Patrice de La Tour du Pin : « Psaumes de tous mes temps »

par Jacquelines Picoche

lundi 12 novembre 2018

En 1974, quelques mois avant sa mort que personne n’imaginait si proche, le comte Patrice de La Tour du Pin (1911-1975), poète reconnu, époux d’Anne et père de quatre filles, qui a toujours préféré la solitude champêtre de son château du Bignon, dans le Gâtinais, à une demeure parisienne, revient sur l’ensemble de son œuvre, une importante «  Somme de poésie  ». Il en extrait, pour Gallimard, des «  psaumes  » déjà publiés à différents moments de sa vie : quatre-vingt-dix psaumes «  de tous mes temps  », répartis en trois groupes de trente : ceux de 1938, ceux de 1962 et ceux de 1970-1972. La plupart sont écrits en distiques - réunion de deux vers faisant sens - quelques-uns en tercets de vers libres sans recherche systématique de rimes ni de nombre de syllabes.

Patrice est né poète. Il est né dans le catholicisme et resté fervent catholique. En lui le psaume «  s’élève comme une marée  »… « l’état de poésie n’est pas un coup de fièvre  »… « quand il me gagne, c’est un nuage qui monte, c’est le jet d’une vague vers le ciel  ». À dix-neuf ans il a écrit sa Quête de joie qui, publiée en 1933 à compte d’auteur, a été un succès. Elle l’a révélé à un public d’admirateurs relativement grand pour un poète qui n’est pas d’accès facile.

Il faut demander aux psaumes de la Bible la définition d’un genre de poésie lyrique où le psalmiste met à nu devant Dieu tous les états de son âme, de l’exultation adorante à la profondeur du désespoir, des actions de grâce et des appels au secours dans la persécution.

Ce n’est pas un traité de théologie et Patrice laisse entrevoir en plus d’un endroit son aversion pour les sèches idées et la raison raisonnante. Il n’explique pas. Il tente d’attirer son lecteur dans une sorte de cœur à cœur, par le truchement de ses métaphores dont beaucoup sont végétales. Il lui arrive de se percevoir comme les racines d’un arbre qui attendent dans la patience de la terre et poussent dans l’obscurité…

Le lecteur aura intérêt à le lire lentement et plusieurs fois pour s’habituer à ces métaphores et démêler le jeu des pronoms personnels sans antécédent. Il est clair que je/moi, c’est généralement Patrice et tu/toi généralement Dieu. Mais il, ils, eux, vous, nous réclament un effort d’interprétation. Il s’isole mais trouve en lui-même «  un grand nombre  » d’«  autres  » qui forment un «  chœur  » dans son âme, d’où cette multiplicité de voix qui prennent la parole sans se nommer. Qui sont, par exemple, ces «  seigneurs  » à qui un certain «  il  » a «  volé un peu de son âme  » ?

D’un groupe de trente psaumes à l’autre, il y a une progression. Le premier est l’œuvre d’un jeune homme qui cherche sa voie, est partagé entre l’orgueil d’une grande ambition, écrire la prière de toute l’Humanité et le sentiment de son insuffisance, qui envisage la poésie comme une sorte de vocation religieuse dans le célibat, mais qui a par trop besoin d’amour.
Le deuxième groupe, c’est le combat spirituel avec allusion explicite à la traversée du désert par les Hébreux, au passage de la mer Rouge, et apparition du mot eucharistie.

Et le troisième nous offre une grande prière pleine d’assurance, une prière plus apaisée et non cependant exempte d’angoisse pour le Monde qui refuse Dieu. C’est dans cette partie qu’apparaît surtout le pronom nous, car enfin Patrice, qu’il le veuille ou non, lui aussi fait partie de ce monde.

Patrice de La Tour du Pin, Psaumes de tous mes temps, Salvator, 128 pages, 14,50 euros.

http://www.editions-salvator.com/A-26482-psaumes-de-tous-mes-temps.aspx


Du 15 au 25 décembre : exposition Patrice de La Tour du Pin à la librairie 49, rue Gay-Lussac 75005 Paris.

Vernissage le vendredi 14 décembre de 17 h à 21 h 30.

A partir de 19 h 30 : Lectures et intermèdes musicaux.

Avec l’aimable participation du Cercle de poésie : » Le collège de Tess ».

Récitants : François- Xavier Durye & Hubert Veauvy.

Évocation musicale : Pauline Pignal, violoncelle.

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