Une Pâque intériorisée

par Gérard Leclerc

lundi 13 avril 2020

Église San Maurizio al Monastero Maggiore, Milan
© Philippe Lissac / Godong

Cette Pâque, que nous avons vécue hier, était dépourvue, par la force des choses, de cet accompagnement choral qui fait rejaillir l’éblouissement de la Résurrection. Mes enfants, qui sont devenus adultes, ont gardé le souvenir ébloui de certaines liturgies pascales, auxquelles nous participions dans leurs jeunes années, notamment au moment du chant de l’Exultet et des Alleluia qui l’accompagnaient : « Exultet jam angelica turba caelorum. » « Qu’exulte la foule des anges du Ciel, qu’éclate de partout la joie du monde, qu’éclate dans l’Église la joie des fils de Dieu. » Tout serait à citer, en gardant en mémoire ou la mélodie grégorienne ou celle d’un André Gouzes pour savourer ce chant de victoire. « Victoire qui rassemble Ciel et terre, Victoire ou Dieu se donne un nouveau peuple, Victoire de l’Amour, Victoire de la Vie. »

Dans les circonstances présentes, peut-être ce chant de victoire n’avait-il pas le même retentissement en nous, parce qu’il manquait l’assemblée chrétienne, transportée par le même élan. Nous ne pouvions nous abandonner à la pure allégresse, parce que nous avions au cœur la peine de nos proches qui ont été atteints par l’épidémie. Presque chaque jour pour ma part, j’ai appris le décès d’une personne amie ou que j’avais bien connue. À l’exubérance se substituait un sentiment beaucoup plus intérieur de confiance qui pénétrait notre chagrin. Oui, nous savons par notre foi et en raison de la Résurrection du Seigneur, que l’homme n’est pas une passion inutile et que tout ne s’arrête pas à la tombe.

Pâques est le couronnement de la Révélation qui nous instruit de notre véritable nature. Il ne suffit pas de proclamer ce qu’on appelle les droits de l’homme, il faut savoir encore pourquoi l’homme a des droits, et en quoi résident sa dignité et son secret profond. Ce secret, c’est Jésus-Christ qui nous l’apprend, car comme l’écrit le théologien Joseph Ratzinger : « Pour que l’homme devienne pleinement homme, il faut que Dieu devienne homme. » Et ce Dieu-homme nous fait participer à sa propre vie et donc, au-delà de la mort, à sa Résurrection. Dans notre confinement, nous avons à en prendre plus encore conscience, en nous pénétrant de l’étonnante vocation qui est la nôtre.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 13 avril 2020.

Messages

  • Cette pâque 2020 sera de toute évidence inédite, insolite, imprévisible et sans doute incroyable.

    Qui dans les institutions médicales, le monde des institutions publiques, les hiérarchies religieuses aurait pu penser une telle incidence sur l’humanité entière d’une pandémie rampante et aux conséquences dramatiques ?

    Qui eut pu croire que Pâques des chrétiens, Pessah des juifs, le Ramadam des musulmans en vue connaitrait un destin aussi douloureux pour chaque famille spirituelle cette année ?

    Qui aurait imaginé les églises fermées, les sanctuaires isolés, les couvents désertés par les fidèles prenant d’assaut l’internet et les moyens de transmission moderne des informations pour garder le lien avec les croyants soumis à la même enseigne, à la frustration et à la privation.

    Comme en toute chose le malheur du temps ayant un envers et un revers inattendu, on assistait à une course incroyable des professionnels de la recherche sanitaire pour cerner ce virus dangereux pour l’humanité.

    Comme par enchantement on découvre la condition commune des chercheurs par delà toutes origines culturelles, nationales et spirituelles est étroitement liée par le destin de survie et de défense de la vie humaine et s’est engagée par la course pressante de solutions thérapiques à la diffusion virale du coronavirus.

    Comme par miracle la distance en humanité ayant disparu en quelques semaines entre des citoyens peu habitués aux échanges personnels, le sentiment de vivre un moment exceptionnel de partage, par nécessité sans doute, développait un regard plus attentionné aux autres.

    Paques 2020 ne dérogera pas malgré les circonstances à la célébration religieuse de la résurrection.
    Mais cette expression publique et personnelle aura changé de visage pour des spectateurs du fait religieux qui découvriront l’extrême intériorité de la foi en ses oeuvres d’extériorité de tant de chrétiens, qui partageront l’engagement des professionnels de santé les plus exposés à leur propre survie.
    Cette année 20 Paques prendra corps sur le golgotha du vendredi saint, du Christ allant à trépas comme le firent ces milliers d’innocents du monde dont on comptera ces prêtres et religieuses qui connaitront ce même sort pour leur propre sacrifice !
    On ne pourra les oublier dans l’anonymat du nombre...

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