La sainteté de Jeanne d’Arc

Un témoin pour aujourd’hui

Mgr Patrick Le Gal, évêque auxiliaire de Lyon

vendredi 22 mai 2020

Mosaïque, basilique Notre-Dame de Fourvière, à Lyon. Jeanne brûlée vive le 30 mai 1431, à Rouen.

Celle dont le nom est présent à travers tout le territoire français était avant tout une sainte. Son ardeur à servir dessine un message toujours d’actualité.

Jeanne d’Arc est connue. Du moins, on croit la connaître : son nom est partout, dans nos rues, nos écoles, nos églises… Son ardeur à servir, cependant, s’est effacée de nos cœurs. Rouvrons l’histoire, retrouvons Jeanne, que se rallume cet élan qui de Domremy à Orléans puis Reims suscita un grand chant de victoire s’achevant à Rouen dans un vibrant témoignage rendu au Christ Sauveur ouvrant à Jeanne les portes du Royaume.

Faire la volonté de Dieu

Après cinq siècles, en 1920, bien tardivement, l’Église a reconnu la sainteté de Jeanne ; la même année, la République lui a consacré une fête comme héroïne nationale. Ce faisant, on a davantage souligné l’héroïsme de Jeanne ou les phénomènes mystiques dont elle bénéficia (ses voix) que le cœur même de sa sainteté.

Elle est sainte, non pour avoir libéré Orléans ou conduit Charles VII à Reims mais parce qu’elle a cherché fidèlement en tout cela à faire la volonté de Dieu. Dès l’âge de 13 ans, quand ses voix commencèrent à lui parler, elle s’attacha à cette obéissance à laquelle sa devise fait écho : «  Messire Dieu premier servi.  » Il ne s’agit d’ailleurs pas d’obéir de façon distraite ou en rechignant. «  Prends tout en gré  », lui disaient ses voix. C’est-à-dire : agis de façon généreuse, entre dans l’intelligence de ce qui t’est demandé pour mieux l’accomplir.

Quelle fut la mission confiée à Jeanne, que lui dirent ses voix ? Volontiers on répondra : «  bouter les Anglais hors de France  ». Voilà sans doute un projet politique légitime en son temps ; mais est-ce là une perspective à la mesure de Dieu ?

Laissons parler Jeanne, que dit-elle ? «  Je suis venue pour faire se clore le règne des nantis et des oppresseurs.  » «  Oppresseurs  », cela inclut sans doute les Anglais mais bien d’autres aussi…

Mission de libération

«  Nantis  » vise tous ceux qui menaient grand train et avaient trop d’intérêts liés aux Anglais pour souhaiter leur départ.

C’est cela même qu’en son temps Moïse reçut comme mission vis-à-vis de Pharaon et de sa clique : une mission de libération car Dieu est un Libérateur et se révèle comme tel. Jeanne nous a laissé une autre formule pour caractériser sa mission : «  J’ai été envoyée pour la consolation des pauvres et des indigents.  » La formule est touchante et complète la précédente ; Marie dans son Magnificat disait de façon analogue : Dieu «  renverse les puissants de leur trône, il élève les humbles  ».

Des moyens chrétiens ordinaires

Mission impossible sans moyens sur-humains ou extraordinaires ! Jeanne, cependant, dans sa vie chrétienne comme dans son travail, met en œuvre non des moyens miraculeux mais les moyens ordinaires, offerts à tout baptisé : on la voit assidue à la prière, se retirant auprès de Dieu pour prendre conseil au moment des décisions cruciales, aimant «  ouïr la messe  » et fidèle à la confession fréquente.

«  On ne nettoie jamais assez son âme  » dira-t-elle à ses juges qui soupçonnent quelque péché caché quand Jeanne insiste pour pouvoir se confesser dans sa prison. Comme tout chrétien, elle a conscience d’avoir à mener un combat spirituel en union avec le Christ par toute sa vie. Elle témoigne : «  Ce sont les péchés qui font perdre les batailles, Dieu nous veut en état de grâce.  »

Dans l’accomplissement de sa mission, elle s’engage pleinement : «  songeons à bien besogner  » disait-elle et, en même temps, elle s’appuie totalement sur le secours divin. À la veille de la bataille, elle déclare ainsi : «  Les soldats combattront et Dieu donnera la victoire.  »

Au service de sa mission, elle fait aussi preuve d’une autorité, d’une audace qui rallient les suffrages. D’où cela lui vient-il ? De sa confiance en Dieu. C’est un point clef. «  Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ?  » disait saint Paul (Rm 8, 31). Ainsi, à la veille de Patay, elle emporte finalement, par sa conviction, l’adhésion de ses compagnons initialement hostiles à livrer bataille aux forces anglaises : «  Les Anglais y sont peut-être, Dieu y est sûrement  »… Peu de mots, beaucoup de sagesse !

Une chasteté rayonnante

La vie de Jeanne, c’est l’Évangile des Béatitudes en actes ; c’est là que se vérifie sa sainteté : humilité et simplicité de cœur, soif de la justice, miséricorde et amour des ennemis, pureté de cœur et chasteté rayonnante, douceur jusqu’au cœur de la persécution tout comme Jésus.

Le plus beau témoignage que nous laisse Jeanne, c’est sa mort ; elle est épuisée, des doutes l’ont traversée, le bûcher est là avec l’écriteau infamant «  relapse et hérétique  ». C’est alors que la promesse transmise par ses voix se réalise : «  Tu seras sauvée par grande puissance.  »

Sa mort fait écho à celle du Christ : Jeanne est dans la désolation comme Jésus à Gethsémani ; Jeanne, avant de monter sur le bûcher, implore le pardon pour elle et l’offre pour ses juges comme Jésus en croix. Attachée au poteau, Jeanne demande un crucifix et, poussant un grand cri, elle meurt redisant le nom de Jésus. Un soldat anglais particulièrement hostile à Jeanne, avec bien d’autres, est saisi de stupeur et de contrition devant ce spectacle : les flammes ne purent brûler le cœur, une colombe s’envole, un grand silence se fit.

Jeanne fait jaillir l’Espérance

Que nous laisse Jeanne ? Le souvenir de chevauchées et de combats victorieux, sans doute ; la joie d’une libération à Orléans ou la gloire du couronnement à Reims, bien sûr ; son courage et ses répliques fulgurantes devant ses juges, certes ; une ode à une figure féminine jeune et intrépide qui nous éblouit, c’est vrai et ce n’est pas négligeable !

Mais il y a plus encore : dans un temps de crise et de détresse, d’abattement et de fuite en avant, Jeanne fait jaillir l’Espérance. Comment ? En redonnant à chacun sa dignité, en suscitant la confiance, en rétablissant une ardeur nouvelle à combattre ensemble. Aujourd’hui, l’heure n’est plus à «  bouter les Anglais hors de France  », mais bien encore à restaurer l’Espérance et la confiance.

Nous ne fêtons pas Jeanne et le centenaire de sa canonisation pour nous consoler de la misère actuelle en évoquant une page glorieuse de l’histoire de France, mais pour nous rappeler qu’à Dieu rien n’est impossible. Dieu est un Libérateur qui cherche qui envoyer pour faire avancer le salut de son peuple : Moïse jadis, Jeanne il y a 600 ans, nous aujourd’hui.

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