LE DÉCLIN DU COURAGE

Soljenitsyne plus que jamais d’actualité

Entretien avec Hervé Mariton, ancien ministre, maire de Crest

vendredi 7 décembre 2018

Vous êtes un homme politique, vous vous transformez en acteur. Pourquoi ?

Hervé Mariton : La politique, pour moi n’est pas un jeu, mais une mission. Cependant, le jeu d’acteur permet de transmettre l’argument d’un texte. Passionné, depuis longtemps, par Alexandre Soljenitsyne, j’ai choisi une manière efficace de transmettre le message, exigeant, du discours de Harvard, Le Déclin du courage.

Vous avez choisi de célébrer le centenaire de Soljenitsyne par Le Déclin du courage. Y a-t-il une raison particulière à cela ?

C’est cette année le centenaire de la naissance de Soljenitsyne. Ce sont aussi les 40 ans du discours de Harvard. Et ce texte dit bien ce questionnement de Soljenitsyne sur l’identité et le progrès, sur la morale et la liberté, sur la limite et l’élévation. Ce questionnement est plus que jamais d’actualité.

Dans Le Déclin du courage, l’ancien dissident de l’Est s’adresse à l’Occident. En quoi son message est-il universel ?

Alexandre Soljenitsyne s’adresse à l’Occident avec amitié. L’Occident qu’il perçoit n’est pas un idéal, non pas évidemment qu’il soit pire que le monde soviétique et communiste, mais parce qu’il est trop imparfait. Parce que l’esprit sans respect de l’homme devient tyrannique, mais que la liberté sans élévation est destinée à périr. Cette quête, difficile, de l’idéal est universelle.

Que nous a-t-il appris sur la Révolution, russe et française ?

Alexandre Soljenitsyne décrit dans son essai Deux révolutions comment la Révolution française, comme la révolution russe de 1917, commencées dans l’aspiration à la liberté aboutissent à la tyrannie, celle de la Terreur, celle des bolchéviques. Parce que les forces révolutionnaires ne veulent aucun ennemi à gauche. Parce que les partisans de la liberté oublient de mobiliser d’autres ressorts que matérialistes.

Ce message nous concerne-t-il toujours aujourd’hui, 40 ans plus tard ?

Le message de Soljenitsyne est constant. Il nous alerte sur les dangers du progressisme, sans dénigrer le progrès. Il aime le peuple, sans que cela entraîne la qualification facile de populiste. Le discours résonne avec une grande actualité.

Dans ce texte à Harvard, Alexandre Soljenitsyne mettait notamment en avant les forces spirituelles pour relever l’Occident matérialiste. Comment l’entendez-vous ?

Il faut prendre Soljenitsyne à la lettre. La perte de la dimension spirituelle aura affaibli l’Occident. Aujourd’hui l’affirmation islamiste, méprisante de l’homme, est une tyrannie horrible. Rabelais disait déjà « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ».

En quoi sa vie a-t-elle été l’antithèse du déclin du courage ? Que nous apprend-il sur le courage et la manière de l’exercer ?

Soljenitsyne a poursuivi la quête de Platon, de Dostoievski, du beau, du bien et du vrai. Le courage est une responsabilité individuelle, que le plus faible le plus humble peut exercer. L’homme plus fort que le système. L’homme qui n’a « d’autre issue que d’aller toujours plus haut ».

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Photo : © MEDEF

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