Natura mirante

par Gérard Leclerc

mercredi 26 décembre 2012

Il y a deux jours, à la veille de Noël, je m’étais opposé à une interprétation proprement hérétique du mystère de l’Incarnation, que l’on retrouve couramment dans les médias et sur les sites, pour mettre les chrétiens en contradiction avec eux-mêmes à propos de la conception de l’enfant, fruit de l’union de l’homme et de la femme. J’avais cité le philosophe Michel Serres qui s’est malheureusement fourvoyé dans cette voie, en prétendant que la naissance de Jésus contredisait les lois de la filiation naturelle, pour justifier le point de vue de la pure adoption. Comme si seule l’adoption créait les conditions du pur amour pour l’accueil de l’enfant, libéré des liens impurs de la procréation naturelle. Je voyais là une résurgence du vieux gnosticisme dans ce qui ressemble à un effroi devant la chair.

J’y reviens aujourd’hui, car il faudrait développer à partir de là un véritable traité de l’Incarnation, fondé notamment sur une connaissance précise de la Sainte Écriture. Ce serait sans doute au-delà de mes forces. Mais on me permettra quand même de prolonger ma réflexion. Que nous ont transmis les Évangiles de Matthieu et de Luc, et qui s’est prolongé par la suite dans l’enseignement des Pères de l’Église et les définitions des conciles des premiers siècles du christianisme ? Jésus est vrai Dieu et vrai homme. Les évangélistes nous font comprendre ces deux dimensions inséparables. Oui, sur un point, Michel Serres a raison : le Christ est né d’une vierge. Marie a été fécondée par la puissance de l’Esprit saint. L’identité divine de Jésus est pleinement avérée. Cette naissance est une exception absolue, qui n’a aucun équivalent dans l’histoire humaine. L’admirable chant Alma Redemptoris Mater le dit en mots saisissants : « Tu quae genuisti, natura mirante, tuum sanctum genitorem. » Toi qui a engendré, la nature étant dans l’étonnement, celui qui t’avait lui-même engendrée.

J’avoue que pour moi ce natura mirante est quasiment intraduisible. Face à cette naissance du Dieu-homme, la nature est dans l’admiration, l’étonnement et pourquoi pas la stupéfaction. Dante, de son côté, n’avait-il pas osé cette formule plutôt audacieuse : « Fille de ton Fils ».

Pardonnez-moi, mais nous sommes très loin des misérables manipulations qui voudraient utiliser le mystère chrétien à l’encontre de l’union de l’homme et de la femme depuis toujours bénie par Dieu.

Chronique lue sur Radio Notre-Dame le 26 décembre 2012.

Messages

  • En écho à vos réflexions, Maurice Zundel :

    "… Il s’agit d’affirmer que la maternité de Marie est une maternité de la personne. Ce n’est pas la chair qui est mue la première. Ce n’est pas la biologie qui donne le branle, ce n’est pas une passion personnelle de l’être qui tressaille. C’est un être profondément évacué de soi et qui, depuis le premier moment de son existence, est spirituel et est le berceau de cette personne unique qui sera la Personne de Jésus. Comme en Jésus, la personne est première. Comme en Jésus, ce n’est pas la nature qui fait éclore le germe dans le sein de Sa Mère. Jésus n’est pas le fruit de la biologie, Il n’est pas un produit des générations. Il est, au contraire, l’origine en enfermant toute l’Histoire, en rendant toutes les générations contemporaines en lui pour le monde entier pour un nouveau départ et, en l’Immaculée Conception, nous avons une aube d’un monde décanté, libéré, d’un monde où tout commence par l’esprit.
    … En elle, comme en Lui, la personne est première.
    … Sa maternité dépend du moi oblatif. Dès le premier moment, elle est en état d’offrande.
    … Le nouveau-né, dans notre espèce, est en effet, une possibilité d’homme, si l’on peut dire, plus qu’il n’est un homme. Il a à se faire homme et il n’aura pas trop de toute sa vie pour conquérir cette dimension humaine, qui fera de lui réellement une personne. Il n’en va pas de même pour le Christ, revêtu, dès Sa conception, par la subsistance divine et qui n’aura pas, comme nous, à se dégager laborieusement d’un "moi" biologique pour atteindre au "moi" personnel où notre liberté mûrit. A l’état de germe dans le sein de sa mère en effet, sa nature humaine est déjà pleinement assumée par la personnalité du Verbe, comme elle est totalement désappropriée d’elle-même.
    … En Jésus la personnalité (divine) précède, en quelque sorte, la nature (humaine) en ce sens précis que la première est déjà toute présente, avec son infinie plénitude, dans le germe infime qu’est encore la seconde à l’instant de la conception.
    … Tandis que chez les femmes, communément, la maternité de la personne s’éveille après celle de la nature - et encore difficilement et mêlée souvent à beaucoup d’erreurs - c’est le contraire en Marie, en qui les énergies créatrices de la nature sont gouvernées par l’impulsion de l’esprit. L’Immaculée Conception signifie précisément l’enracinement de Marie en Jésus, dès le premier instant de son existence. Elle est ainsi évacuée de soi dans le surgissement même de sa vie et établie en l’état d’oblation permanente, qui prévient l’éclosion, en elle, du "moi" possessif où le refus originel se répercute et, d’une certaine manière, se reproduit en nous. Elle est déjà tout élan vers Lui, "informée" dans toute sa personne par sa relation avec Lui, qui prélude à cette maternité de l’esprit d’où résultera un jour, la naissance effective du Verbe incarné. Et, puisque sa disponibilité intérieure est entière, dès ce premier moment, on peut dire qu’elle est déjà sa mère, comme elle est marquée, dans toutes les fibres de son être, par cette ordination qui la livre totalement à Lui. Mais elle est d’abord Sa fille, ainsi que Dante l’a magnifiquement exprimé dans le dernier chant de La Divine comédie : "Vergine Madre, figlia del tuo Figlio" car elle tient de Lui tout ce qu’elle est ; et la grâce qui la comble et qui fera d’elle la seconde Eve, en la désolidarisant de la chute originelle, est le premier fruit et le plus éclatant de "l’arbre de la Croix".

    … Marie naît de Jésus dans son être de grâce, avant que Jésus ne prenne chair dans sa chair immaculée."

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