Ils ne sont pas sans vie. Ils sont seulement émondés.

Bien sûr, cet émondage et dépouillage des sarments est nécessaire – non pas pour une simple fructification, mais pour une fructification abondante. De nouveau, Saint Paul nous exhorte à regorger d’espérance. Et pour les choses qui regorgent, un émondage est nécessaire. La phrase latine « Succisa virescit » – coupé, il repousse – arrive à point nommé. Elle est la devise du monastère bénédictin de Monte Cassino, ce monastère qui a été pillé, saccagé et bombardé tout au long de l’histoire. Il a pourtant résisté.

« Succisa virescit » : cette devise et toute la pratique de l’émondage sont importantes actuellement pour l’Eglise. Nous ne savons pas pourquoi le Seigneur permet que de telles épreuves affligent l’Eglise ; pourquoi Il permet une telle confusion et un tel déclin. La chose la plus difficile à accepter est la permission de Dieu. Mais à tout le moins, sans connaître l’intégralité de Son dessein, nous pouvons accepter ce moment d’épreuve comme un temps d’émondage. Des choses doivent être coupées, parfois sévèrement. Mais cela est nécessaire pour une nouvelle croissance.

En effet, nous expérimentons un émondage de notre espérance. Nous faisons l’erreur de cantonner la vertu d’espérance aux situations pleines d’espoir. Quand les choses sont roses et violettes, nous sommes plein d’espérance. De nouveau, la phrase de Chesterton nous enseigne que ce devrait être exactement le contraire. Trop d’entre nous avons eu – peut-être inconsciemment – une assise terrestre à notre espérance, et de ce fait une espérance terrestre. Il était facile d’espérer quand l’Eglise était un acteur majeur dans notre pays, quand nous construisions des paroisses, des écoles, des séminaires, des hôpitaux, des universités et ainsi de suite. Il était facile d’espérer sous la houlette de géants comme Jean-Paul II et Benoît XVI. Nous voyions la vigueur de l’Eglise et notre espérance grandissait, mais peut-être pas pour les bonnes raisons.

Allons-nous espérer maintenant que les choses sont différentes ? Quand l’Eglise n’est plus un acteur majeur, quand dans de nombreux endroits nos institutions sont fermées, nos propriétés vendues, quand l’assistance à la messe décline, quand la confusion nous afflige ? Allons-nous toujours espérer ?

Notre espérance a reçu un émondage nécessaire. Elle est réduite à ce qui la fait authentiquement chrétienne et non pas terrestre. Les difficultés qui touchent l’Eglise nous poussent à espérer différemment, non sur des considérations terrestres mais sur le Seigneur.

Je suis la vraie vigne et mon Père est le vigneron. Tout sarment qui ne porte pas de fruit, il l’enlève, et tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde afin qu’il en porte davantage.

Ce sont les paroles d’une véritable espérance. Non de l’espérance fugitive et mondaine que nous, Américains, apprécions – l’espérance qui promet une solution miracle. Non de cette fausse espérance mais de l’espérance qui voit les difficultés et les réductions comme noyées dans la providence divine et de ce fait ordonnées à notre bien. En résumé, nous espérons, non en raison de perspectives riantes, parce que nous sommes populaires ou acceptés, ou à l’aise, mais à cause de Lui.

L’espérance se trouve sur un sarment émondé, négligeable et apparemment sans vie. C’est la façon préférée de Notre Seigneur pour faire les choses. Dimanche prochain nous entendrons qu’un surgeon sortira de la souche de Jessé (Isaïe 11:1). Notez bien cela : non de l’arbre de Jessé en pleine vigueur, mais de la souche, de ce qui semble ne plus pouvoir pousser du tout, encore moins porter du fruit.

C’est là que nous trouvons toujours une nouvelle vie pour l’Eglise. Non chez les grands et les puissants, non dans les corridors du pouvoir ou les groupes de réflexion du gouvernement, non chez les gigantesques initiatives qui ont un jour caractérisé l’Eglise des Etats-Unis. Elle vient des simples, des petits, des apparemment stériles : de simples prières ferventes , d’une confiance aveugle dans les sacrements ; du travail caché et des prières de religieuses ; de parents luttant pour élever leurs enfants au sein d’une génération pervertie et dépravée ; de prêtres tenant bon fidèlement à leur poste en dépit du maelstrom de scandales ; et plus que tout d’une ville insignifiante de Galilée, d’une vierge fiancée à un homme nommé Joseph, rejeton de la maison oubliée et ruinée de David.

Le père Paul Scalia est un prêtre du diocèse d’Arlington (Virginie), où il sert comme vicaire épiscopal pour le clergé.

Illustration : « Le vigneron et le figuier » par J.J. Tissot, vers 1890 [Musée de Brooklyn]

Source : https://www.thecatholicthing.org/2019/12/01/pruning-hope/

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