Traduit par Isabelle

S’élever avec le Christ

par Michael Pakaluk

mercredi 5 décembre 2018

Quand on se trouve à Saint Andrews, en Ecosse, un dimanche, on découvre que le fameux Vieux Terrain est fermé au golf pour la journée, et ouvert à quiconque veut s’y promener. On peut considérer que cette ancienne tradition est un cadeau de John Knox au monde. Ce réformateur austère avait sûrement tort d’interdire les jeux le dimanche. Cependant, il semble éminemment juste de demander au golf même de témoigner qu’il y a quelque chose de plus grand que lui. Quoi qu’il en soit, le terrain devient un parc communal pour la journée.

Un dimanche, j’étais là-bas et parcourais le terrain à vive allure, gagnant sur un groupe qui se trouvait plusieurs centaines de mètres devant. Je fus choqué de voir un homme de ce groupe qui jetait les restes de son repas par terre. Ou du moins était-ce ce qu’il me semblait de loin. Par intervalles, il mettait la main dans un sac et répandait ce qui semblait être des miettes sur le fairway. Ceci me fâcha. Aussi ai-je marché encore plus vite, pour pouvoir demander à cet homme d’arrêter de polluer, par son inconséquence le bien commun de ce superbe terrain.

Quand je suis arrivé suffisamment près de lui, j’ai vu que ce n’était pas des miettes, mais des restes humains (« des cendres ») qui étaient dans le sac. Ma rancune s’est changée en pitié. Comme je les dépassais et échangeais avec eux des salutations, l’homme expliqua que son père aimait énormément le golf, et que ses frères et sœurs et lui avaient fait le voyage des Etats-Unis jusqu’à Saint Andrews pour honorer le souhait de leur père d’avoir ses cendres éparpillées sur ce terrain. Je fus contraint bien sûr de dire quelque chose d’encourageant et de sympathisant.

J’étais dans la situation, si courante, de savoir que mon frère humain faisait quelque chose d’objectivement profondément mauvais, tout en m’adressant exclusivement, au cours d’un échange superficiel, aux intentions subjectives de cet homme.

Soyons clairs sur le fait que ce qu’ils faisaient, objectivement, était parfaitement mal. Tout d’abord, ma première impression n’était pas inexacte : l’homme, après tout, faisait le genre de chose que l’on ferait avec les restes d’un repas. Et pourtant, il le faisait avec les restes de son père bienaimé ! Ensuite, ces restes étaient jetés sur le sol, exposés, et pour autant que je sache, j’avais déjà marché dessus.

Comme le dit la vieille encyclopédie catholique dans l’article sur la « Crémation » : « (l’Eglise) considère comme inconvenant que le corps humain, qui fut un jour le temple vivant de Dieu, l’instrument de la vertu divine, sanctifié si souvent par les sacrements, soit finalement soumis à un traitement contre lequel la piété d’amour filial, conjugal ou fraternel, ou même la simple amitié semble se révolter comme inhumain. »

Troisièmement, l’homme dans ce qu’il faisait, témoignait de quelque chose de faux. Je ne sais pas ce à quoi il croyait personnellement. Mais nos actions ont souvent un sens, et témoignent de quelque chose en dépit de nos croyances. Le fait d’éparpiller les cendres témoigne inévitablement de panthéisme, de naturalisme ou de nihilisme. Dans le cas présent, il s’agissait d’une sorte de panthéisme – la fausse religion qui déclare que le terrain même de golf est saint, et que, grâce à l’éparpillement, le père décédé pourra être uni à son idole.

Maintenant, sur ces sujets, je trouve que le Catéchisme, comme sur d’autres sujets, est correct dans une certaine mesure, mais peut induire en erreur par omission. « L’Eglise autorise la crémation », dit-il, »sous réserve que cela ne démontre pas une négation de la foi dans la résurrection. »

Admettons tout de suite que la résurrection des morts ne peut pas être mise en échec par « le mode de sépulture » (comme il était d’usage de l’appeler). Le peuple juif n’a jamais brûlé ses morts. Les romains étaient ouverts à la crémation aussi bien qu’à l’enterrement. Dans ce contexte, les premiers chrétiens ont suivi la pratique juive uniformément et définitivement. Mais ils ont également insisté sur le fait qu’ils ne le faisaient pas par nécessité – « comme si Dieu ne pouvait pas ressusciter les morts aussi facilement à partir d’une poignée de cendres que d’une poignée de poussière dans la terre. »

Aussi la crémation n’est-elle pas exclue ; c’est vrai. Mais en même temps, comme le dit le Code de loi Canon, « L’Eglise recommande sincèrement que la pieuse coutume de l’enterrement des corps des défunts soit observée. » (1176, §3) Ou, comme le dit le site web USCCB en citant un document du Vatican : « Bien que la crémation soit maintenant autorisée par l’Eglise, elle n’a pas la même valeur que l’enterrement du corps ». (n° 413) Même quand les restes sont brûlés, le corps devrait être présent aux obsèques, et les restes doivent être conservés d’une manière adéquate et placés dans un endroit sanctifié tel un cimetière.

Il est bon de réfléchir à ces sujets au temps de Pâques. En fait, Se lever avec le Christ est le nom de l’Instruction sur la crémation, émise par le CDF le 15 Août 2016, et approuvée par le pape François. Son langage est très ferme, « Suivant la plus ancienne tradition chrétienne, l’Eglise recommande avec insistance que les corps des défunts soient enterrés dans les cimetières ou d’autres endroits sacrés. »

L’Instruction continue, « En enterrant les corps des fidèles, l’Eglise confirme sa foi dans la résurrection des corps, et veut montrer la grande dignité du corps humain comme partie intégrale de la personne humaine dont le corps forme une part de son identité. Elle ne peut donc pas approuver des attitudes ni permettre des rites qui comportent des idées erronées à propos de la mort, telles que considérer la mort comme l’annihilation définitive de la personne, ou le moment de fusion avec la mère nature ou avec l’univers, ou comme une étape dans le cycle de la régénération ou comme une libération définitive de la « prison » qu’est le corps ».

« Mon plus grand plaisir est d’aller au cimetière et de réciter mon chapelet » disait le père Damien de Molokai. Et l’Instruction loue les dévotions centrées sur les cimetières.

Elle se termine sur une note qui donne à réfléchir : « Quand le défunt a notoirement réclamé la crémation et l’éparpillement des cendres pour des raisons contraires à la foi chrétienne » - soulevant le sujet sur le plan objectif et pas seulement subjectif – « on doit refuser à cette personne des obsèques chrétiennes, selon les règles du droit. »

15 mars 2018

https://www.thecatholicthing.org/2018/05/15/to-rise-with-christ/

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