Un étendard marial ?

par Gérard Leclerc

lundi 16 octobre 2017

La guérilla qui oppose Emmanuel Macron à Jean-Luc Mélenchon sur le drapeau européen a pris une tournure où le symbolique s’associe étroitement au politique. Car il y a deux dimensions dans cette querelle, d’abord une dimension proprement politique à propos de la construction européenne. Depuis le rejet de la Constitution imaginée par Giscard d’Estaing lors du référendum de 2005, on peut estimer que l’Europe n’est pas vraiment définie en tant que concept institutionnel. On peut certes se raccrocher à la formule de Jacques Delors : fédération d’États nations, même si elle constitue à certains égards un oxymore. Un moment, le président François Mitterrand, avait, me semble-t-il, privilégié le terme de confédération, qui prêtait moins à discussion, même s’il ne résolvait pas entièrement la question de la souveraineté. Une souveraineté qui par ailleurs ne se sépare pas de la question d’un peuple européen. Existe-t-il un peuple européen ? Si oui, il peut revendiquer son drapeau, son hymne, sa devise. Sinon, c’est beaucoup plus problématique.

Le désaccord entre Macron et Mélenchon est incontestablement lié à cette incertitude, mais il a pris une dimension symbolique, lorsque Mélenchon a mis en cause le drapeau aux douze étoiles sur fond bleu : « Franchement, on est obligé de supporter ça ? C’est la République française, pas la Vierge Marie. » Il est incontestable que le créateur de ce drapeau était chrétien et qu’il était inspiré par la symbolique mariale. On saisit la référence à l’Apocalypse : « Une femme revêtue du soleil, la lune sous les pieds et sur la tête une couronne de douze étoiles. » Mais l’inspiration initiale ne s’est pas forcément transmise aux héritiers. Il a fallu Jean-Luc Mélenchon pour qu’ils soient mis au courant. Mais, même alors, cette symbolique est-elle rédhibitoire pour la laïcité ? On peut en discuter, mais on peut aussi s’étonner de l’intolérance qui jette l’interdit sur une part essentielle du patrimoine européen. Sans référence à ce patrimoine, avec ses dimensions d’ailleurs diverses, notre Europe devient un concept singulièrement rabougri.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 16 octobre 2017.

Messages

  • Excellent papier cher Gérard. Mais une petite faute : le référendum sur la Constitution européenne n’était pas en 2004 mais en 2005. Jcg

  • Voilà qui plairait aux croyants, catholiques ou non, et aux autres, puisque Marie est toujours considérée comme "la mère". et que tout homme, à un moment ou à un autre, demande l’aide, la protection ou l’amour de Marie. Un étendard marial, pourquoi pas ? Je vote "pour".

  • Eh bien non, il faut croire que ça ne plaît pas à tous les chrétiens.

    Je ne connais ni l’auteur, ni les circonstances historiques de la création de l’emblème européen. Cependant, j’affirme que s’il était chrétien son choix était blasphématoire. Comment peut-on accoler ou superposer la Vierge Marie et cette organisation technocratique apatride, l’U.E., qui n’a d’âme que noire et marchande ?

    S’il n’était pas chrétien, c’est une appropriation indue et un détournement de symboles au profit de quelque chose qui n’a aucun rapport.

    Quant à cette prétention macronesque à vouloir imposer le drapeau étoilé à la France, il faut souligner avec vigueur qu’elle est absolument anticonstitutionnelle !
    Un individu, fût-il président de la République, ne peut décider de son propre chef d’imposer un changement de l’emblème national.

    Sûrement parce que notre Jupiter en carton pâte se sent le premier de cordée des "premiers de cordée", largement au-dessus de la mêlée des "fainéants" et de "ceux qui ne sont rien", il se croit autorisé à faire tout et n’importe quoi et à f... le b... institutionnel.

