Campagnes françaises

Nouvelles terres de mission

par Maylis Guillier

mercredi 8 juillet 2020

L’Église en campagne n’est pas concernée par l’anonymat qui frappe les grandes villes. La proximité des habitants entre eux et avec leur pasteur facilite le contact.
© WEMPS

Bientôt les grandes vacances et les excursions au cœur des douces campagnes françaises ! L’occasion de constater que l’Église ne se résigne pas à la déchristianisation en milieu rural.

En voiture ou à pied, ils sont des repères, façonnent et parsèment le paysage des campagnes françaises. À peine tous les trois kilomètres en moyenne, un nouveau clocher rappelle, presqu’au rythme du tintement de ses cloches, que notre pays a été façonné par la chrétienté. Mais depuis 1945, les campagnes ont changé, l’exode rural s’en est mêlé, sa population a été touchée à la fois par la chute démographique et la baisse de la pratique religieuse. Fêtes patronales et traditions ont presque totalement disparu du paysage. Et si l’on ajoute le manque de prêtres et l’âge avancé des ouailles, le tableau devient particulièrement sombre…

La bonne nouvelle ? Les campagnes sont devenues de nouvelles terres à évangéliser et fourmillent d’initiatives missionnaires. «  Et ça tombe bien parce que l’évangélisation est le rôle et le but principal de l’Église !  », s’exclame le Père Alexis de Brébisson, curé de deux paroisses dans le diocèse de Séez. «  Un paysan laboure, sème, puis moissonne, les chrétiens eux, enlèvent les broussailles et sèment la parole de Dieu mais n’en récoltent que très rarement les fruits. Peu importe, leur rôle est de semer !  »

Sans une once de nostalgie des longues processions au milieu des champs, ce prêtre a mis l’évangélisation au cœur de son ministère et de son emploi du temps et trouve de nombreux avantages à la pratiquer à la campagne.

Selon lui, la proximité des habitants entre eux et avec leur pasteur facilite le contact. Nous sommes alors bien loin de l’anonymat des grandes villes. L’Église rurale est également plus visible qu’en milieu urbain : par sa situation topographique mais aussi parce que les événements qu’elle organise n’entrent pas en concurrence avec de (trop) nombreuses autres sollicitations.

« Le troisième avantage est très simple à concevoir : à la campagne, nous n’avons pas le choix que d’être lucides ! La déchristianisation saute aux yeux et cela nous invite, rapidement, à une démarche missionnaire  », explique sans détour le Père de Brébisson, tout en rappelant que cet apostolat repose entièrement sur une solide vie de prière personnelle. Depuis septembre, quatre après-midis par semaine, il frappe aux portes de ses paroissiens pour les rencontrer et témoigner d’un Dieu tantôt oublié, tantôt rejeté.

Mariages, baptêmes, enterrements…

De son côté, le Père Armel de Sagazan, prêtre du diocèse de Poitiers, insiste sur la diversité des publics liée à la mixité sociale des campagnes d’aujourd’hui. Pour lui, chaque occasion est bonne pour sonder les cœurs : « Les gens frappent à la porte de l’Église aux moments phares de leur vie : le baptême, le mariage et les enterrements. Les prêtres ne doivent pas rater ces moments car ils sont des boulevards pour l’évangélisation. Dans la joie ou la détresse, les cœurs sont ouverts ! L’autre jour lors d’un enterrement, j’ai expliqué pendant l’homélie qui était Jésus… tout simplement.  »

Mais le prêtre va plus loin : « Sur notre paroisse nous assurons une sorte de service après-vente : après un sacrement ou des obsèques nous allons rendre visite à la famille. Ce sont des moments très forts et les personnes sont touchées. Certains se remettent en route d’une manière ou d’une autre.  »

Intervention extérieure

Si certaines paroisses n’ont pas encore réalisé l’urgence de la mission, d’autres peuvent appréhender ce choix de l’évangélisation et optent pour une intervention extérieure qui leur donnera l’élan qui leur manquait. C’est l’essence même des associations comme Anuncio ou les WEMPS (week-ends mission prière service).

Cette dernière association, fondée en 2016 par deux amies, Dauphine Piganeau et Isabelle Pélissié du Rausas, accompagne les paroisses sur plusieurs week-ends. «  Le curé nous appelle et si la paroisse est prête pour l’initiative nous lançons une série de quatre ou cinq week-ends pour les aider à devenir missionnaires : chaque baptisé est concerné !

Une quarantaine de jeunes investis aux WEMPS se mobilisent pour organiser sur place des temps de formation, de prière, d’accueil à l’entrée de l’église, de concerts et de porte-à-porte en binôme  », détaille Dauphine avant d’ajouter : « L’évangélisation n’est pas innée, nous ne l’avons pas reçue au catéchisme et sommes bien pudiques, voire démunis pour parler de notre foi. Et pourtant tous ceux qui se lancent trouvent cela assez simple… à condition d’ancrer cette mission dans la prière !  » Un accompagnement qui rassure les paroissiens parfois effrayés par la mission directe. Le Père de Brébisson trouve pourtant ce type d’apostolat simple, dépouillé et source d’une grande joie intérieure : « Nous sommes bien accueillis et il n’y a aucun résultat à attendre : on parle, on se confie, on pleure, on prie… À chaque fois je suis impatient de recommencer.  »

La voie du patrimoine

D’autres voies missionnaires existent comme les pèlerinages ou la mise en valeur du patrimoine religieux. Les églises intéressent parce qu’elles parlent de notre Histoire, alors certains catholiques se mobilisent pour les faire aussi parler de Dieu.

À Alexain en Mayenne, les vitraux ont retrouvé leur rôle initial de catéchèse. Puisque «  les villageois ne poussent pas souvent les portes des églises, nous les éclairons pour les faire rayonner vers l’extérieur  », explique cet élu municipal à l’origine du projet. «  Le système d’éclairage pour les dix-neuf vitraux a été autorisé et financé en partie par la mairie. La prochaine étape ? Proposer des textes explicatifs adaptés à différents publics… L’Esprit-Saint fera tout le reste !  » 

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