Saintes de France, de Palestine et d’Italie

par Natalia BOTTINEAU

mardi 26 mai 2015

Quatre nouvelles saintes étaient célébrées à Rome le 17 mai dernier : un amour du Christ sans frontières et qui transforme le monde…

Des cantiques en arabe s’élèvent dans la basilique Sainte-Marie-Majeure comble. De Palestine, d’Israël, de Jordanie, du Liban, de Syrie, et de France, les carmélites, les sœurs du Rosaire, leurs familles, leurs amis, sont venus rendre grâce pour le don de deux nouvelles saintes, Mariam Baouardy, du carmel de Bethléem, et Marie-Alphonsine Ghattas, fondatrice des sœurs du Rosaire.

Rome a vu des peuples encore plus lointains venir se réjouir avec eux aussi pour la sainteté de la sainte Française, Jeanne-Émilie de Villeneuve, dont le charisme a fécondé l’Afrique, l’Amérique latine et jusqu’aux Philippines, et de sainte Marie-Christine Brando, l’Italienne : ils sont venus de Naples, de Caserte, et de Bénévent, de Bogota...

Le patriarche latin de Jérusalem, Fouad Twal, a présidé la messe d’action de grâce pour les deux saintes de Palestine, en présence du patriarche melkite Gregorios Laham, lundi matin, 18 mai. La liturgie passe de l’arabe au latin — la Messe des anges — avec une souplesse naturelle. Une jeune Libanaise m’offre son livret préparé par le patriarcat : «  La messe, je la connais  », dit-elle en souriant. Les lectures y sont en quatre langues : arabe, italien, anglais et français. Dans son homélie, le patriarche Twal souligne que les deux nouvelles saintes dont la Palestine est si fière ont suivi le «  chemin de Marie  ». Leur vocation, dit-il : «  l’Évangile  ». Deux charismes féconds enracinés dans la «  prière  », la «  contemplation  », et le «  silence  ». Dieu a choisi ces deux sœurs pour leur «  humilité  ». Elles sont devenues des «  héroïnes  » pour l’Église. Une autre jeune du Liban, Caroline, traduit gentiment pour moi. On dirait que tous les jeunes catholiques du Moyen-Orient se sont donné rendez-vous sous le manteau de Marie dans la basilique papale pour dire merci. La célébration s’achève dans un déchaînement d’applaudissements et d’ovations, de hululements joyeux.

Les carmélites et les sœurs du Rosaire sont ensuite reçues par le Pape qui s’émerveille qu’un avion entier rempli de sœurs ait décollé de Amman pour Rome : il l’a su par le président Mahmoud Abbas. Il confie aux sœurs de prier les deux nouvelles saintes pour obtenir la paix. La paix entre Israël et la Palestine, en Syrie et en Irak. Des religieuses venues de Syrie témoignent des souffrances de la population martyrisée depuis quatre ans. Deux d’entre elles ont rencontré le pape émérite Benoît XVI, le pilier de prière du pontificat du pape François : il priera aussi, plus que jamais, avec elles, pour la paix.
C’est la tradition que les célébrations pour une canonisation se déroulent sur trois jours. Deux jours plus tôt, ces mêmes pèlerins étaient rassemblés sur la colline de l’Aventin à Sainte-Sabine. Autour de sainte Émilie, la veillée a eu lieu à Saint-Louis des Français. à Sainte-Sabine, en langue arabe, elle incluait une célébration pénitentielle. Mgr Georges Bacouni, évêque grec-catholique de Terre Sainte, a guidé l’examen de conscience. Il soulignait combien «  l’amour du Christ  » dont ont témoigné les deux nouvelles saintes palestiniennes reste aujourd’hui «  un signe pour les chrétiens et pour les non-chrétiens  ». Et puis il insistait sur un point d’examen de conscience : l’attachement à l’argent. Quand la célébration s’est achevée, des prêtres confessaient encore : le jubilé de la Miséricorde a déjà commencé.

