Avortement

«  Rouvrir le dialogue »

mercredi 30 septembre 2020

La souffrance liée à l’avortement rejaillit aussi dans les familles.
Unplanned. L’actrice qui incarne Abby Johnson (Ashley Bratcher), dans les bras de son mari.

Médecin, Pascale Morinière est aussi la présidente de la Confédération nationale des Associations familiales catholiques (CNAFC).

Vous avez vu le film Unplanned en avant-première. Quelle est votre réaction ?

Pascale Morinière : Il est bien sûr à replacer dans le contexte américain. C’est un film intense, très fort, d’autant que c’est une histoire vraie, avec une héroïne sincère et émouvante. Il saura rejoindre les femmes qui ont enduré cette épreuve de l’avortement et peut-être rouvrir un dialogue sur ce tabou sociétal.

Les derniers chiffres de l’avortement en France sont en hausse, alors qu’ils baissent aux États-Unis, en Espagne, au Portugal, en Allemagne… Comment l’expliquer ?

La France totalise 232 200 avortements en 2019, soit une IVG pour 3 naissances et 15,6 IVG pour 1 000 femmes en métropole [1]. Nous avons l’un des plus mauvais chiffres d’Europe alors que nous avons un taux de couverture contraceptive parmi les plus élevés. On a banalisé l’avortement avec des mesures répétées lors du dernier quinquennat et l’avortement apparaît maintenant comme un acte facile et sans danger.

Dans le même temps, d’autres pays ont développé des politiques différentes en encadrant les conditions d’accès et surtout en développant des mesures d’aide. C’est le cas de l’Allemagne qui a mis en place de nombreuses mesures de politique familiale et a un taux de recours de 4,4 pour 1 000 femmes. Aux États Unis, de nombreux États ont voté des lois restrictives en termes de délais pour avorter. Le nombre d’avortements n’a jamais été si bas, à 11,8 pour 1 000.

La France a longtemps cru que la contraception suffirait à faire reculer l’avortement. Les chiffres l’infirment, puisque 3 IVG sur 4 concernent des femmes sous contraception.

Un amendement à la loi de bioéthique 2020 prévoit d’augmenter le délai pour l’Interruption médicale de grossesse (IMG), pour cause de détresse «  psychosociale  ». Qu’est-ce que ça veut dire ?

Un cavalier législatif a été accolé à la loi de bioéthique. Il introduirait la possibilité de recourir à l’IMG non pour des raisons de santé de la mère ou de l’enfant, mais de circonstances, sous l’appellation nébuleuse de «  détresse psychosociale  ». Sans cadre clairement défini, c’est la porte ouverte à des IVG sans limites jusqu’au terme de la grossesse. On a bien vu que ce terme de «  détresse  » qui figurait dans la loi Veil a fini par disparaître en 2014, transformant l’IVG en un «  droit  ».

Quels sont selon vous les dégâts profonds sur une société comme la nôtre ?

Le lieu dont on attend le plus, qui devrait être le plus protecteur est aussi le lieu du jetable, de la «  culture du déchet  », comme le dit le pape François. À 0,58 IVG en moyenne par femme, on mesure combien cette culture est prégnante. Les ruptures conjugales et les IVG en témoignent et blessent profondément la cellule vitale de la société qu’est la famille. C’est une souffrance muette, inavouée, indicible. Si la femme «  a choisi  », elle est sommée de bien le vivre. Cette douleur sourde trace une onde de souffrance et de dépression qui ne se dit pas, mais que j’ai entendue à de nombreuses reprises dans mon cabinet médical.

Retrouvez l’intégralité de l’entretien dans le magazine.


[1Interruptions volontaires de grossesse : une hausse confirmée en 2019, DREES, septembre 2020

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