Traduit par Aurélie D.

Mariage, validité et nullité

Howard Kainz

mercredi 13 juillet 2016

Dans une interview pour le magazine jésuite America (septembre 2013), le Pape François a décrit l’Eglise comme un « hôpital de campagne après la bataille », dans lequel la nécessité immédiate était de « commencer par le bas » et « soigner les blessures ».

Certes, le « champ de bataille » majeur de l’Eglise est la famille. Mais est-ce que l’opinion du pape dans son discours récent devant le congrès pastoral du diocèse de Rome que « la grande majorité des mariages sont nuls » est fondée ? (Note : Le Vatican a changé après la phrase pour dire un grand nombre ou une partie plutôt qu’une grande majorité »). Peut-être oui, mais pas pour les raisons qu’il a évoquées.

Un mariage valide, sacramentel, consommé ne peut jamais être dissous. Est-il possible qu’il y ait autant de déclarations de nullité, après demande auprès des tribunaux diocésains, pour presque la moitié des mariages qui ont lieu dans l’Eglise de nos jours ?

Il y a différents situations qui pourraient causer la nullité du mariage, mais qui sont apparemment assez rares (beaucoup sont même considérées comme des bases de nullité par les autorités civiles) : consanguinité, par exemple, entre un oncle/nièce, tante/neveu, beau-frère/belle-fille ou cousins germains ; mariages forcés ; mariages précoces (selon la loi de l’Eglise, une fille qui n’a pas 14 ans ou un garçon qui n’a pas 16 ans) ; les mariages de complaisance pour avoir un titre de séjour ou la nationalité d’un pays ; un vœu solennel de célibat ; relations avec la belle-famille ; les relations suite à une adoption ; l’impuissance dans certains cas (avec une épouse imposée, à cause des disparités de taille entre les organes sexuels) ; fausse identité (par exemple, la mauvaise mariée par correspondance se présente). Ou quelqu’un qui pourrait se marier sous l’influence de drogues comme le LSD. Ou le mariage n’a pas été consommé.

De tels cas sont difficiles à imaginer puisqu’ils ne sont qu’une petite partie des mariages « annulables ». Mais des situations fréquentes et sérieuses sont exposées dans le livre de Monseigneur Michael Smith Foster, Annulement : The Wedding That Was ; how the Church Can Declare a Marriage Null (La nullité : Le Mariage qui était : comment l’Eglise peut déclarer un mariage nul.) Monseigneur Foster, l’avocat canoniste pour l’archidiocèse de Boston, n’aime pas le terme « nullité », qui semble effacer ce qui existait ; il préfère le terme « déclaration de nullité », qui indique qu’il n’y avait pas de mariage sacramentel en premier lieu.

Il insiste sur le fait que le mariage sacramentel n’est pas seulement un contrat mais un engagement, et que ce n’est pas juste un « symbole » de l’union du Christ avec l’Eglise, mais de l’union du Christ avec ces époux, suscitant une certaine réalisation de cette union mystique dans l’homme et la femme qui se marie.

Tel un acte volontaire dans lequel l’engagement est de la plus haute importance, certains prérequis sont évidemment nécessaires, comme un mariage préalable qui serait encore valide, ou une fraude quant à l’identité ou aux qualités de la personne que vous épousez. Les qualités de nature sérieuse qui pourraient être un frein au mariage seraient des non-dits considérés inacceptables d’une future épouse, une condition médicale sérieuse, une grossesse d’un autre géniteur, un avortement, un casier judiciaire, des problèmes sérieux gardés secrets sur la foi et des maladies psychologiques potentielles ou des troubles de la personnalité.

Foster cite St Augustin par rapport aux caractéristiques positives d’un mariage sacramentel (fécondité, fidélité et indissolubilité) ; et certaines situations et cas dont il parle sont liés à ces trois catégories.

La fécondité : un couple qui n’est pas enclin à avoir des enfants, ou qui a décidé de ne jamais en avoir, est ipso facto une cause d’invalidité de mariage pour les catholiques. Si un couple utilise des méthodes de contraception pour retarder indéfiniment la procréation, ou pour retarder celle-ci jusqu’à une situation économique idéale du couple, les résultats pourraient être similaires. Car en plus du fait qu’ils ne reçoivent pas les grâces liées au sacrement du mariage parce qu’ils vivent dans le péché, cette stérilité volontaire (souhaitée) peut amener à une nullité. L’impotence incurable ou l’homosexualité au moment du mariage, empêchant l’acte sexuel, peut aussi être la cause d’une déclaration de nullité.

La fidélité : Si un homme ou une femme a eu une relation extraconjugale et est incapable d’y mettre un terme, ou n’est pas capable d’avoir une relation monogame au moment du mariage, cela constituerait un obstacle contraire à la fidélité intrinsèque du mariage sacramentel.

L’indissolubilité : Beaucoup considère le mariage comme un contrat basé sur la satisfaction mutuelle, et non comme une convention indissoluble qui perdure jusqu’à la mort d’une des deux parties. Quelqu’un ayant cette vision du mariage, se mariera quand même, mais cette union ne deviendra pas un mariage sacramentel. De plus, si certaines conditions sont propres au consentement, comme par exemple la bonne santé, un certain degré de richesse, un statut politique ou social (les contrats prénuptiaux en font partie), il manque cet engagement d’indissolubilité du mariage.

L’augmentation importante des nullités accordées par les tribunaux diocésains aux Etats-Unis et ailleurs depuis les années 1960 s’explique, en partie mais pas seulement, par les changements dans les procédures canoniques. Le Pape François, dans ses doutes exprimés à propos de la validité des mariages sacramentels, a attribué ce phénomène à « une culture du provisoire », dans laquelle les couples modernes ont des fausses idées à propos de l’ « indissolubilité », et par conséquent s’insurgent face à l’indissolubilité que St Augustin trouve indispensable au mariage chrétien.

Cette « explication » a attiré des critiques, y compris l’observation du canoniste Dr Edward Peters :

L’ignorance de ce qu’est l’indissolubilité et/ou l’erreur de quelque chose qui s’y rapporte n’annule le mariage que si la volonté d’un individu est atteinte pour se marier. Cette revendication, très chers, qui peut être potentiellement prouvée dans certains cas, demande une enquête pénible des personnes qui connaissent et respectent la doctrine et la loi du mariage.

Pourtant, le pape a peut-être raison... pour les mauvaises raisons. Des trois piliers de St Augustin, le changement le plus flagrant n’est-il pas celui de la fécondité ? Selon les statistiques de l’Institut Guttmacher, 68% des catholiques utilisent des méthodes de contraception, y compris la stérilisation de l’homme et de la femme, la pilule, ou une autre méthode hormonale, pour éviter de donner naissance à des enfants.

Le silence vis-à-vis de la contraception n’est pas passé inaperçu, non seulement dans les paroisses mais aussi dans la hiérarchie. Est-ce que quelqu’un peut imaginer un mariage sacramental valide pour des couples qui sont devenus stériles ou utilisent une méthode de contraception de façon habituelle ? Le Pape François est peut-être en train de décrire exactement une situation que lui et les autres dirigeants de l’Eglise ont indirectement permise en pensant que « la nullité du mariage catholique n’avait rien à voir avec la contraception. »

Samedi 2 juin 2016

HOWARD KAINZ est professeur émérite de philosophe a l’université de Marquette aux États-Unis.

Source : https://www.thecatholicthing.org/2016/07/02/marriage-validity-and-invalidity/

PHOTO : Monseigneur Michael Smith Foster

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