Les paroles du président Mahmoud Abbas dans une plaquette éditée par l’ambassade de Palestine près le Saint-Siège, manifestent que le rayonnement des deux saintes palestiniennes dépasse les frontières visibles de l’Église catholique : «  Je remercie le Dieu Tout-Puissant pour le don qu’il a accordé à ces deux religieuses palestiniennes, Mariam Baouardy Haddad, de Ibillin, en Galilée, et Marie-Alphonsine Sultana Danil Ghattas, de Jérusalem. Dans notre Terre sainte, et dans le monde entier, elles sont devenues des exemples de vertu. Remercions Sa Sainteté le pape François et l’Église catholique pour leur attention envers ces deux femmes vertueuses, nées en Palestine, et donc pas dans une terre de guerre, mais dans une terre de vertu et de sainteté, comme Dieu l’a voulu.  » Il a rencontré le pape François et il a assisté aux canonisations.

Le père Antoine Forget, curé de la paroisse melkite catholique Saint-Nicolas-de-Myre, de Marseille, venu avec un groupe de dix-huit pèlerins, raconte que sainte Mariam Baouardy a eu une extase — de quatre jours — dans cette église. Elle était alors novice chez les sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition à Marseille. La force de ses grâces mystiques fera conseiller le choix d’une communauté contemplative où elle sera plus protégée des regards.

Grace, une Franco-Libanaise de Paris dit avoir été très frappée par l’humilité de sainte Marie-Alphonsine : pendant ses 53 ans de vie dans la communauté des sœurs du Rosaire, ses sœurs ne sauront jamais que la Vierge Marie lui est apparue ni que c’est elle la fondatrice.

Sœur Pascale, originaire du Liban, mais depuis des décennies à Jérusalem, dans la maison où repose sainte Marie-Alphonsine ne cesse d’accueillir les pèlerins qui viennent se recueillir sur sa tombe, à Agron Street, dans la partie Ouest, israélienne, de la Ville sainte.

Sœur Veronica de Jésus, du carmel de Haïfa, témoigne de l’appel du Christ entendu ici, à Rome, pendant ses études de théologie. Rentrée chez elle au Chili, elle est entrée au Carmel des Andes, puis elle a donné sa disponibilité pour venir en Terre sainte. Le carmel de Haïfa se trouve sur le Mont Carmel, lieu des sources : les carmes et les carmélites vivent de la paternité spirituelle du prophète saint Élie. Sœur Veronica est touchée par l’humilité de Mariam, qui se disait le «  petit rien  » du Bon Dieu. Et par son amour de Marie.
De Jérusalem, de Bethléem, de Haïfa, d’Alep — des moniales de Bethléem ont fondé le carmel d’Alep —, le carmel est en fête, à Sainte-Sabine.

Et autour des sœurs, tout un peuple est en liesse, dont beaucoup de jeunes, fiers de leurs deux saintes, et qui arborent leur t-shirt au nom de leur ville — Nazareth, Bethléem —, et les drapeaux de Palestine ou du Liban. Un groupe parle avec animation à un prêtre français, l’abbé William-Marie Merchat, du diocèse de Nîmes, qui a publié Prier 15 jours avec Marie de Jésus crucifié. Il est délégué diocésain de l’Œuvre d’Orient, si présente aux côtés des Orientaux chrétiens. Son directeur, Mgr Pascal Gollnisch, est aussi à Sainte-Sabine : il prend des nouvelles, écoute. La célébration s’achève, dans la joie des retrouvailles, et dans l’attente du grand jour.

