Traduit par Albérique

Une douce lumière

par Robert Royal

samedi 7 septembre 2019

Le 11 août était l’anniversaire de la mort d’un grand leader chrétien, apologiste, poète, historien, controversiste, et bientôt canonisé (le 13 octobre), le cardinal John Henry Newman.

Dans les semaines à venir nous parlerons davantage de lui ici, mais aujourd’hui je me concentrerai sur une des facettes de son génie ; sa grandeur d’écriture catholique en anglais. Newman n’était pas seulement brillant lui-même. Il fût impliqué dans la conversion, et la vocation ultérieure du grand Gérard Manley Hopkins. Et il ouvrit les portes pour des conversions ultérieures, telles que celle de Robert Hugh Benson, Ronald Knox, Graham Green, Evelyn Waugh, Muriel Spark, et même le. Grand G. K. Chesterton – ce qui est parfois appelé le Renouveau de la Littérature catholique anglaise.

Il n’est pas facile de dire pourquoi les écrits de Newman sont tellement grands. Des livres tels que L’idée d’université, Essai sur le développement de la doctrine chrétienne et Une grammaire de l’assentiment, sont bien entendu des arguments incisifs, et des contributions importantes au catholicisme sur de multiples fronts. Les vues de Newman sur l’enseignement libéral, la doctrine, la conscience, etc. sont des sources inépuisables de pensées claires et profondes sur des questions cruciales.

Mais il y a dans Newman un certain esprit qui englobe toutes les élaborations de la pensée. Personnellement, c’était davantage cet esprit – calme, et ardent, doux mais acéré – qui m’a impressionné lorsque je l’ai lu pour la première fois, quand j’étais un jeune homme. Au cœur des controverses, dans l’Église et dans le monde, aussi violentes qu’elles le sont aujourd’hui – même de la plainte pour diffamation d’un prêtre corrompu et sexuellement abusif – le cœur de Newman semble enraciné ailleurs.

Quand j’étais en train d’écrire Les Catholiques martyrs du XXème siècle pour les célébrations de Jean-Paul II pour le nouveau millénaire, j’ai eu l’intuition que j’avais besoin d’une sorte d’ancre alors que je plongeai dans les horreurs et les humiliations vis à vis des chrétiens des temps modernes. Et je savais que ce devrait être Newman. 

Pendant une année entière, j’ai lu un sermon - quelquefois j’étais ravi et j’en lisais deux - chaque matin avant de me tourner vers le travail de la journée : c’était une pure révélation et une inspiration.

Voici un paragraphe typique d’un sermon, pris presque par hasard (il paraîtra bientôt dans un livre sur les lectures quotidiennes de Newman, édité par Christophe Blum et publié par l’Institut St Augustin) :

La grande et terrible doctrine de la Croix du Christ peut être appelée le cœur de la religion. Le cœur peut être considéré comme le siège de la vie. Il soutient l’homme dans ses capacités et ses facultés, et quand il est atteint, l’homme meurt. De même manière la doctrine sacrée du sacrifice expiatoire Christ est le principe vital dans lequel le chrétien vit, et sans lequel le Christianisme n’existe pas. 

Newman a dit dans le discours Biglietto, donné à Rome quand il fut fait cardinal, que le libéralisme dans la religion, formules acidulées telle que « Dieu est Amour » ou - pour sauter à notre époque – « Qui suis-je pour juger ? » n’ont pas de contenu réel. Le libéralisme éviscère l’action de Dieu qui nous sauve d’un état de péché avec ses dimensions éternelles.

Il continue :

« Sans eux (La Croix et l’expiation pour le péché) aucune autre doctrine n’est tenue à profit. Croire à la divinité du Christ, ou à son humanité ou à la Sainte Trinité, ou à un jugement à venir est une croyance erronée, à moins que nous ne recevions aussi la doctrine du sacrifice du Christ. Cependant, pour la recevoir présuppose la réception en plus d’autres hautes vérités de l’Évangile : cela implique la foi dans la divinité véritable du Christ, dans sa réelle incarnation, et dans l’état de péché de l’homme par nature. Et cela prépare le chemin de la foi dans le banquet eucharistique sacré, dans lequel lui, qui fût crucifié une seule fois, est donné pour toujours dans son Corps et son Sang. »

Dans un simple paragraphe, Newman nous a donné virtuellement l’essence du Credo et nous a expliqué ce drame qui se jouait de son temps - et du nôtre.

Cette catholicité confiante émerge de sa biographie. Newman était devenu évangélique à quinze ans, après une expérience qui lui fit croire en Dieu, « de manière plus certaine que j’ai des mains et des pieds ». A Oxford, il démarra des groupes pour promouvoir l’évangélisme, mais après de sérieuses études et une maturation personnelle, il devint anglican. Alors qu’il lisait les premiers Pères de l’Église, il essaya de faire de l’anglicanisme une via media – chemin moyen - entre le protestantisme et le catholicisme, jusqu’au jour où il réalisa qu’il n’y avait pas de via media, mais la seule l’Église que le Christ fonda et que les Pères expliquaient.

Un voyage dans le bassin méditerranéen l’impressionna, spécialement les ruines de Rome, mais là le catholicisme lui sembla corrompu et polythéiste. Cependant ces voyages – et des accès de maladie dans des régions étrangères – ont planté des graines multiples. Nous devons à son navire empanné dans le détroit de Bonifacio – c’est le dangereux détroit entre la Corse et la Sardaigne – la composition de son fameux poème et hymne : Douce lumière qui s’exprime dans cette forme :

Aussi longtemps que Ta puissance m’a béni, certainement elle me conduira encore

À travers landes et marécages, rochers et torrents Jusqu’à ce que la nuit s’achève

Et qu’avec ce matin sourient ces visages angéliques

Que j’ai longtemps aimés et perdus quelque temps. 

Les textes littéraires de Newman sont moins connus que ses autres livres, du moins en Amérique. Mais il a écrit deux romans, un livre entier de poèmes (la Lyre Apostolique) et un long poème à propos d’un vieil homme mourant Le rêve de Gerontius (ultérieurement un oratorio composé par Edward Elgar). Il était lui-même un musicien doué, un violoniste avec une grande prédilection pour Beethoven.

Les souris grignotent déjà son héritage alors que sa canonisation approche, essayant de lui faire dire des choses au sujet de la conscience, l’infaillibilité pontificale, la laïcité, et d’autres choses qu’il n’a jamais dites. Mais il survivra à ces experts en démolition parce que son être entier a été fondé sur un roc.

Beaucoup de gens se plaignent de la manière par laquelle internet, les médias sociaux, et les incitations du journal TV 24/7 nous transforment en une populace sans consistance, sans le sens historique et émotive. N’importe quel catholique – n’importe quelle personne aspirant à quelque chose de plus profond, véridique et brillante – devrait se tourner vers Newman, d’abord ses sermons, puis ensuite vers ses autres œuvres pour elles-mêmes, mais aussi comme guide très sûr vers sa foi, plus sûre que « mains ou pieds ».

Source : https://www.thecatholicthing.org/2019/08/12/a-kindly-light/

Robert Royal est Rédacteur en Chef du « The Catholic Thing », et Président de « The Faith & reason Institute à Washington, D.C.. Son livre le plus récent est : A Deeper Vision : The Catholic Intellectual Tradition in the Twentieth Century » publié par « Ignatius Press ». « The God That Did Not Fail : How religion Built and Sustains the West », est maintenant disponible chez « Encounter Books ».

Photo : le bureau de Newman à l’Oratoire de Birmingham.

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