Saya de Malha : entre écologie et utopie

par Fabrice de Chanceuil

samedi 22 août 2009

Saya de Malha est un banc de sable situé sur le plateau des Mascareignes au cœur de l’Océan Indien. Apparu il y a 35 millions d’années, d’origine volcanique et composé de sable basaltique, il couvre une superficie de 41 000 km2. Il est constitué de deux parties : le Banc Sud qui serait le plus grand atoll submergé du monde tandis que le Banc Nord serait l’un des plus grands atolls de la planète. Découvert il y a 500 ans par des navigateurs portugais (d’où son nom), il a fait l’objet d’un premier relevé topographique par le capitaine Robert Moresby de la Royal Navy en 1838. Par la suite, ce sont surtout les pêcheurs qui se sont intéressés à ses eaux poissonneuses, faisant naître récemment des rivalités territoriales de la part de ses deux Etats voisins, l’Ile Maurice et les Seychelles.

Profitant de l’incertitude juridique pesant sur son statut pouvant laisser penser qu’il s’agit d’une terra nullius, l’aventurier français Pierre Metzger en prend possession le 5 janvier 1989 (il y a donc vingt ans cette année) et constitue la Principauté de Saya de Malha dont il se proclame le souverain sous le nom de Pierre II . Il veut en faire une principauté écologique en invitant ceux qui veulent se rendre sur son territoire à le faire en voilier afin de ne pas perturber le calme et l’équilibre des lieux. Mais il meurt accidentellement avant d’avoir pu concrétiser son projet, laissant la succession à ses enfants, le Prince Hugo et la Princesse Maureen, qui ne semblent pas, à ce jour, avoir poursuivi le rêve de leur père.

L’histoire aurait pu en rester là mais Saya de Malha n’a pas fini d’exciter les imaginations. A la même époque, le chercheur et architecte allemand Wolf Hilbertz travaille sur l’accrétion minérale électrolytique, afin de produire une sorte de « ciment marin » par électrolyse à partir de l’eau de mer. Avec son compatriote Thomas J. Goreau, il fonde le Global Coral Reef Alliance afin de promouvoir, par cette technique, des récifs artificiels de troisième génération. Selon eux, le procédé, en hâtant l’œuvre de la nature, permet une croissance cinq fois plus rapide des coraux, donnant ainsi naissance à un nouveau matériau, appelé Biorock, et favorisant également le développement des huîtres, palourdes, langoustes et poissons. Afin d’expérimenter leur système et profitant eux aussi du statut incertain de Saya de Malha, Hilbertz et Goreau décident en 1997 d’y auto-construire une île artificielle à partir d’une structure métallique ancrée à 11 mètres de fond couplée à des panneaux photovoltaïques flottants. En 2002, une deuxième expédition permet de jeter les bases de l’île et d’effectuer les premiers relevés bathymétriques de la région. Un troisième voyage devait préparer l’émergence de l’île, déjà appelée Autopia, au-dessus du niveau de la mer. Mais Hilbertz meurt en 2007 et si son associé entend perpétuer son œuvre, il semble que le projet d’île artificielle soit quelque peu compromis. Il faut dire aussi que l’Ile Maurice a décidé de réaffirmer ses droits sur Saya de Malha et, après un accord de bon voisinage avec les Seychelles, a inclus en 2008 le banc de sable dans sa zone économique exclusive (ZEE). Il est donc peu probable que le rêve de Hilbertz arrive à son achèvement. A terme en effet, il imaginait que son île puisse accueillir 50 000 habitants et devenir une nouvelle micronation. Il est manifeste que l’architecte qu’il était aussi, inventeur de la discipline dite « cybertecture », allait sans doute entrer en contradiction avec le scientifique, promoteur de la « seacology ».

Il vaut donc mieux que Saya de Malha reste comme il est et que, pour faire encore rêver les voyageurs et les poètes, il continue à être fait de « sables émouvants ».

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