Les mystères de Tibhirine

par Jean-Gabriel Delacour

lundi 30 août 2010

Le film Des hommes et des dieux sort en salle le 8 septembre et tout le monde a déjà entendu parler de cette réalisation de Xavier Beauvois avec, entre autres, Lambert Wilson et Michael Lonsdale, ne serait-ce que parce qu’il a obtenu le Grand Prix du Festival de Cannes cette année. On sait qu’il reprend, avec les libertés qu’autorise le genre, la vie du groupe de cisterciens assassinés en Algérie en 1996 dans des conditions qui demeurent encore entourées de nombreuses incertitudes, notamment en ce qui concerne les responsables de la tragédie.

Le Figaro Magazine du 28 août est revenu sur un sujet qu’il a déjà traité à plusieurs reprises. S’y ajoutent deux ouvrages — en fait des rééditions, dont la première revue — qui aident à saisir la complexité de la situation : Passion pour l’Algérie. Les moines de Tibhirine, de l’historien américain John Kiser, et Tibhirine. Une espérance à perte de vie, du biographe français Jean-Luc Barré. Certes on y trouve parfois une volonté un peu trop appuyée de ne pas en faire des martyrs chrétiens mais de les situer dans la perspective d’une fraternité universelle où on ne chercherait pas à convertir. Mais on sait que, à l’intérieur même de l’Église catholique et jusqu’au sein de l’ordre cistercien, les approches n’ont pas été identiques sur les divers aspects de ce septuple crime.

En réalité, les mystères de Tibhirine ressortent de deux ordres, le religieux et le politique. En ce qui concerne le premier, peut-on savoir si la volonté des moines de rester dans le pays malgré les menaces constantes et les pièges sournois a contribué à faire connaître le christianisme, pratiqué sereinement mais ouvertement, comme une religion d’amour allant au-delà des clivages ? En se rappelant, par ailleurs, que le prieur Christian de Chergé avait été officier dans une section administrative spéciale durant la guerre d’Algérie — c’est-à-dire dans une des 600 zones de pacification rurale mettant l’armée au contact de la population —, on se trouve plus que tenté de répondre oui. Il faut aussi tenir compte du décès du cardinal Duval, « crucifié », selon ses propres termes, par l’annonce de leur assassinat, qui a semblé marquer la fin d’une époque.

Pour ce qui concerne les commanditaires et les exécutants de leur décapitation, on en reste forcément aux hypothèses. Même si le Gia — Groupe islamique armé — l’a revendiquée, il ne faut exclure ni une manipulation par certains services algériens, ni une action récupérée après coup, ni une bavure de l’armée algérienne, sans oublier les interférences françaises. Les demi-révélations qui se succèdent depuis bientôt quinze ans s’ajoutent à la complexité des relations franco-algériennes et à l’instrumentalisation de l’islam par divers responsables politiques et religieux.

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John Kiser, Passion pour l’Algérie. Les moines de Tibhirine, Paris, Nouvelle Cité, 2010 [1re édition : 2006], 480 pages
Jean-Luc Barré, Tibhirine. Une espérance à perte de vie, Paris, Fayard, 2010 [1re édition : Stock, 1997, sous le titre Algérie, l’espoir fraternel], 168 pages

Messages

  • A l’occasion de la sortie nationale du film « Des hommes et des dieux » de Xavier Beauvois, Grand Prix du Jury du festival de Cannes 2010, Prix Œcuménique 2010 et Prix de l’Education Nationale 2010, nous vous proposons ce texte intitulé « Une lecture musulmane du Testament spirituel de Christian de Chergé » de Soufiane Zitouni, professeur de philosophie.

    Voir en ligne : Une lecture musulmane du Testament spirituel de Christian de Chergé

  • Oumma.com nous invite à lire un prêche de Soufiane Zitouni (habitué des colloques catholiques-soufis (*) à propos de la sortie du film sur les 7 moines enlevés,égorgés et décapités par un groupe du GIA Algérien (Groupe islamique Armée) commandé par Djamel Zitouni (**).

    Je l’ai fait.

    Certes il fait l’éloge du Frère Christian, "si proche de la foi musulmane et de l’Algérie", mais il ne peut s’empêcher de trouver des "circonstances atténuantes" aux assassins.

    Il se sert pour cela d’une phrase du "Testament spirituel du Frère Christian" pour mettre en cause "la France colonialiste" et "le Gouvernement Algérien" "responsable de la situation qui a conduit certains musulmans à la lutte armée...

