Pèlerinage(s) de Chartres

Une balise pour la jeunesse

par Constantin de Vergennes

mercredi 25 mai 2022

© Notre-Dame de chrétienté

De tous âges et de toutes conditions, les pèlerins se pressent depuis des siècles sur les plaines de Beauce. Mais depuis le XXe siècle, c’est auprès de la jeunesse que l’appel de Chartres résonne singulièrement.

Depuis deux ans, la plaine de la Beauce, aux alentours de Chartres, était étonnamment calme. Aucune colonne de pèlerins, aucune marée de drapeaux n’était venue fouler les routes serpentant dans « l’océan des blés » chanté par Charles Péguy. Mais avec la levée des restrictions sanitaires, « l’immense chape » de la Beauce s’apprête à retrouver les innombrables marcheurs, reprenant une tradition lancée par le poète en 1912, puis pérennisée à partir des années 1930, notamment grâce à l’action de Mgr Maxime Charles.

Vingt ans de moyenne d’âge

Dans une France où l’on ne cesse d’insister sur la chute de la pratique religieuse, la vue d’un cortège comme celui de Notre-Dame de Chrétienté, qui fête cette année ses 40 ans, relève presque de l’uchronie : près de 14 000 pèlerins, d’une moyenne d’âge de 20 ans. Avec 110 kilomètres parcourus en trois jours, reliant l’église Saint-Sulpice à Paris – en remplacement du traditionnel départ depuis Notre-Dame, en travaux – à la cathédrale de Chartres, en plein week-end de Pentecôte, ce pèlerinage chartrain, très physique, est le plus fréquenté. « Marcher est certes sympathique, mais ce n’est pas la raison pour laquelle on se lance dans un tel pèlerinage », balaye d’emblée Sixtine, étudiante en anglais de 17 ans, qui s’apprête à faire le trajet pour la troisième fois. « Car l’excitation du départ s’estompe au fur et à mesure que cela se complique physiquement. En revanche, plus l’on marche et plus l’on prie et l’on se confesse, si bien qu’on a l’impression de marcher non pas vers la sainteté, car nous n’y sommes pas encore, mais vers sa propre sanctification. »

« La marche nous rappelle véritablement une réalité fondamentale de l’Église : nous ne sommes pas qu’une âme, mais bien une âme et un corps, développe Joseph, étudiant en philosophie de 23 ans, responsable de chapitre depuis 2018. Quand nous remettons le rythme de nos pas à la Sainte Vierge ou au Bon Dieu via le chapelet, c’est un don entier de notre personne. »

Le succès de la marche vers Chartres auprès d’une partie de la jeunesse catholique est sans doute à chercher dans la double exigence physique et spirituelle qui résonne particulièrement dans le cœur des jeunes adultes : « À cet âge, le jeune est comme dans un goulot d’étranglement de sablier, analyse le Père Jacques Enjalbert, aumônier régional adjoint de la Mission étudiante, dont le pèlerinage des Rameaux est l’héritier de celui de Mgr Charles. Il est avant l’heure des grands choix de vie mais déjà, sa vie intellectuelle, affective et relationnelle, se développe, tout en étant travaillé par des questionnements existentiels. » Ainsi, la marche vers Chartres apparaîtrait pour ces jeunes, sous tension face à ce changement de vie, comme un temps d’arrêt salutaire. « Le pèlerinage de Chartres est à mes yeux comme une sorte de grande nuit d’adoration : la temporalité n’est plus la même et l’on se retrouve dans un besoin fondamental, qui est la rencontre avec Dieu », continue l’aumônier.

Retrouvez l’intégralité de l’article et du Grand Angle dans le magazine.

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