Maurice Clavel

par Gérard Leclerc

lundi 23 avril 2018

Une fidèle auditrice de Radio Notre-Dame m’écrit pour me rappeler que ce lundi 23 avril est le jour anniversaire de la mort de Maurice Clavel (décédé le 23 avril 1979) et qu’elle aimerait que j’évoque sa mémoire à cette occasion. Il est vrai que cet anniversaire particulier, à la veille du cinquantenaire de l’événement Mai 68, reçoit une signification forte [1]. Mais qui se souvient encore de cet extraordinaire personnage qu’était Maurice Clavel ?

J’interroge autour de moi et bien au-delà, on me répond qu’il est oublié, y compris dans le monde universitaire, qui devrait être pourtant sensible au rôle intellectuel de premier plan qu’il a joué longtemps. N’avait-il pas accompagné, juste après la guerre, Jean Vilar pour la création du Festival d’Avignon ? Il fut par la suite un brillant journaliste dont les articles dans Combat et Le Nouvel Observateur étaient lus et commentés à la mesure de leur fougue et de son rayonnement.

Au milieu de la décennie 60 il arriva pourtant une épreuve pénible dans la vie de Clavel. Il fut littéralement abattu par une dépression nerveuse, que les médications classiques se révélèrent impuissantes à juguler. En fait, cette épreuve était de nature spirituelle. Il l’expliquera plus tard dans un très grand Ce que je crois. Ce genre de maladie ne se guérit pas à force de bouillons et de tisanes. Un spirituel du XVIIe siècle l’avait déjà dit. En fait, il y avait quelqu’un qui frappait comme un sourd pour demander l’entrée. Ce Dieu était celui qui sonde les reins et les cœurs, celui qui remue les entrailles. Clavel comprit la Bible à la lettre. Et il ne se convertit pas dans une sorte d’effusion mystique mais comme à la suite d’un récurage intérieur impitoyable, qui fait tomber tous les faux-semblants et abolit toutes les idoles.

Quelques années plus tard, Maurice Clavel allait interpréter l’événement Mai 68 à l’image de la crise qu’il avait vécue. Il s’agissait, pour lui, de l’entrée en convulsion d’une société qui avait perdu ses raisons de vivre, avec des idéologies moribondes et des nouvelles générations en rupture d’héritage. Qu’allait-il résulter de cette convulsion ? Ce qui lui était arrivé à lui ? C’était une hypothèse, un souhait, mais pas une certitude. Dieu n’est pas ressuscité en Mai 68, mais toutes les questions qui ont été posées alors demeurent sans réponse. Et la principale concerne le sens de la vie, avec, comme le dit Rémi Brague, la possibilité pour l’homme de défendre sa propre légitimité à exister.

Clavel nous manque terriblement pour nous secouer et nous réveiller de nos torpeurs et de nos inexistences.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 23 avril 2018.

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https://www.france-catholique.fr/Quelques-rendez-vous-a-la-librairie-Gay-Lussac.html


[1J’y consacre d’ailleurs une importante partie dans l’essai que je viens de publier Sous les pavés, l’Esprit.

Pour aller plus loin :

Messages

  • Mais si je me souviens parfaitement de Maurice Clavel. Jai gardé son article du Nouvel Obs sur le surgissement et la revolte de lEsprit.. Un grand intellectuel francais et un vrai catholique.
    Merci de le remette en avant avec sa fougue et sa foi.

  • "messieurs les censeurs,salut"
    Qui après avoir entendu m.clavel ledire sur un plateau tv et joindre le geste à la parole pourrait l’avoir oublié ! Merci pour l’éclairage apporté par leclerc àson parcourspersonnel

  • Le 23 avril 1979 le jour de ma fête la saint Georges le téléphone sonne c’est Maurice Clavel :c’est un message pour Bernard au sujet de ....qui est en prison ,la défense jusqu’au bout d’un frère me le rend présent ,quelques minutes plus il tard la mort le prend , et portant il me reste présent

  • Merci d’avoir évoqué Maurice Clavel bien oublié aujourd’hui. Je me rappelle que dans le champ de ruines de l’Eglise où tout souci de transcendance semblait disparaître dans les années 70, il sonna le tocsin et apporta un vent "bernanosien". Certes, l’époque des grands écrivains à l’image du grand Georges et de Claudel s’estompait, mais lui eut le mérite de rester dans la vieille ligne des "fous de Dieu".
    Il appelait à la révolte de l’Esprit, mais je pense qu’il s’est trompé quant à Mai 68 et concernant la génération qui participa à ces évènements. L’oubli cruel et injuste dont il est victime ne vient-il pas, dans une certaine mesure, du discrédit qui frappe les fameux "nouveaux philosophes" dont il se voulait le père et qui nous offrent aujourd’hui le spectacle pitoyable de ralliement à l’ordre établi.
    Maurice Clavel aspirait à être un Maître, mais les "enfants" qu’il avait adoptés ne voulaient ni héritage, ni transmission, ils étaient ivres d’eux-mêmes et de leur néant. Je me demande souvent ce qu’il aurait pensé de l’évolution d’un BHL, d’un Glucksmann (paix à son âme !) et dont le fils reprend les mêmes idées dans un mimétisme troublant.
    Maurice Clavel était né en 1920, il était de l’ancien monde, finalement a-t-il compris comme bien d’autres ce qui se jouait en 68 ? Malraux parlait de crise de civilisation, quand on lit les chênes qu’on abat, on comprend qu’il parlait surtout de la fin d’un monde où la mort triomphe. Malraux a été plus visionnaire que Clavel et ne s’est pas laissé prendre aux gesticulations de ces vieux "jeunes" qui lorsqu’on revoit les films des évènements sont des outres gorgées de mots abscons et vides.

  • Chers amis de la France Catholique,

    Nous avons lu avec intérêt l’article de Gérard Leclerc à l’occasion du jour anniversaire de la mort de Maurice Clavel. Merci de nous éclairer sur des aspects de sa personnalité que nous ne connaissions pas .Nous aimions beaucoup « la fougue et le rayonnement » de ses articles dans le Nouvel Observateur, en particulier de celui qu’il a signé dans le numéro de la semaine du 5 au 11 août 1968, pour célébrer l’Encyclique HUMANAE VITAE que le Pape PAUL VI venait de publier, le 25 juillet 1968. Le titre de son article « L’hostie ou la pilule » donne le ton dans le quel Maurice Clavel nous révèle qu’il « a rarement été aussi heureux d’être chrétien en ce monde » qu’à la lecture de cette encyclique.Nous avions , nous aussi , été heureux de lire Maurice Clavel dans une semaine où l’on ne trouvait dans la presse que des critiques acerbes de cette encyclique.
    .
    Croyez,nous vous en prions à notre amical souvenir,

    Drs François et Michèle Guy

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