  • Il ne peut y avoir deux souverainetés : le problème du drapeau n’est donc pas anodin. Mélenchon aurait pu s’en tenir là dans sa contestation du drapeau européen à l’Assemblée Nationale, mais il a fallu qu’il en rajoute avec son obsession anti-cléricale et troisième république. Cela montre une chose, ce n’est pas la souveraineté donc la liberté qui anime la France insoumise mais les vieilleries 1905 et surtout le combat anti-chrétien.
    Ceci étant dit, si le créateur de cet emblème pensait à Marie, moi je ne vois au milieu que la tête de Juncker et donc ce drapeau n’est pas le mien ni celui de la Vierge qui est reine de France et de Pologne, et de beaucoup de nations européennes mais pas reine d’institutions appelées un jour à mourir et qui ne servent qu’à introduire le mondialisme et détruire justement les nations dont Marie est Reine.

  • Le créateur du drapeau européen, le nommé Arsène Heitz, sauf erreur, aurait confié ceci et cela. Quoiqu’il en soit, le drapeau d’un pays, d’une région, d’une confédération etc... ne saurait en aucun cas être confondu avec une bannière comme on en porte dans des processions religieuses. Que le nom de la Sainte Vierge ait été évoqué a ouvert la voie à des interprétations inédites : en effet, lu on ne sait où que on ne sait plus qui, dépassant Marie Mère de Jésus, aurait affirmé que les douze étoiles sur fond bleu représentent "les douze apôtres" !!! Nouvelle catéchèse populaire...

    Jésus a affirmé que Son royaume "n’est pas de ce monde", c’est-à-dire qu’il n’a rien de comparable aux royaumes ou aux républiques ou autres pouvoirs qui existent dans le monde puisque ce royaume de Jésus-Christ dépasse les frontières et qu’il est universel. Tout est dit.

  • Histoire du drapeau Européen
    Et si les chrétiens européens prenaient vraiment connaissance de l’Histoire d’un symbole majeur adopté par leurs Pères Fondateurs : le Drapeau Européen.
    Qui connaît l’histoire, la signification de ce drapeau de plus en plus connu, représentatif, jusqu’à figurer sur toutes les plaques minéralogiques de nos véhicules ?
    Dès 1949, après le traité de Londres (5 Mai 1949) créant le Conseil de l’Europe (10 Etats : Royaume-Uni, France, Belgique, Pays-Bas, Luxembourg, Suède, Norvège, Danemark, Irlande, Italie, puis très vite la Turquie, le 9 Août 1949), Robert Schuman songeait à un drapeau commun pour l’Europe. Il chargea le directeur du Service de Presse du Conseil, Paul Lévy (catholique pratiquant d’origine juive) de lui faire des propositions. De 1949 à 1955, il y eut plus de 100 projets, tous récusés par l’un ou l’autre pays, l’un portait une croix, l’autre un croissant… Finalement Paul Lévy chargea un de ses amis, Arsène Heitz, du Service du courrier du Conseil, bon dessinateur par ailleurs, de lui faire une proposition. A. Heitz le racontera plus tard : "J’ai eu l’idée d’y mettre les douze étoiles de la Médaille Miraculeuse de la rue du Bac, sur fond bleu, couleur de la Sainte Vierge" … Douze étoiles faisant, bien sûr, référence au verset de l’Apocalypse (12,1) : "Un grand signe parut dans le ciel, une femme enveloppée de soleil, la lune sous les pieds, et une couronne de douze étoiles sur la tête", sans oublier que le sens profond de la Médaille Miraculeuse est d’abord un "signe" d’Espérance, ce qui est bien ce qui nous manque aujourd’hui.
    Le sens de ce projet, qui ne fut, bien entendu, pas évoqué en vertu de la sacro-sainte laïcité (et du risque de déchaînement d’une controverse), enchanta Robert Schuman et Konrad Adenauer, qui avaient entre temps participé à la création de la CECA (traité de Paris, 18 Avril 1951) et, décidant de garder le secret des origines, ils le soumirent, pour avis à l’Assemblée parlementaire puis au Comité des Ministres qui l’approuva le 8 Décembre 1955 (fête de l’Immaculée Conception...).
    Pour ceux qui aiment les coïncidences "miraculeuses", le traité de Rome qui institua la Communauté Européenne (avec 6 Etats), fut signé, lui, le 25 Mars 1957 (fête de l’Annonciation) ! Les deux entités, Conseil de l’Europe et Communauté prirent les mêmes symboles, drapeau et hymne (Ode à la joie, dont il faut lire aussi les paroles).
    Miracle ? "Mariolâtrie" ? Pas tout à fait, car d’après ce que l’on sait de R. Schuman, ses convictions religieuses ne durent pas être tout à fait étrangères à cela (sans oublier celles du même ordre de ses "compères" K. Adenauer et A. de Gasperi) .

