Entretien avec Vincent Coussedière

Pourquoi l’immigration est-elle taboue ?

propos recueillis par Constantin de Vergennes

vendredi 9 avril 2021

Réfugiés en Hongrie.
© Joachim Seidler – CC BY 2.0

Dans un débat piégé par l’idéologie, il y a urgence à penser rationnellement la question de l’immigration. Entretien avec Vincent Coussedière, professeur agrégé de philosophie et auteur d’un Éloge de l’assimilation (éd. du Rocher).

Pourquoi a-t-on autant de mal à aborder sereinement la question de l’immigration ?

Vincent Coussedière : Pour le comprendre, il faut remonter à l’après-guerre, à la honte de la nation qui est issue de l’effondrement de 1940. Jean-Paul Sartre est alors travaillé par ce sentiment de honte, notamment à la suite de son attitude pendant l’Occupation. Dans un des premiers textes qu’il va écrire après le conflit, Réflexions sur la question juive, il va cultiver ce sentiment : s’emparant de la question juive, il l’instrumentalise pour faire honte à la nation française qu’il accuse d’antisémitisme et dresse un parallèle entre le sort réservé aux juifs durant la guerre et les politiques d’assimilation qui visent les Noirs américains et, par extension, français.

Sartre anticipe le président turc Recep Tayyip Erdogan, qui disait que l’assimilation était un crime contre l’humanité, détruisant l’identité, ainsi que les raisonnements actuels qui veulent établir un parallèle insupportable entre la condition des musulmans et celle des juifs pendant la guerre.

De l’assimilation, nous sommes passés selon vous à l’intégration puis à l’inclusion… Quelles différences ?

L’assimilation a été critiquée car on lui reprochait de nier l’altérité de l’autre et de l’étranger. Elle ramène «  l’autre  » au «  même  ». Elle ne respecterait donc pas l’identité de l’étranger. C’est pour cela qu’aux alentours de 1989, lors de l’affaire des foulards de Creil, on est passé à l’intégration, qui est censée établir un équilibre respectant l’identité de l’étranger dans la sphère privée – celle des mœurs– et lui demandant simplement d’obéir aux lois et aux devoirs de la cité.

On voit bien la différence avec l’assimilation, qui est plus profonde, où l’on demande à l’étranger de se rendre similaire sur le plan des mœurs, considérant que la nation est un corps social et non un seul corps politique.

L’étranger doit, à ce moment-là, faire un effort sur la langue – élément décisif –, mais aussi sur les manières de «  vivre ensemble  » : assimiler la façon dont s’organisent les rapports entre les hommes et les femmes, le rapport à l’animal, la place que la religion tient dans la société…

Retrouvez l’intégralité de l’entretien dans le magazine.

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