Les surprises de l’Épiphanie

par le père Michel Gitton

jeudi 24 décembre 2015

S’il y a une fête qui a bien changé dans l’histoire de la liturgie chrétienne, c’est bien celle-là. D’après ce qu’on entrevoit, elle remonte très haut, dans les premiers siècles de l’Eglise, à peine plus récente que la fête de Pâque, elle marque le second pôle de l’année : si Pâque nous fait revivre le mystère de notre salut dans la mort et la Résurrection du Christ, l’Epiphanie nous apporte la vision de ce Dieu qui « apparait », qui « se manifeste » (c’est le sens du mot épiphanie) pour nous révéler son secret éternel, selon la puissante formule de saint Jean : « le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique plein de grâce et de vérité ». Nous n’avons pas moins besoin de Lumière que de Vie, et, si Dieu nous rachète du péché, c’est pour que nous puissions enfin le contempler sur le visage de son Fils. Nous sommes faits, c’est cela notre nature profonde, pour « voir » Dieu.

Assez naturellement, l’Epiphanie a donc manifesté la foi de l’Eglise dans l’Incarnation. Pendant assez longtemps il n’y a pas eu d’autre fête pour évoquer la venue de Jésus sur terre. L’Epiphanie commémorait moins un épisode précis (la naissance) que tout un versant de la vie de Jésus, où celui-ci se manifeste comme le Fils bien aimé du Père, agissant en son nom avec la puissance de Dieu. C’est ainsi que trois moments-clés ont été rapprochés, parce qu’ils paraissaient illustrer plus que d’autres ce versant : la venue des mages qui adorent le petit Roi de gloire, le baptême au Jourdain où la voix du Père et la présence de l’Esprit manifestent le lien éternel qui unit Jésus à Dieu, et enfin les noces de Cana où il se révèle l’Epoux de son peuple qui vient verser le vin nouveau des noces définitives.

Lorsque la fête de Noël a commencé de se répandre en Occident, on a gardé la fête de l’Epiphanie qui était déjà traditionnelle. Mais l’Orient a longtemps résisté et on dit qu’il a fallu un ordre formel de l’empereur Justinien (au 6e siècle) pour que la fête du 25 décembre soit célébrée à la basilique de la Nativité à Bethléem ! A partir de ce moment, une certaine spécialisation s’opérait et selon une logique bien connue qui consiste à attribuer à chaque évènement la vie du Christ une fête propre, on en est venu ainsi à la répartition actuelle : 25 décembre = la naissance, 6 janvier = la visite des mages. Au moins en Occident, car en Orient la fête du 6 janvier est plutôt celle du Baptême, c’est d’ailleurs ce jour-là qu’on aime célébrer des baptêmes (notamment d’adultes).

Mais la liturgie, qui est conservatrice, garde la trace d’une vision plus synthétique, où plusieurs épisodes se concentrent ce jour-là. C’est ainsi que l’antienne du Magnificat des Vêpres de la fête de l’Epiphanie nous fait dire : Nous célébrons trois mystères en ce jour : aujourd’hui l’étoile a conduit les mages vers la crèche ; aujourd’hui l’eau fut changée en vin aux noces de Cana ; aujourd’hui le Christ a été baptisé par Jean dans le Jourdain pour nous sauver. Alléluia.

Profitons de toute cette richesse, ne soyons pas trop cartésiens et saluons la sagesse de l’Eglise qui ne s’enferme pas dans une seule approche. En profitant de toutes ces ouvertures, nous sortirons de l’anecdote, de la vision appauvrie des mystères du Christ, qui en fait autant de petits tableaux séparés, juxtaposés les uns aux autres. Chaque point de l’ellipse renvoie à tous les autres, chaque mystère est une part du Mystère. Avec la deuxième lecture de ce dimanche, émerveillons-nous devant ce « mystère » que Dieu nous a fait entrevoir !

