Un avenir encore plus incertain ?

par Gérard LECLERC

lundi 9 novembre 2009

Vingt ans après la chute du mur de Berlin, les politologues s’interrogent. La fin de l’Union soviétique a-t-elle modifié profondément la nature des rapports internationaux ? Sans aucun doute, oui. Le monde en est-il devenu plus sûr ? Les risques d’embrasement généralisé se sont-ils amplifiés ou réduits ? À cette question, les réponses sont prudentes. En tout cas, la thèse de la fin de l’Histoire développée par Francis Fukuyama n’est plus guère partagée. La mondialisation du marché n’assure pas forcément la pacification des nations et les progrès du droit n’obéissent pas à une règle uniforme de développement. En fait, les incertitudes sont plus grandes que les certitudes dans le jeu de la prospective et la crise économique est venue accroître les motifs de doute.

Hubert Védrine, notre ancien ministre des Affaires étrangères, pense que notre planète est devenue plus dangereuse, non en raison d’un risque de guerre mondiale, mais à cause de déséquilibres démographiques, écologiques et économiques. C’est aussi l’avis de ce conseiller éminent de la Maison Blanche qu’est Zbigniew Brzezinski, qui eut à surveiller le dispositif de réplique nucléaire des États-Unis (Libération, 9 novembre). Néanmoins, l’un et l’autre s’inter-rogent, ne serait-ce que sur le leadership de Washington. Dans vingt ans, il n’est pas évident que la superpuissance ne sera pas surclassée, notamment sur le terrain de l’économie. Par ailleurs, le devenir de l’Europe n’est pas assuré non plus, en dépit de l’espace de paix réalisé. Elle n’est nullement disposée à assurer un rôle politique dans le monde et ce n’est sûrement pas le traité de Lisbonne qui suppléera à son absence de volonté et de projet.

Ces remarques ne sont nullement désenchantées. S’il y a une leçon essentielle à tirer des événements d’il y a vingt ans, c’est que l’histoire peut basculer. Elle n’est pas forcément soumise à des mécanismes inflexibles et il y a des moments où l’héroïsme de la volonté peut s’opposer victorieusement à la fatalité. Comment oublier que l’un des premiers responsables de ce grand basculement historique s’appelle Jean-Paul II ? C’est lui qui, seul contre tous, s’est dressé contre l’hydre totalitaire un beau jour sur la place de la Victoire à Varsovie. C’est lui que le peuple polonais a suivi en fondant Solidarnösc. Et c’est depuis la Pologne que le processus s’est développé jusqu’à provoquer la chute du mur de Berlin. grâce soit rendue à ce grand pape, dont l’héroïsme était inspiré par l’unique foi au Dieu sauveur et riche en miséricorde.

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Et le mur de Chypre ?

http://www.lemonde.fr/europe/article/2009/11/09/pierre-lellouche-une-situation-ubuesque_1264648_3214.html#ens_id=1264744

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Lech Walessa

"Il ne faut pas rire, Gorbatchev n’a jamais voulu renverser le communisme, ni le mur de Berlin, ce n’était pas sur son chemin. (...) La vérité est que la part revient à hauteur de 50 % au pape Jean Paul II, 30 % à Solidarité et à Lech Walesa et seulement de 20 % au reste du monde." "Ce qui m’attriste aujourd’hui, c’est qu’on fait des héros de ceux qui ne l’ont pas été"

http://www.lemonde.fr/europe/article/2009/11/09/merkel-entre-l-est-et-l-ouest-demeurent-des-differences-structurelles_1264504_3214.html#ens_id=1256808

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Messages

  • C’était une plaie béante –et saignante- qui coupait la ville en deux. Du côté ouest, Il prenait généralement l’apparence d’une muraille de béton surmontée d’un cylindre (pour empêcher une éventuelle escalade). Parfois, le béton laissait la place à une façade aveugle : les constructeurs avaient dû faire vite et bricoler avec le bâti existant. De loin en loin, des sortes de podiums permettaient de mieux voir l’impressionnant dispositif de sécurité, avec ses miradors, ses glacis, ses dispositifs antichars et ses barbelés (sans parler d’autres éléments plus discrets et plus inquiétants encore). Les "Bluthunden", les molosses de la Volksarmee semblaient les seuls êtres vivants à avoir droit de cité dans ce long cauchemar en forme de ruban. Et puis, au pied du Mur, il y avait ces croix qui rappelaient qu’ici on était mort pour avoir voulu être libre.

    Vu de l’est le le paysage était à peine moins sinistre. On ne s’approchait pas du mur, mais, passé le check-point Charlie, ses panneaux menaçants et ses interminables chicanes, s’étalait une ville morne où les principales notes de couleur étaient les slogans marxistes qui s’étalaient sur les architectures staliniennes. La fameuse avenue Unter den Linden, jadis si animée, laissait suinter la tristesse de sa splendeur déchue.

    On a eu raison de célébrer la chute du Mur de Berlin. L’ancienne capitale prussienne a retrouvé sa joie de vivre, mais aussi son rayonnement culturel. Surtout, la chute du Mur a sonné le glas d’un empire soviétique dont on oublie un peu trop vite la menace de guerre qu’il a fait peser sur le monde pendant cinquante ans. Berlin-Ouest ne pouvait se maintenir au milieu de l’ex-RDA que par une présence militaire obstinée et une vigilance de tous les instants.

    On a raison de célébrer la chute du Mur, mais, soyons francs : l’existence de ce mur était, pour nous autres Occidentaux, bien confortable. Le monde était partagé entre le monde libre et le monde sous la botte communiste. Pour nombre de Français, ce symbole de division semblait même rassurant puisqu’il entretenait la faiblesse politique d’une Allemagne dont ils avaient appris à se méfier.

    Le Mur de Berlin est tombé il y a vingt ans, mais la réunification de l’Allemagne n’est toujours pas achevée, au moins économiquement. Surtout, d’autres murs, au Proche-Orient, en Asie voire en Amérique, demeurent, qu’ils soient ou non construits en béton, ou qu’ils demeurent encore bien solides dans les têtes.

    Le Mur de la honte n’a décidément pas fini de tomber.

    Serge Plenier

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