Traduit par Isabelle

Prosélytisme contre évangélisation

par Eduardo J. Echeverria

mercredi 16 novembre 2016

Dans un interview récent organisé par le Père Antonio Spadaro, S.J., l’éditeur de la Civiltà Cattolica, avant son voyage en Suède à l’occasion d’un rassemblement œcuménique pour le 500° anniversaire de la Réforme l’année prochaine, le pape François a exprimé quelque chose qu’il a dit plusieurs fois pendant son pontificat ; « Faire du prosélytisme dans le domaine ecclésial est un péché ». Il ajouta : « Le prosélytisme est une attitude mauvaise. »

Voilà un langage fort, qui mérite une soigneuse attention, car nombreux sont ceux qui croient que le pape dit que l’Eglise Catholique ne devrait plus évangéliser les autres chrétiens. C’est une grande question qui mériterait d’être longuement traitée. Ici, je vais me limiter au « domaine ecclésial » du dialogue œcuménique, cité par le pape. Malheureusement François n’a pas défini ce qu’il voulait dire par « faire du prosélytisme », et n’a pas fait de distinction avec celui-ci et l’évangélisation. Il établit simplement que le prosélytisme en tant que tel est un péché. Mais il ne nous dit pas pourquoi. Et il ne fait pas non plus la distinction entre les moyens, éthiques ou non éthiques, de faire du prosélytisme.

Il est utile de se tourner vers un document produit par un groupe de travail organisé par l’Eglise catholique et le Conseil mondial des Eglises : « Le défi du prosélytisme et l’appel à un témoignage commun. » Le groupe a formulé quelques points de base sur ce qui pourrait constituer un « prosélytisme » inapproprié dans un contexte œcuménique.

Critique injuste ou caricaturale des doctrines croyances et pratiques d’une autre église sans essayer de comprendre ou d’entamer un dialogue sur ces questions.

Présentation de sa propre église ou confession comme « la vraie église » et ses enseignements comme « la vraie foi » et le seul moyen de salut.
Représentation de sa propre église comme pourvue d’un statut moral et spirituel élevés en opposition aux faiblesses et problèmes perçus dans les autres églises.

Proposition d’une aide humanitaire ou de possibilités éducatives comme incitation à rejoindre une autre église.

Utilisation de pressions politiques, économiques, culturelles et éthiques ou d’arguments historiques pour gagner les autres à sa propre église.
Prendre avantage du manque d’éducation ou d’instruction chrétienne, ce qui rend les gens plus accessibles à faire allégeance à une autre église.
Utilisation de la violence physique ou morale et de la pression psychologique pour inciter les gens à changer leur affiliation à une église.

Exploitation de la solitude, la maladie, la détresse ou même la désillusion des gens face à leur propre église pour les « convertir ».

Réduits à notre propos actuel, seul le point 2 soulève des questions ecclésiologiques fondamentales (le reste peut être considéré comme des moyens non éthique, ne posant pas de difficultés théologiques). La question ecclésiologique concerne l’unité et la diversité de l’Eglise unique.
Dans un dialogue œcuménique, nous devons éviter le dilemme soit/soit en répondant à la question :

Soit on affirme que l’Eglise du Christ subsiste pleinement et totalement seule dans son bon droit dans l’Eglise catholique, parce que la totalité des moyens de salut y est présente (Lumen gentium § 8 ; Unitatis redintegratio §§ 3 – 4 ; Ut unum sint § 14). De ce fait, incroyablement, on dénie que l’orthodoxie et les églises historiques de la réforme soient des églises en aucun sens réel, si bien qu’il existe un désert ecclésial en dehors des frontières visibles de l’Eglise ; soit on affirme que ce sont des églises en un certain sens, à un degré plus ou moins grand , dans la mesure où il existe des éléments de vérité et de sanctification en elles, mais alors, on accepte le relativisme ou le pluralisme ecclésiologique – ce qui veut dire que l’Eglise unique du Christ subsiste dans de nombreuses églises, l’Eglise Catholique étant simplement une parmi beaucoup d’autres.

En vérité, l’Eglise considère les chrétiens non catholiques comme membres imparfaits de la maisonnée des croyants, c’est-à-dire de l’Eglise catholique, et de ce fait, elle en parle comme de « frères séparés », frères et sœurs en Notre Seigneur Jésus Christ.

En effet, l’Eglise exprime son identité d’Eglise unique du Christ en établissant une relation de dialogue avec ces églises. Dialogue veut dire que nous avons tous à apprendre les uns des autres et ne devons pas nous rejeter mutuellement du revers de la main. Nous devons toujours dire la vérité, dans l’amour (Ephésiens IV 15) et dans notre tentative de réaliser une unité plus complète.

« Avec les chrétiens non-catholiques » établit la congrégation pour la doctrine de la foi : « les catholiques doivent entamer un dialogue respectueux de charité et de vérité, un dialogue qui ne soit pas seulement un échange d’idées, mais aussi de présents (il s’agit bien d’un dialogue d’amour (Jean Paul II, Ut unum sint, §§ 28, 47) ), afin que la plénitude des moyens du salut puissent être offerts à leurs partenaires dans le dialogue. Ils sont ainsi conduits à une conversion toujours plus profonde en Christ. » (« Note doctrinale sur certains aspects de l’évangélisation »). Voilà la meilleure forme d’œcuménisme réceptif. Il est le fruit d’un œcuménisme dans la rencontre et l’amitié spirituelle.

Dans le dialogue œcuménique, « par-dessus tout il y a :

1 l’écoute, condition fondamentale de tout dialogue, puis

2 la discussion théologique, dans laquelle, en cherchant à comprendre les croyances, les traditions et les convictions des autres, on peut trouver un terrain d’entente, parfois caché sous la mésentente. »

Cette seconde dimension comprend l’apologétique œcuménique. Cette apologétique et cet œcuménisme réceptif ne sont pas en désaccord. Ceci est très bien illustré dans un livre comme celui de Matthieu Levering : L’assomption corporelle de Marie.

De plus, « Une autre dimension essentielle de l’engagement œcuménique est inséparable de ceci :

3 Témoignage et proclamation d’éléments qui ne sont pas particulièrement des traditions ou des subtilités théologiques, mais qui dépendent plutôt de la tradition de la foi elle –même. » Cette troisième dimension découle de la conviction qu’ont les catholiques que la plénitude complète des moyens du salut est présente dans l’Eglise catholique.

« Dans cette relation », ajoute la congrégation, « il faut aussi rappeler que si un chrétien non-catholique, pour des raisons de conscience et après s’être convaincu de la vérité du catholicisme, demande à entrer dans la pleine communion de l’Eglise catholique, on doit respecter ceci comme l’œuvre du Saint Esprit, et comme une expression de la liberté de conscience et de religion. Dans un tel cas, il ne serait pas question de prosélytisme au sens négatif qui a été attribué à ce terme. »

Voilà la différence essentielle entre le prosélytisme négatif et positif, ce dernier – comme l’enseigne clairement l’Eglise étant un aspect intégral de l’évangélisation, même sur le « terrain ecclésial ».

Source : https://www.thecatholicthing.org/2016/11/03/proselytism-vs-evangelization/

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