Traduction : Yves Avril

Pensées sur le baptême

Par le Bx John Henry Newman

mercredi 30 janvier 2019

« Si un homme ne naît de l’eau et de l’esprit, il ne peut entrer dans le Royaume de Dieu » (Jn 3 :5)

Personne ne peut être sauvé à moins que le sang du Christ, l’Agneau de Dieu immaculé, ne lui soit attribué ; et Sa gracieuse volonté est que cela doive nous être attribué, un par un, par les moyens de signes extérieurs et visibles, ce qu’on appelle les sacrements. Ces rites visibles représentent pour nous la vérité céleste, et confèrent ce qu’elles représentent. Le bain baptismal est le signe de la purification de l’âme délivrée du péché ; les éléments de pain et de vin sont les figures de ce qui est présent sans être vu, « le corps et le sang du Christ qui sont véritablement et réellement pris et reçus par le fidèle lors de la Cène du Seigneur. »

Jusque-là les deux sacrements s’accordent ; pourtant il y a une très grande différence dans leur emploi : le baptême n’est administré qu’une fois alors que la Cène du Seigneur doit être reçue continuellement. Le Christ Notre Seigneur a dit aux apôtres de baptiser en même temps que des hommes ils font Ses disciples. Le baptême les a admis dans Sa grâce une fois pour toutes ; mais la Cène du Seigneur nous garde et nous assure dans Sa grâce jour après jour. Il a dit : « Chaque fois que vous boirez cette coupe, faites ceci en mémoire de Moi. »

Ici donc une question se pose immédiatement qu’il est important de considérer : à quel moment de notre vie devons-nous être baptisés, ou faits disciples du Christ ? Les premiers chrétiens bien sûr étaient baptisés quand ils arrivaient à la maturité, parce qu’alors c’était la première fois que l’Evangile leur était prêché ; ils n’avaient pas la possibilité d’être baptisés en leur jeune âge. Mais le cas est différent avec ceux qui sont nés de parents chrétiens : ainsi la question qui se pose maintenant est celle-ci : à quel âge les fils de chrétiens doivent être baptisés ?

Maintenant, pendant quinze cents ans il n’y a eu aucune dispute ni difficulté à répondre à cette question partout dans le monde ; personne pour peu qu’il reconnût le devoir de baptiser, ne manquait d’administrer le rite aux enfants comme nous le faisons aujourd’hui. Mais il y a environ trois cents ans d’étranges opinions commencèrent à circuler et on vit apparaître des sectes qui faisaient tout ce qui n’avait point été fait auparavant, et défaisait tout ce qui avait été fait auparavant, et tout ceci (comme ils le professaient) d’après le principe que chacun avait le devoir de juger et d’agir pour soi-même ; et parmi ces nouvelles sectes il y en eut une qui maintenait que le baptême d’un petit enfant était une erreur et, en s’appuyant surtout sur ce court argument, que cela n’était commandé en aucun endroit de l’Ecriture.

Examinons cette question : et d’abord, il n’est que juste et légitime de reconnaître tout de suite que l’Ecriture ne nous commande pas de baptiser les enfants. Ceci cependant n’est pas une concession très sérieuse : car l’Ecriture ne prescrit absolument aucun moment pour le baptême ; pourtant elle nous ordonne d’être baptisés à un âge ou à un autre. Il est clair alors que, quel que soit l’âge que nous fixions, nous serons au-delà de la lettre de l’Ecriture. Ceci peut être ou non une difficulté, mais ne peut être éludé : ce n’est pas une difficulté qui est de notre fait. Dieu l’a ainsi voulu. Il a gardé le silence, et sans aucun doute avec de bonnes raisons ; et sûrement nous devons essayer de jouer notre rôle et découvrir ce qu’il voulait que nous fassions, selon les lumières, plus ou moins grandes, qu’Il nous accordées.

Y a-t-il quelque chose de nouveau dans le fait qu’il faut du temps et de la réflexion pour découvrir quel est notre devoir, est-ce nouveau que la pure et parfaite vérité ne doive pas se trouver à la surface des choses, dans la lettre nue de l’Ecriture. Loin de là. Ceux qui s’efforcent d’entrer dans la vie, ceux-là seuls trouvent la porte droite qui y conduit… il ne s’ensuit pas du tout, même s’il était difficile de découvrir à quel âge le baptême devrait être administré, qu’un moment soit aussi bon qu’un autre.

