FC 681 – 18 décembre 1959

Noël… ! lumière de l’unique paix : celle de la nouvelle naissance

par le R.P. Louis Bouyer

mardi 25 octobre 2011

Noël c’est la joie, mais la joie qui rayonne de la paix, cette paix qui ne se trouve que là où Dieu est enfin glorifié comme il doit l’être.

Les Anges chantent à la descente du Fils de Dieu qu’ils accompagnent sur la terre comme ils l’entourent dans le ciel. Et leur chant, d’une seule voix, glorifie Dieu et promet la paix au monde : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté », ou bien, comme il faudrait traduire plus exactement le texte évangélique : « aux hommes auxquels il manifeste sa bienveillance ».

Est-il rien dont l’humanité, aujourd’hui peut-être plus que jamais, soit avide comme de la paix ? La paix, l’absence de trouble, la fin des guerres en particulier, c’est bien peu de chose, un don qui semble simplement négatif, mais ceux qui ont des leurs engagés dans cette guerre atroce et stupide qui s’éternise, de quel prix ne paieraient-ils pas sa simple cessation ?

Cependant, le seul exemple concret de l’actuelle guerre d’Algérie nous montre bien comme la paix, qui semble si facile, qui semble si peu de chose : juste l’absence de trouble, en réalité, est inaccessible sans bien des réalités positives qui, il faut le croire, nous font encore cruellement défaut.

C’est qu’il n’y a pas de vraie paix, en effet, qui soit simplement négative. La paix est toujours l’envers d’une réalité qui suppose non seulement quelque chose de positif, mais beaucoup de générosité en même temps que de lucidité.

La lumière de Noël est seule à nous apporter l’une et l’autre.

C’est seulement dans cette nouvelle naissance que nous découvrons, en effet, ce que devrait être l’humanité, ce qui lui assurerait la vraie paix. La vraie paix n’est possible à l’homme que lorsqu’il est ou redevient enfant de Dieu. Dans le Fils de Dieu naissant sur la terre comme enfant des hommes, nous retrouvons justement ce pouvoir de renaître à une vie débarrassée de toutes les incompréhensions et de toutes les haines, parce qu’éclatante de « l’amour de Dieu répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit », selon le mot de l’apôtre saint Paul.

Nous ne connaissons, en nous et dans les autres hommes, qu’une humanité déformée parce que découronnée. Cette humanité là est incapable de la paix, de la vraie paix. C’est dans le Fils de Dieu se faisant Fils de l’homme que nous retrouvons l’humanité réconciliée et qui réconcilie. C’est alors, par contraste, que nous mesurons tout ce qui nous manque, de pureté et de générosité, pour être des pacificateurs. Mais, faite ainsi, cette découverte n’a plus rien qui décourage, tout au contraire. Car dans l’humilité de l’Enfant-Dieu qui nous fait mesurer par contraste l’inanité de notre orgueil, nous découvrons, mis à notre portée, tout ce qui nous fait si cruellement défaut.

Voilà le véritable amour, qui ne s’enfle point d’orgueil ni de suffisance, qui ne fait point passer ses droits avant ses devoirs, ni tout simplement avant les droits des autres. Voici surtout le véritable amour des hommes qui n’est si réel et si efficace que parce qu’il est enraciné dans l’amour de Dieu, qu’il traduit l’amour même dont Dieu aime les hommes, ses enfants, et qui seul peut faire d’eux des frères.

Nous n’accueillerons le Christ naissant parmi nous que si nous sommes bien décidés, quoi qu’il nous en coûte, à accueillir cet amour.
Ce qu’il lui en a coûté à lui, la pauvreté de la crèche déjà le dit assez, avant que s’annonce seulement le suprême dénuement de la Croix, auquel il conduit tout droit.

Mais cette pauvreté, le seul asile que puisse trouver ici-bas l’amour divin, livre seul l’accès des richesses de la paix, de la joie vraiment céleste qui l’inonde, en nous libérant nous-mêmes, en nous délivrant de nous-mêmes, pour cette nécessaire réconciliation entre les hommes qui ne soit pas une chimère.

Pour reprendre les deux traductions possibles de la conclusion de l’Hymne angélique, qui, loin de s’exclure, s’appellent l’une l’autre, il faut avoir découvert ces richesses infinies de la bienveillance divine, de « la bénignité et de l’humanité du Sauveur » dont nous parle une des plus belles épîtres du temps de Noël, pour accéder soi-même à cette réelle bonne volonté, à cette bonne volonté efficace, qui, seule, non seulement nous pacifie, mais fait de nous des pacificateurs.

Louis BOUYER

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