Nécessaire conversion dans l’Église

par Gérard Leclerc

mercredi 9 janvier 2019

À l’heure où l’ensemble de l’Église catholique se trouve affecté par la crise des abus sexuels au point de mettre en cause sa crédibilité, alors que notre Église de France est elle-même affectée par le procès du cardinal Barbarin à Lyon, il est de la plus haute importance de méditer la lettre que le pape François vient d’adresser aux évêques américains à ce sujet précis. On sait à quel point les États-Unis ont été touchés par des révélations sans fin qui ont déstabilisé l’épiscopat local et l’ensemble des fidèles. C’est d’ailleurs à l’occasion d’une retraite spirituelle des évêques américains que François leur a adressé une véritable monition qui vaut pour l’Église entière : « La crédibilité sera le fruit d’un corps uni qui, tout en reconnaissant son péché et ses limites, est en même temps capable de prêcher le besoin de conversion. » Il y a, en effet, un risque sérieux en période troublée de manquer à l’unité et de dénoncer plutôt que de s’engager dans une voie de conversion.

Bien sûr, nous savons qu’en tant qu’institution humaine l’Église hiérarchique se doit d’utiliser les moyens adéquats, ne serait-ce que pour répondre aux exigences de la justice civile et à celle de l’information. Mais s’en tenir à ces mesures serait périlleux. Ce n’est pas « avec des décrets volontaristes ou en établissant de nouvelles commissions que l’on résoudra les difficultés. Une vision semblable finit par réduire la mission du pasteur de l’Église à un simple devoir administratif et organisationnel dans l’entreprise de l’évangélisation ». C’est une attitude vraiment évangélique que préconise François, la seule qui peut rétablir une vraie crédibilité. « Celle-ci, précise-t-il, naît de la confiance et la confiance naît du service sincère, quotidien, humble et généreux envers tous, mais en particulier envers ceux qui sont les plus chers au cœur du Seigneur. »

Il ne faut pas sous-estimer le climat psychologique et moral que suscite la crise en développant certaines formes de haine et de division. Elle frappe parfois jusqu’à la personne du Saint-Père, violemment attaquée par une frange catholique qui n’a de cesse de nourrir son procès personnel. On lui a ainsi reproché de s’opposer à la volonté réformatrice de l’épiscopat américain, comme s’il se contredisait lui-même à propos de la lutte contre les abus sexuels. On oubliait simplement que l’ensemble des présidents de conférence épiscopale du monde doit se retrouver prochainement à Rome pour décider de règles qui vaudront pour l’Église universelle. François a voulu formuler l’enjeu d’une telle rencontre, en signifiant que l’Église n’était pas une agence de ressources humaines mais qu’elle place d’abord sa confiance « dans la force salvifique de la grâce, dans l’œuvre silencieuse et quotidienne de l’Esprit Saint ».

Pour aller plus loin :

Messages

  • Tout est dit et bien dit.
    A l’heure où j’écris il semble que la décision de ce deuxième procès soit conforme au verdict de 2016.
    On peut encore se poser des questions : jusqu’où aller ... trop loin ?
    Personne, qui fasse preuve de bon sens et d’un minimum de conscience chrétienne, ne contestera le droit de réclamer que la justice soit rendue sur une question qui, malgré la prescription juridique, n’admet pas de prescription quant à la conscience des responsables. J’entends par « les responsables » d’abord ceux qui ont commis ces actes et, fût-il un seul, c’est un de trop. Ensuite on pourrait ajouter ceux qui par inconscience, par maladresse, par négligence, n’ont pas pris toutes les mesures en temps et lieu pour y mettre un terme quoi qu’il en coûte et même au risque du préjudice moral qui pourrait affecter l’Institution -l’Église- qui ne peut être tenue pour responsable à aucun titre. Le résultat qu’on voit aujourd’hui démontre que le calcul qui a cru qu’on devait tout faire pour éviter le risque du scandale était faux et les effets dévastateurs.
    Ensuite, une question n’est pas résolue et c’est sans doute peut-être la plus importante après celle de la justice qui devra passer et s’exercer sur les responsables des délits avérés : comment sortir de l’ornière dans laquelle sont tombés ceux qui, sans estimer illégitimes leurs exigences, veulent à tout-prix sanctionner ceux qu’ils jugent responsables d’un « silence coupable ». L’intérêt de ce procès étant de faire la part du vrai et du faux dans ce « silence ».
    On peut comprendre que la vie des victimes a été dévastée -non sans poser des questions dont je n’ai pas et ne demande pas la réponse : pourquoi avoir tant attendu ? chaque victime a-t-elle un souvenir précis de la manière dont elle a vécu les agressions à une époque où elle n’avait sûrement pas la maturité (ni la mentalité) d’aujourd’hui ? ...- mais le contexte actuel ne rend pas invalide de s’interroger quant à l’effet multiplicateur des révélations qui étend sur ces affaires un climat trouble et de toutes parts pénible. Comment y voir plus clair quand beaucoup d’interventions ont jeté la suspicion bien au-delà des seules personnes responsables ? On a bien entendu qu’il ne s’agissait pas de « se payer la peau » d’une personnalité de la hiérarchie de l’Église. Mais qu’en est-il réellement alors que la gravité tout en étant indiscutable affecte des faits inexcusables, est telle que la sérénité des débats est difficile à obtenir. On en arrive à ne plus voir la réalité, aussi crue soit-elle, que comme l’occasion de verser dans l’outrance : « tous pourris ». Il est devenu difficile voire impossible dans un tel contexte délétère de regarder même la possibilité que l’Église est aussi un lieu de pardon et de miséricorde qui n’est pas celui du déni de la vérité et de la justice.
    Il faudra du temps et beaucoup de temps aux victimes pour se reconstruire. Un procès -dont la nécessité ne fait pas de doute à condition qu’il ne se transforme pas en une arène expiatoire- est-il suffisant pour y parvenir ? Condamner en bloc les responsables et l’Institution est-il la solution pour consolider le travail de reconstruction d’un passé ancien et permettra-t-il de se relever des ruines ?
    L’histoire multiséculaire de l’Église, qui n’a pas manqué de situations dramatiques ou tragiques, est là pour nous montrer qu’elle n’existe que parce qu’elle a été portée par des hommes et des femmes qui ont des faiblesses mais qui ont conscience du péché. Elle est l’unique Institution qui reconnaît sa réalité et ne l’élude pas tout en invitant à en demander pardon mais sans jamais exclure que la responsabilité doit être assumée jusqu’aux conséquences que l’on voit aujourd’hui.
    Si les actions conduites pour que la justice passe sont diligentées sans se transformer en procès d’intention et condamnation arbitraire qui ne respecte pas les personnes et la présomption d’innocence jusqu’au bout, elles n’auront servi à rien ni aux victimes ni à la réconciliation, qu’il est légitime de souhaiter, des victimes avec l’Église. Elles ne sont pas victimes de l’Église mais de la perversion de personnes qui ont trahi leurs engagements.

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