L’Ecriture n’a pas entrepris de nous dire chaque chose, mais simplement de nous donner les moyens de découvrir chaque chose ; et ainsi nous pouvons beaucoup conclure sur la question que nous nous proposons que, si elle est importante, il y a des moyens de trouver la solution ; mais nous ne pouvons pas inférer ou qu’elle doive réellement être prescrite dans la lettre de l’Ecriture ou qu’elle puisse être découverte par tout le monde pour soi-même et par soi-même…

Je dis qu’il n’est pas difficile de voir, comme l’Église a toujours été conduite à voir, que Dieu voudrait que nous baptisions les jeunes enfants, et que retarder le baptême est retarder un très grand bienfait, et hasarder le salut d’un enfant. Il n’y a pas de difficulté si les hommes ne sont pas décidés à en créer une.

1. Considérons d’abord ce qu’est le baptême. C’est un moyen et une promesse de la miséricorde divine, pardon, acceptation de nous pour l’amour du Christ ; il nous donne la grâce de changer nos natures. Alors, sûrement, les petits enfants, nés dans le péché, ont le plus abondant besoin de la miséricorde de Dieu et de Sa grâce : ce ne peut être mis en doute… Si, réellement, le baptême était, simplement ou principalement, notre fait, alors peut-être le cas serait différent. Mais ce n’est pas un acte qui vient de nous autant que de Dieu ; c’est une promesse de Sa part. Et, je le répète, les petits enfants, étant par nature sous la colère de Dieu, n’ayant aucun élément de vie spirituelle en eux, étant corrompus et pécheurs, sont sûrement, d’une manière singulière, objets du baptême pour autant qu’il soit question de sa désidérabilité…

Va-t-on dire que les petits enfants ne sont pas proprement qualifiés pour le baptême ? Est-ce une objection possible ? Considérez le texte : « Si quelqu’un n’est pas né de l’eau et de l’Esprit », dit notre Seigneur, « il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. » Il n’est rien dit des conditions et qualifications ici qui puissent exclure les petits enfants du baptême, rien sur la nécessité d’une foi préalable, ou de bonnes œuvres préalables, pour nous adapter à la miséricorde de Dieu. Et réellement rien ne pourrait être dit. Le Christ savait que, sans Sa grâce, la nature de l’homme ne pourrait porter de bon fruit, car c’est d’en haut que vient toute grâce… Différer le baptême jusqu’à ce que les personnes aient réellement repentir et foi, c’est refuser de donner un remède jusqu’à ce que le patient commence à aller bien. Ce serait difficile réellement d’accepter que Satan soit autorisé à avoir accès à l’âme dès la petite enfance, dès qu’elle commence à penser, et que nous refusions de faire ce que nous pouvons, ou ce qui donne de belles promesses, pour gagner la protection de Dieu contre le Tentateur…

2. Mais, en fait, nous ne sommes pas, strictement parlant, laissés sans encouragement positif pour Lui amener les petits enfants. Nous ne sommes pas simplement laissés à admettre en général la qualification des petits enfants au baptême : le Christ nous a montré Son désir de recevoir les enfants. Certains ont dit (en réalité la plupart d’entre nous peut-être dans des moments d’incroyance avons été tentés dans nos cœurs de demander), « Quel bien le baptême peut-il faire à des enfants sans raison ? vous pourriez aussi bien baptiser des choses sans vie ; ils dorment ou même se battent pendant la cérémonie et l’interrompent ; c’est une simple superstition. » Ceci, mes frères, est le langage du monde, quel que soit celui qui l’emploie. C’est opposer voir et croire. Si nous sommes assurés que le baptême a été béni par le Christ comme le rite d’admission dans Son Église, nous n’avons pas à nous occuper de ces apparences extérieures.

Je répondrais en citant les propres paroles et actions de notre Sauveur. Nous voyons que des petits enfants furent amenés au Christ, et Ses disciples semblent avoir douté, dans le même esprit d’incroyance, du bien qui pouvait advenir d’amener des enfants faibles et sans raison au Sauveur des hommes. Ils pensaient sans aucun doute que Son temps serait mieux employé à les enseigner eux qu’à s’occuper d’enfants ; que cela intervenait dans son emploi du temps urile. « Mais quand Jésus vit cela, Il se fâcha » (Mc 10 : 14) Ce sont des mots admirables : « se fâcha », voilà, Il était gêné, indigné, en colère (comme le mot grec peut le rendre plus littéralement) ; et on nous dit « Il les prit dans Ses bras, posa Ses mains sur eux, les bénit. » Le Christ alors peut bénir les petits enfants, bien que selon toute apparence ils soient comme incapables encore de pensée et de sentiment. Il peut, et il le fit, les bénir ; et dans le sens où ils ont été alors bénis, nous croyons qu’ils sont capables d’une bénédiction dans le baptême.