On avait annoncé une météo épouvantable sur toute l’Italie. La veille, le nord de la péninsule était flagellé par la grêle. Mais place Saint-Pierre, dimanche, on risquait plutôt l’insolation. à côté de moi des sœurs viennent fêter sainte Jeanne-Émilie : ce sont des sœurs bleues, les sœurs de Notre-Dame de l’Immaculée Conception de Castres. Les imprimés africains portent l’effigie de la sainte. L’archevêque d’Albi-Castres-Lavaur, Mgr Jean-Marie Legrez, célèbre aux côtés du Saint-Père. Comme c’est la tradition, le gouvernement français est représenté, notamment par son ministre de l’Intérieur, M. Bernard Cazeneuve.

Les sœurs bleues sont rassemblées à droite de l’autel. La canonisation de la fondatrice a attiré à Rome une délégation de quelque 900 personnes : de France 300 — dont plus de 200 pour la famille de Villeneuve — et 70 de Castres, mais aussi d’Espagne, d’Argentine, d’Uruguay, du Paraguay, du Brésil, du Gabon, du Sénégal, du Bénin, de République démocratique du Congo… Et une «  Année Émilie de Villeneuve  » a commencé. C’est au Brésil qu’a eu lieu le miracle qui a permis la canonisation. La petite Émilly a été sauvée par la prière de sainte Jeanne-Émilie après avoir été électrocutée à 9 mois, en 2008, au point que les médecins l’avaient déclarée morte : elle est là, avec ses parents, dans la procession des offrandes.

Derrière moi, des Italiens applaudissent quand le Pape prononce le nom de sainte Marie-Christine Brando. Membres du mouvement de laïcs né dans sa spiritualité, ils participent chaque année à la fête de Notre-Dame des Douleurs pour laquelle la sainte avait une dévotion spéciale. Elle a aussi été un apôtre de l’amour de Jésus dans l’Eucharistie, dans le mezzogiorno italien et jusqu’en Indonésie, aux Philippines, au Brésil, en Colombie — une sœur de Colombie fait une lecture. Un neveu de la sainte — professeur à l’université — porte les reliques à l’autel. Le nom des sœurs est difficile — les Victimes expiatrices de Jésus-Sacrement — mais leur mission est simple : communiquer leur amour du Christ dans le Saint-Sacrement et servir ceux qui sont, selon l’expression du pape François, «  la chair du Christ  ».

Le miracle retenu pour la canonisation de Mère Marie-Christine a eu lieu dans la province de Bénévent. Un couple ne pouvait pas avoir d’enfant : Pasqualino, est né en 2004.

Le miracle qui a été retenu pour la canonisation de la carmélite de Bethléem est la guérison d’un nouveau-né, à Augusta, en Sicile. Le petit Emanuele Lo Zito est né en 2009 avec un problème cardiaque : les médecins disaient qu’il ne pourrait vivre que quelques jours…

Pour Marie-Alphonsine, il s’est produit en Galilée, à Kufr Cana — oui, à Cana de Galilée ! — en 2009. Un jeune Arabe chrétien, Émile Élias, ingénieur, né en 1977, a encaissé, pendant son travail sur un chantier, une décharge électrique de quelque 30 000 volts. Arrêt cardiaque, couleur bleutée : les médecins le considéraient comme perdu. Mais, après l’invocation de Mère Marie-Alphonsine, il s’est rétabli complètement.

Quel est donc le secret de ces quatre saintes dont la vie a fécondé celle de milliers de personnes, dans tant de pays et de cultures, durablement, au-delà de leur mort, et qui transforme le monde comme un levain dans la pâte ? Quel est le secret de cette belle maternité spirituelle sans frontières et sans fin ? Et le secret de leur bonheur ? Le pape François l’a révélé dans son homélie : «  Demeurer en Dieu et en son amour, pour annoncer avec les paroles et avec la vie la résurrection de Jésus, en témoignant l’unité entre nous et l’amour envers tous : c’est ce qu’ont fait les quatre saintes proclamées aujourd’hui.  » Et il ne finit jamais ses homélies sans s’interroger : « Comment suis-je témoin du Christ ressuscité ? Comment est-ce que je demeure en lui, comment est-ce que je demeure en son amour ?  »

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