Une Europe sans boussole

par Gérard Leclerc

mardi 6 mars 2018

Il est désormais bien loin le temps où un universitaire américain pouvait tranquillement énoncer sa thèse de « la fin de l’histoire », grâce à l’avènement universel du capitalisme et de la démocratie. La chute du Mur de Berlin en 1989, avec l’effondrement du système soviétique semblait donner quelque crédit à cette idée d’une paix universelle avec la constitution d’un État de droit à l’échelle mondiale. D’ailleurs certains économistes libéraux plaidaient dans le même sens, en expliquant que désormais il était impossible de sortir du cercle de raison de l’économie mondiale, générant une prospérité générale. Ce bel optimisme s’est trouvé contrarié par des facteurs auxquels on n’avait guère pensé sur le moment. Mais il y eut un premier réveil brutal, le 11 septembre 2001, avec les attentats spectaculaires de New York et de Washington. On connaît la suite avec les guerres du Proche-Orient et l’offensive généralisée du fondamentalisme islamiste.

Et puis il y a l’Europe elle-même. Ne devait-elle pas constituer l’exemple d’un espace de paix, assuré par son organisation politique ? Sa situation privilégiée ne devait-elle pas favoriser une extension du bien être et de la sécurité ? On a dû déchanter, non seulement à cause des attentats qui ont meurtri le sol européen mais à cause de la déstabilisation qui s’est emparée, depuis quelques années, du continent. Partout, on a assisté à la montée des populismes et au recul des formations de centre droit et de centre gauche. On parle pour l’Europe centrale, qui fut délivrée du communisme, de l’établissement d’un régime illibéral. Les vagues migratoires consécutives aux guerres et aux malheurs d’autres peuples ont suscité la crainte des populations locales, par ailleurs inégalement touchées par les retombées de la croissance mondiale.

L’Italie est l’exemple même de cette incertitude qui s’est emparée surtout des classes moyennes et des classes défavorisées marquées par le chômage. Après les élections de dimanche on va jusqu’à parler de cataclysme électoral. Mais n’était-ce pas prévisible ? L’Europe semble avoir perdu la boussole qui avait orienté sa marche au lendemain de la guerre. On a peut-être aussi, du côté des élites, un peu trop pris de haut des gens qui n’étaient pas conquis par principe au bel avenir qu’on leur assurait. D’une façon ou d’une autre, il faudra bien répondre à un désarroi qui n’a pas trouvé, jusqu’ici, de réponse adéquate.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 6 mars 2018.

Messages

  • Le mondialisme c’est la collusion sournoise des internationalistes hystériques et des ultralibéraux furieux. L’UE est leur laboratoire populicide dans les éprouvettes duquel ils poursuivent leur lutte idéologique à mort. Comme au temps de la guerre froide et avant la chute du Mur ce sont toujours les Peuples qui trinquent.

    Depuis cinquante-huit ans cette engeance (transversalement maçonnique ?) oeuvre à pas feutrés.
    Depuis 2005 les Français ont dit Non !
    Depuis 2005 les Français sont humiliés et méprisés par la sphère politico-intello-médiatique vouée à cette collusion sordide de l’internationalisme et de l’ultralibéralisme.
    Comment cela finira-t-il ?

  • Que d’euphémismes de Gérard Leclerc notamment dans le dernier paragraphe. Dans tous les pays où le populisme apparait et progresse de façon spectaculaire comme en Allemagne et en Italie c’est parce que les élites de ces pays, notamment mais aussi tous les autres ( France, Europe centrale) abandonnent le peuple à un triste sort de subir la loi d’airain du capitalisme financier dérégulé dont l’UE n’est qu’une des expressions, des guerres d’agression conduisant surtout à la destruction de pays ( Afghanistan, Irak, Libye et Syrie ) où gouvernaient des dictateurs qui n’étaient plus bien en cours auprès des pays "occidentaux" dont les US et leurs relais européens ce qui a engendré un surplus de migrations non maitrisées, le tout devenant insupportable pour les peuples. On peut toujours leur faire la morale rien n’y fait et n’y fera c’est aux élites de changer leur logiciel ou de disparaitre pour laisser la place à d’autres.

  • Le Pape François retranché dans sa tour d’ivoire au Vatican peut toujours faire la leçon aux peuples d’Europe, il parlera toujours dans le vide tant qu’il ne fera pas d’abord la leçon aux puissants de ce monde, aux élites pour qu’elles changent leur logiciel. Cependant j’en doute là aussi : il prêchera dans le désert tant elles sont emmurées dans leurs certitudes et déconnectées du vécu de leurs présumés concitoyens.

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