3. Et nous pouvons ajouter cette considération. Il est certain que les enfants doivent être instruits dans la vérité religieuse, dans la mesure où ils peuvent la recevoir, dès les toutes premières lumières de la raison, clairement, ils ne doivent pas être laissés sans éducation chrétienne jusqu’à ce qu’ils arrivent aux années de maturité. Maintenant, qu’on observe que le Christ, apparemment, relie distinctement l’enseignement au baptême, comme s’Il se proposait par ce moyen de transmettre une bénédiction sur l’enseignement : « Allez et enseignez toutes les nations, les baptisant… » Si les enfants alors doivent être considérés comme suivant un enseignement, comme élèves dans l’école du Christ, c’est assurément le baptême qui doit les faire admettre dans cette école.

Ce sont les raisons du baptême des petits enfants qui frappent l’esprit aussitôt qu’on prend en considération le sujet ; et en l’absence d’une indication explicite dans l’Ecriture, elles sont (pour ce qu’elles sont) satisfaisantes. A quel âge devrions-nous être baptisés ? Je réponds, dans l’enfance ; parce que tous les enfants ont besoin du pardon et de la grâce de Dieu (comme notre Sauveur Lui-même le dit), tous sont capables de Sa bénédiction (comme Son action le montre), tous sont invités à Sa bénédiction et le baptême est une promesse qu’Il fait de Sa grâce, comme Ses apôtres fréquemment le déclarent…

Pour conclure. Je demande à tous ceux qui m’entendent et qui veulent servir Dieu, de se rappeler, dans leurs prières ordinaires, leurs pensées habituelles, les occupations quotidiennes de leur vie, qu’ils ont été une fois baptisés. Si le baptême est simplement une cérémonie, qui doit être réellement observée, mais ensuite être aussitôt oubliée, une forme convenable qu’il ne serait ni estimable ni pour des raisons temporelles profitable de négliger, ce n’est certainement pas un sujet dont un ministre du Christ a à parler ; la religion du Christ n’a rien de commun avec des formes vides, et n’encourage nulle part les pratiques purement extérieures.

Si réellement il y a des gens qui dégradent le baptême en une simple cérémonie qui ne contient aucune promesse spirituelle, qu’ils le considèrent ainsi pour eux-mêmes, et justifient leur pratique de baptiser les petits enfants comme ils le peuvent. Mais pour moi, les frères, je vous le présenterai comme une vraie et franche promesse, sans réserve, de la grâce que Dieu donne aux âmes de ceux qui le reçoivent ; non une simple forme mais un instrument réel de bénédiction véritablement et réellement reçue ; et, dans cet esprit, je vous conseille de vous rappeler quel talent vous a été confié. Il y a vraiment beaucoup de gens qui ne pensent pas au baptême de ce point de vue religieux ; qui n’ont nullement l’habitude d’en rendre grâces à Dieu et de Le bénir et de Le prier de continuer ses grâces et de les aider à tirer profit des privilèges qui leur ont été donnés en lui ; qui, quand bien même ils prient pour la grâce, ne fondent pas leur espérance d’être entendus et exaucés sur la promesse de la bénédiction qui leur a été faite dans le baptême ; surtout, qui ne craignent pas de pécher après le baptême. C’est bien sûr une omission ; dans beaucoup de cas c’est un péché. Réfléchissons-y bien. Rien ne nous rappellera avec plus de force à la fois nos avantages et nos devoirs ; car de la véritable nature de nos esprits des signes extérieurs sont spécialement calculés (s’ils sont correctement employés) pour les frapper, les affecter, les soumettre, les changer.

Béni est celui qui tire le meilleur parti des privilèges qui lui sont donnés, qui les prend comme lumière pour ses pas et comme lampe pour sa route. Nous avons eu le Signe de la Croix tracé sur nous dans notre enfance, allons-nous jamais l’oublier ? C’est notre profession. Nous avons eu l’eau versée sur nous, c’était comme le sang sur le linteau des portes au moment du passage de l’Ange exterminateur. Craignons de pécher après la grâce qui nous est donnée, de peur qu’il ne nous arrive pire. Cherchons à apprendre ces deux très grandes vérités : que nous ne pouvons rien de bon sans la grâce de Dieu, pourtant que nous pouvons pécher contre cette grâce ; et que de cette façon l’immense don peut devenir la cause, d’un côté, du gain par nous de la vie éternelle, et, d’un autre côté, l’occasion pour nous du malheur éternel.
Sermons paroissiaux. 7, N° 16.


Source : https://www.thecatholicthing.org/2019/01/13/thoughts-on-baptism/

13 janvier 2019


 
John Henry Newman (1801-1890) fut fait cardinal par Léon XIII en 1879 et béatifié par Benoît XVI en 2010. Il est l’un des écrivains catholiques les plus importants des derniers siècles

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