Sébastien Lapaque

«  Les ténèbres avant la lumière  »

propos recueillis par Robin Nitot

vendredi 12 mars 2021

« “Tu as changé mon deuil en une danse, mes habits funèbres en parure de joie” dit un verset du psaume 29 qui a une place très importante dans mon roman ».
© joshua-earle _unsplash

Avec Ce monde est tellement beau, Sébastien Lapaque raconte la conversion d’un professeur de lycée en proie à une prise de conscience : le monde moderne lui apparaît comme un enrobage artificiel et inhumain de la Création.

La descente aux enfers que semble vivre Lazare, le narrateur, est-elle un élément habituel d’un parcours de conversion ?

Sébastien Lapaque : Ce monde est tellement beau retourne un archétype. Il ne décrit pas l’ascension et la chute d’un homme, mais sa chute et son ascension. Avant de monter vers la lumière, Lazare plonge au cœur des ténèbres et fait l’expérience de toutes les formes d’abandon, de lâcheté, de veulerie, de vulgarité, de mensonge et de déréliction contemporaines. Il est un peu comme Dante et son mentor Virgile, parcourant un à un les neuf cercles qui se déroulent en spirale jusqu’au plus profond de l’Enfer, dans la Divine Comédie, avant de gravir les flancs des montagnes du Purgatoire et du Paradis.

Cette descente aux enfers est-elle habituelle, ou même nécessaire, pour que l’âme de la créature se retourne vers son Créateur ? Je ne sais pas le dire, mais je l’ai raconté de cette manière.

Si la conversion s’accompagne de conversations intellectuelles avec un prêtre, elle semble être le fruit d’un amour renouvelé pour la Création. L’amour du Beau est-il à la base de toute conversion ?

On peut évoquer l’amour de la Beauté. À condition cependant de ne pas oublier que la beauté de la foi, c’est la Résurrection. C’est quand Jésus dit «  Je suis là, c’est bien moi  » à Madeleine ou aux pèlerins d’Emmaüs. On entend beaucoup de bavards aujourd’hui se mêler de défendre le christianisme sans jamais prononcer le mot «  Résurrection  », préférant s’en tenir aux «  beautés  » en péril d’une religion essentiellement patrimoniale : vitraux, latin, ostensoirs, missels, cloches, encens, confessionnaux, soutanes, reliques, etc. Beauté pour beauté, je préfère celle des mots grecs que saint Paul a glissés dans l’Épître aux Romains : pistis, parousia, epaggelia — foi, présence, promesse. Car à cette beauté est associée une force performative inédite. Dans mon roman, c’est en écoutant le Père Raguénès que Lazare, tout doucement, comprend que le divin ne se résume jamais dans l’humain — et qu’il y a dans la Beauté, fût-elle capable de provoquer un frisson sacré, quelque chose de parfois humain, trop humain.

Retrouvez l’intégralité de l’entretien dans le magazine.

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