    A un moment quelque peu difficile pour l’Europe, ne devrions-nous pas imiter la discrétion intelligente de nos fondateurs et empêcher des débats d’arrière-garde de polluer le vrai combat à mener pour une Europe plus unie, facteur de stabilité, de paix, dans un monde plus périlleux que jamais ?

  • une Europe unie
    Je ne suis pas contre, s’il s’agit d’une vraie volonté d’oeuvrer pour la paix et pour une meilleure vie de ses habitants.

    L’union Européenne c’est malheureusement tout autre chose.

    Conçue au départ (par le truchement des Monet, agent de la CIA, et Schumann qui ne valait guère mieux) pour préserver les intérêts économiques et géo-stratégiques des USA, l’U.E. n’est en rien facteur de paix.
    Ne serait-ce que son rôle absurdement et scandaleusement boute-feu dans l’affaire ukrainienne devrait ouvrir les yeux des naïfs qui gobent béatement la propagande présentant l’UE comme un gage de paix.

    Le bellicisme de l’Otan - déstabilisateur des équilibres est-ouest - devrait également interroger ; sachant que l’adhésion automatique à l’Otan fait partie du package de l’adhésion à l’U.E. !

    Voir des coïncidences miraculeuses dans l’oligarco-technocratie U.E. c’est s’illusionner gravement et dangereusement. Il faut vite se réveiller..

  • Le drapeau de l’UE avec pour fond le bleu du manteau de la Ste Vierge piqué de douze étoiles représentant a-t-on dit les "douze apôtres" (dont Judas) on aura lu et entendu bien de "saintes" déclarations évoluant en pleine laïcité républicaine. Et tout en maintenant que, dépassant les frontières et étant donc universel, le royaume de Dieu n’est pas de ce monde, il n’est pas interdit de compléter brièvement la revue.

    Sans rien approuver ni contester concernant ce drapeau de l’UE, on peut avancer que l’évolution de la démarche jusqu’à l’adoption de ce symbole peut être soumise à légitime critique. En effet, et tenant compte du fait évident de la laïcité et en dépassant celle-ci et tout fait religieux, "garder le secret sur les origines" de ce symbole de l’UE ressemblerait plutôt à de la dissimulation quelles qu’en soient les raisons de ce que que d’aucuns ont qualifié de camouflage. Entreprise par ailleurs inutile sur le long terme puisque voilà ce "secret" découvert en cette période où plus que jamais auparavant le terme "laïcité" est utilisé à longueur de journées par madame et monsieur tout le monde jusqu’à saturer à lui seul les articles de la presse et les écrans de la télé.

    Concernant les "coïncidences" "miraculeuses"", celles et ceux qui, ne croyant pas au hasard font confiance en la seule Providence, trouveraient bien légitimement dommageable d’y mêler Marie la Toute Sainte.

    Et en conclusion, pourquoi ne pas avouer qu’il n’est pas très gentil de rendre la Sainte Vierge comme complice d’une entreprise secrète en la faisant entrer, en plus en resquilleuse, dans les affaires d’un monde qui n’est pas celui de Son Fils.

  • @ V. Gemayel
    Très bien dit !

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