Retour du théologien Ratzinger

par Gérard Leclerc

mardi 14 janvier 2020

L’annonce de la publication d’un ouvrage sous la double signature de Benoît XVI et du cardinal Sarah semble provoquer beaucoup d’émoi, du moins dans un milieu habitué aux échanges sur le devenir et la réforme de l’Église. On peut comprendre cet émoi. La prise de parole de celui qui a déposé sa charge d’évêque de Rome ne peut-être anodine, d’autant qu’elle touche un sujet sensible, le sacerdoce, qui est au cœur de l’institution ecclésiale. Mais la polémique portée par certains laisse à penser à une sorte de conflit de pouvoir entre l’ancien et le nouveau pape, Benoît XVI et François. Et de ce point de vue, elle ne peut que conduire à des débordements fâcheux, sur lesquels je m’abstiendrai de tout commentaire. Je préfère aborder le sujet sur le fond.

De quoi s’agit-il fondamentalement ? Non pas d’un conflit de pouvoirs ou d’autorité, mais d’une question doctrinale dont on ne peut comprendre la nature qu’en fonction de la Tradition de l’Église. Et si Joseph Ratzinger ne dispose plus personnellement du charisme du successeur de Pierre, qui permet de trancher en dernier ressort dans le domaine de la foi, il demeure le théologien qu’il a été depuis longtemps, et notamment au concile Vatican II. Un observateur aussi avisé qu’Yves Congar a expliqué que lorsqu’il y avait une difficulté dans l’élaboration d’un texte important, c’est Joseph Ratzinger qui établissait la mise au point la plus adéquate dans le cadre de la commission centrale du concile.

Par ailleurs, si l’on se réfère à l’œuvre théologique du même Ratzinger, on se rend compte que la question du sacerdoce y occupe une place de choix. Elle se trouve traitée avec sa profondeur coutumière, sa faculté de problématisation dogmatique, mais aussi son recours à la longue mémoire du fleuve de la Tradition. Ce qui ne saurait surprendre de la part d’un disciple du saint cardinal John Newman. Et puisqu’on s’interroge sur le problème du célibat sacerdotal, il n’y a aucune opposition entre Benoît et François à ce propos. N’est-ce pas François qui déclarait qu’il ne voulait pas se présenter devant Dieu comme celui qui aurait aboli la règle du célibat sacerdotal ?

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 14 janvier 2020.

Messages

  • L’ennui, c’est que Josef Ratzinger disait autre chose il y a 50 ans, à une époque ou il avait déja largement pris ses distances avec les théologiens progressistes : « De la crise actuelle émergera l’Église de demain…Une Église qui aura beaucoup perdu. Elle sera de taille réduite et devra quasiment repartir de zéro. Ce sera une Église plus spirituelle…Pauvre , elle redeviendra l’Eglise des nécessiteux. Elle découvrira des nouvelles formes de ministère, et ordonnera à la prêtrise des chrétiens aptes, et pouvant exercer une profession. Parallèlement, le ministère du prêtre à plein temps restera indispensable, comme avant…. » Quel théologien faut-il croire : celui de 2020 ou celui de 1970 ? Sa pensée serait-elle...relative ?

  • Le théologien Ratzinger s’est expliqué lui-même sur les évolutions de sa pensée, que l’on pourrait plutôt qualifier de murissements par approfondissement. Ainsi en va-t-il de sa doctrine du sacerdoce qui est désormais en pleine résonance avec la tradition biblique et le développement du dogme compris par Newman. Cela apparaît singulièrement dans ce dernier texte du pape émérite dont le sommet est la confrontation de l’Ancien et du Nouveau testament dans l’esprit de l’exégèse patristique.

    Il y a des précédents de semblables murissements dans l’histoire de la théologie. Saint Augustin n’a-t-il pas publié un ouvrage de "rétractations " ?

  • En conclusion de son article, G. Leclerc rappelle ce qu’a dit le pape François à propos du célibat des prêtre c’est-à-dire le fait de ne pas se marier. En effet, dans l’avion qui le ramenait de Panama, François s’est référé, en le citant, à Paul VI qui a dit préférer "donner sa vie" plutôt que d’abolir la règle du célibat sacerdotal.

    Mais, il arrive souvent que, voulant être les premiers à vendre un "scoop", des "reporters" jettent à la hâte une phrase ou un mot prononcés multipliant ainsi le risque de donner une information incomplète, voire déformée. Il convient peut-être alors de rappeler à ce sujet, ce qu’a vraiment dit le pape François dans l’avion le ramenant de Panama : reprenant, en effet, les mots de Paul VI sur le célibat des prêtres, il a prononcé un NON ferme et formel à l’ordination "optionnelle", ou "en option" ce qui signifie au choix, autrement dit une ordination "à la carte". Les termes "optionnelle" et "en option" ont leur importance : ils ne concernent pas les "viri probati" ou hommes expérimentés (du latin traduits chez Benoit XVI par "chrétiens aptes"). Oserait-t-on alors, dans ce contexte, comprendre les mots de François, tels que prononcés dans l’avion, comme étant une porte entr’ouverte à la possibilité d’ordonner, à titre exceptionnel, des hommes mariés aptes pour palier le manque de prêtres dans des zones reculées de la planète ?

    Et ne pas toujours présenter les expressions originales de X ou Y prononcées de manière différente sur un même sujet, comme une contradiction et encore moins un antagonisme...

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