Michel GITTON


LA SEMAINE LITURGIQUE

Nom : Dimanche de l’Epiphanie (l’Epiphanie continue de se fêter dans l’Eglise universelle le 6 janvier, mais, dans les pays où ce jour n’est pas un jour chômé, on la transporte généralement au dimanche précédent, qui fait donc disparaître le deuxième dimanche de la Nativité)

Les trésors de la prière d’ouverture : « aujourd’hui, Seigneur, tu as révélé ton Fils unique aux nations grâce à l’étoile qui les guidait : daigne nous accorder, à nous qui te connaissons déjà par la foi, d’être conduits jusqu’à la claire vision de ta splendeur, par JC… ».

Aujourd’hui ! Comme dans la liturgie de Noël, l’Eglise s’enchante de penser que les merveilles accomplies jadis se continuent en son sein. La collecte nous indique le chemin par lequel Dieu nous fait avancer : de la foi à la vision. Nous avons à passer par cette première adhésion qui nous fait épouser la Vérité à une découverte plus totale, ce passage ne s’accomplissant pas seulement dans l’Au-delà, mais chaque fois que nous entrons plus avant par la prière dans le secret du Mystère.

Les lectures du dimanche, les raisons d’un choix : la fête de l’Epiphanie nous donne trois lectures qui sont les mêmes chaque année et qui sont vraiment caractéristiques de cette fête. L’évangile de la visite des Mages, tout d’abord, qui est lié depuis très longtemps en Occident à la fête de l’Epiphanie, au point qu’on l’appelle souvent de ce nom : les Mages, ou encore les Rois (même si le texte ne parle pas de rois !). Le texte d’Isaïe qui constitue la première lecture est une page merveilleuse de la dernière partie du livre de ce prophète. Il faut lire tout ce chapitre 60 qui est une explosion de joie et de lumière au retour des exilés qui reviennent dans la Ville sainte. Saint Paul dans un passage de sa lettre aux Ephésiens nous parle du « mystère », non pas une énigme incompréhensible, mais le secret du grand Roi, que celui-ci a gardé pour les derniers temps, ces temps où nous sommes et qui concerne non seulement le peuple juif mais tous les hommes. Le contenu du message se confond ici pratiquement avec la manière dont il nous parvient : Dieu passe par des uns pour atteindre les autres et il associe ainsi tout le monde à sa vie, dans un merveilleux projet d’adoption qui s’étend à l’humanité entière.

La sagesse des psaumes : nous trouvons ce jour de l’Epiphanie des extraits de ce grand psaume messianique qu’est le Psaume 71. Le pouvoir bienfaisant du Roi-Messie est tout de suite caractérisé par son attention aux pauvres, et par la justice qu’il fait régner au lieu du droit du plus fort. Son influence pacifiante s’étend à toutes les nations qui viennent présenter leurs présents, annonce des Mages qui viendront saluer le petit Roi à Bethléem.

Nos grands amis de la semaine : pas très nombreux au calendrier cette semaine, seulement jeudi la mémoire de saint Raymond de Penyafort, un dominicain du 13e siècle qui illustra la vocation intellectuelle du nouvel ordre que l’Eglise venait d’accueillir en donnant au droit canon toutes ses lettres de noblesse : un droit fait pour la croissance spirituelle de chaque baptisé.
Au fil des lectures de semaine : bien sûr, l’Eglise continue de nous faire méditer sur la première lettre de Jean, dont nous lisons cette semaine les deux derniers chapitres. Comme évangiles, elle ne peut nous donner des épisodes de l’enfance de Jésus, car ceux-ci, peu nombreux, sont affectés à d’autres dates, elle nous présente des scènes de la vie publique du Sauveur qui sont autant de « manifestations » (d’épiphanies) de son Mystère : lundi son arrivée dans la région de Capharnaüm et le début de son ministère de guérison, mardi la multiplication des pains, mercredi Jésus venant à ses disciples en marchant sur la mer au milieu de la tempête, jeudi le début de la prédication à Nazareth, vendredi la purification du lépreux et la retraite priante de Jésus, samedi l’ultime témoignage de Jean le Baptiste.

M.G.

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