Louis XIV en Algérie

jeudi 8 mai 2008

Louis XIV en Algérie, Gigeri, 1664.

par Bernard Bachelot.

Ed. du Rocher, 2003, 460 pages, 22 euros.

Ancien officier de marine, ayant passé une grande partie de sa jeunesse à Djidjelli (l’ancienne Gigeri), Bernard Bachelot s’est attaché à exhumer, grâce aux documents de l’époque, l’histoire d’un échec militaire de Louis XIV en Algérie, ignoré ou oublié des historiens, et romancé par Alexandre Dumas dans le vicomte de Bragelonne.

Après la Paix des Pyrenées (juin 1659) qui met fin à la guerre d’Espagne et laisse l’Europe en paix, Louis XIV, devenu roi absolu, se sent humilié par l’arrogance des pachas d’Alger qui après avoir occupé le Bastion de France (la Calle), attaquent les vaisseaux français et lancent des razzias sur les côtes de Provence.

Les décès de Mazarin, qui négociait la récupération du Bastion, et de Vincent de Paul, qui avec Bossuet prêchait une nouvelle croisade, incitent le Roi très chrétien au renversement de l’alliance turque. Ecartant les intentions guerrières du chevalier Paul, éminent marin qui voudrait s’emparer d’Alger, il envisage de créer une base sur la côte algérienne, d’où la flotte pourra s’opposer aux pirates barbaresques. Rétablir la liberté de la navigation, c’est aussi la politique de Colbert. Simultanément, le roi envoie l’armée de Coligny combattre les Turcs en Hongrie.

Visitant Toulon en 1660, il constate le mauvais état d’une Marine, qui a été ruinée par les guerres de Religion, et donne l’ordre de la reconstruire. Il charge l’Ingénieur de Clerville, Commissaire général des fortifications, de reconnaître les côtes algériennes, et désigne son cousin le duc de Beaufort, comme commandant en chef des escadres du Levant. Ces choix ne sont pas les plus heureux ; ils vont contribuer à l’échec de l’opération. Le premier n’apporte aucun renseignement sur Gigeri, et le second est un indécis, prétentieux et incompétent.

L’expédition est lancée le 21 juin 1664. Elle comprendra 8 galères françaises, renforcées de 7 galères maltaises, 14 vaisseaux de guerre, 40 navires de servitude, 4.500 fantassins aux ordre du général Gadagne, et 1.200 Maltais. Après une pause à Minorque, et après avoir hésité à s’emparer de Bougie, le débarquement se heurte le 22 juillet à une forte résistance à Gigeri. La surprise n’a pas joué, et des centaines de cavaliers berbères renforcent la garnison turque. Les pertes sont lourdes : 500 tués du côté français, 400 du côté algérien.

Après le départ des Maltais, la tête de pont est confrontée à une petite guerre, puis à la guerre sainte prêchée par les marabouts ; amenés d’Alger, des canons turcs détruisent des bastions mal construits. La discorde s’installe parmi les chefs, et la décision est prise le 30 octobre de rembarquer, en abandonnant 300 blessés, qui seront massacrés, et 100 canons. Le naufrage de deux vaisseaux amplifie le désastre. En 1665, l’escadre française prendra une revanche en s’emparant de 3 vaisseaux turcs et en détruisant 5 autres. Il faudra renégocier en 1666 pour obtenir la libération de 1100 captifs et les concessions de la Calle et du cap Nègre.

Cette défaite est imputable à de nombreuses causes. Les objectifs du roi sont confus et diversement interprétés. Une préparation insuffisante s’ajoute à la méconnaissance des berbères. Un système de commandement désastreux, des techniques de combat inadaptées, et surtout des fautes tactiques impardonnables telles que la non-occupation des points hauts, l’absence de surveillance maritime et l’insuffisance des fortifications. Des chefs remarquables
se sont cependant révélès, comme le général Gadagne et le chevalier Paul, et à Toulon l’intendant de la marine La Guette. Le Roi ne prendra pas de sanction et l’échec sera imputé à la malchance. La Marine sera reconstituée , elle comptera 200 vaisseaux en 1680.
L’ouvrage de Bernard Bachelot, sommairement résumé ici, comprend des développements très intéressants sur Djdjelli, les marines de l’époque, les relations franco-turques et les ministres de Louis XIV. Un livre passionnant .

Maurice Faivre, le 8 mai 2008.

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