Fin de vie

Résister à la pression euthanasique

Propos de Lætita Calmeyn recueillis par Constantin de Vergennes

mercredi 30 octobre 2019

Des communautés religieuses se sont spécialisées dans l’accompagnement de la fin de vie.
© Petites Sœurs des pauvres

Depuis la nouvelle loi sur la fin de vie, en 2016, un malaise diffus grandit en France au sein des professions médicales, qui subissent une forme de pression euthanasique. Le précédent belge n’est pas si loin… Pour Lætitia Calmeyn, ancienne infirmière, vierge consacrée, enseignante en théologie morale aux Bernardins et consulteur à la Congrégation pour la doctrine de la Foi, une des clefs se trouve dans la formation des jeunes soignants.

Quelle réponse apporter à l’angoisse des personnes en fin de vie, face à la mort ?

La fin de vie nous donne bien souvent de découvrir l’insuffisance de nos compétences humaines, par exemple face à une angoisse difficile à apaiser. La médecine peut guérir et soigner, mais le médecin, le soignant ou l’accompagnant peut aussi offrir une présence, prononcer des paroles ou poser des gestes qui consolent, qui relèvent et révèlent une personne à elle-même. C’est en ce sens que Jean Vanier parlait du «  sacrement de la tendresse  ». Il y a des présences, des paroles dites ou des gestes posés avec délicatesse, affection, et amour qui rejoignent réellement la personne au creuset de son existence. Comme on peut le voir dans l’Évangile, au moment de son agonie, Jésus a connu une profonde angoisse. Parce qu’il nous a aimés jusqu’au bout, le Seigneur rejoint les profondeurs de notre humanité.
Quand j’étais infirmière, j’ai vu l’exemple de cette femme, venant visiter tous les jours son mari en fin de vie, atteint d’Alzheimer. Elle lui apportait des photos, lui faisait entendre de la musique qu’il aimait, lui ramenait son dessert préféré… Cette fidélité quotidienne me semblait si forte, si belle. Un jour je lui demande : «  Comment faites-vous ?  » Elle me répond : «  Chaque jour, j’apprends à l’aimer autrement.  »

Comment le personnel soignant peut-il résister face à la pression euthanasique ?

Il importe que le personnel soignant (médecin, infirmier, sage-femme, etc.) se forme non pas seulement au niveau médical pour être compétent par rapport à ces questions de fin de vie, mais aussi au niveau éthique et anthropologique. Que ce personnel ait de vrais critères de discernement, qu’il vive d’une charité inventive en offrant des espaces où la vie est réellement respectée, accompagnée et aimée. Il est urgent de redécouvrir la vocation médicale, de soin… Celle-ci n’est pas contractuelle mais profondément animée par l’amour des gens et le sens de la vie.

Nous parlions tout à l’heure d’angoisse en fin de vie… Comment chacun peut-il se préparer ?

Il faut aborder cette question en amont : ça veut dire oser se laisser accompagner d’un point de vue humain et spirituel. Entrer dans une relation de confiance avec une aumônerie d’hôpital. L’une des tâches des aumôniers, c’est justement de se former à cette tâche pour accompagner les personnes. Appeler le curé de sa paroisse et se demander ensemble quels sont les moyens auxquels je peux avoir recours pour me laisser accompagner dans cette fin de vie. Enfin, quand on est père ou mère de famille, trouver un médecin de référence qui puisse devenir un médecin de famille et qui nous aide à discerner ces questions-là. Il importe que l’Église soit présente à cette «  périphérie  » qu’est la fin de vie, en accompagnant par le biais des aumôneries, des familles, des communautés et paroisses et des soignants chrétiens.

Retrouvez l’intégralité de l’entretien dans le magazine.

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