    Je cite le professeur de philosophie (à Valence) et soufi :

    « Christian réaffirme ensuite qu’il ne souhaite pas mourir, qu’il ne souhaite pas finir sa vie en martyr, surtout s’il doit ce « martyre » à un musulman croyant agir conformément à l’Islam, car il ne veut pas que l’Islam dans son ensemble soit stigmatisé à cause de sa mort. Lui qui a fréquenté tant de musulmans en Algérie, qu’il ne faut surtout pas qualifier de « modérés » comme on le fait aujourd’hui, sait pertinemment que la violence qui ensanglante son pays d’adoption n’est pas dictée par l’Islam lui-même, mais générée par trop d’années de frustrations, d’humiliations, de misères, de souffrances du peuple algérien, qui n’accepte plus qu’un pays aussi riche que le sien ne parvienne pas à subvenir à ses besoins les plus élémentaires… « Je sais le mépris dont on a pu entourer les Algériens pris globalement », ici Christian ne précise pas qui méprise les Algériens… on pense évidemment à la France colonisatrice, mais pourquoi pas aussi au pouvoir politique algérien lui-même ? Un peuple méprisé a des raisons objectives de se révolter et le peuple algérien est en plus un peuple très fier ! »

    On se demande que vient faire "la fierté et la révolte du peuple algérien" dans l’enlèvement et l’assassinat de 7 moines chrétiens, qui en plus étaient justement au service de ce peuple ?

    Et ailleurs,

    « Sa vie en Algérie a été marquée, fécondée en particulier par un « ribat el salam », un « lien de paix » vécu avec des soufis de Médéa de la Tariqa alawiyya (sous forme de rencontres régulières) (1), mais de manière plus générale, par ses nombreuses et régulières rencontres avec des musulmans algériens. Christian de Chergé était lecteur du Coran, il citait régulièrement des sourates dans ses homélies, et il alla jusqu’à reconnaître que le message coranique est parole de Dieu adressée aux hommes (2), ce qui n’est sans doute pas le cas de beaucoup de chrétiens, pour ne pas dire la majorité, même si beaucoup sont adeptes du fameux dialogue interreligieux…. (..)

    (2) Ibid. chapitre 4 : « La place de l’islam dans le dessein de Dieu » (pp.53-71) et chapitre 6 : « La lecture du Coran » (pp.93-106) et un livre collectif à paraître chez Bayard le 16 septembre prochain : Le Verbe s’est fait Frère, Christian de Chergé et le dialogue islamo-chrétien, de Sœur Bénédicte Avon, Anne-Noëlle Clément, Roger Michel et Christian Salenson (un groupe de travail de l’ISTR de Marseille consacré aux textes des moines de Tibhirine). »

    En quelque sorte Christian de Chergé était « presque » musulman… et soufi…

    Le témoignage des moines est en effet exemplaire, mais il est totalement chrétien, car le martyr pardonne à l’avance à ses bourreaux, ce qui n’est possible qu’en Christ, par Le Christ et avec Le Christ, Fils unique de Dieu…

    Certes la mort des Saints n’est pas étrangère à Dieu…

    Mais en aucun cas, leur sainteté ne doit conduire à croire que les martyrs justifie en quelque manière le crime de leurs assassins…le pardon n’enlève rien à la réalité du crime.

    Ceux qui ont enlevé et égorgé les moines sont des fanatiques musulmans, des criminels et des assassins qui ont commis leurs crimes au nom de l’islam. C’est un fait, n’en déplaise à leurs coreligionaires.

    Cela dit, bien entendu...

    « Pas d’amalgame, l’islam est une religion de paix et de tolérance »

    "seuls les musulmans qui n’ont pas recours à la violence sont de vrais musulmans, tous les autres qui égorgent, lapident,etc..au nom de l’islam sont de faux musulmans"

    "Nous avons tous le même Dieu...qui a inspiré Moïse, Jésus et Mahomet..."

    Je vous quitte, je vais aller voir le film…

    Que Dieu bénisse tous les hommes de bonne volonté….

    (*) http://www.wmaker.net/teilhard/EDITION-du-COLLOQUE-du-26-SEPTEMBRE-2009,-SOUS-le-PATRONAGE-de-l-UNIVERSITE-JEAN-MOULIN-LYON-III-et-sous-l-impulsion-de_a222.html

    (**) http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2010/08/28/01016-20100828ARTFIG00001-moines-de-tibhirine-qui-a-peur-de-la-verite.php

  • Les Lieux des hommes, CE SONT souvent les Lieux du sang. de tragédies Qui marquent UNE terre JUSQU’A en faire de l’ONU sacré espace Ceux. Depuis 1996, Tibhirine, minuscule village de l’Atlas algérien, à 90 kilomètres au sud de la capitale, HNE Sorti de l’nominale Géographique Anonymat le rapt et l’assassinat de Sept cisterciens français en Pleine guerre civile. Xavier Beauvois porte librement à L’Écran this mémoire en empruntant le titre de film au fils Psaume 82 : « Vous etes des dieux, des fils du Très-Haut, Tous vous ! Pourtant, Vous mourrez Comme des hommes. ».

    Voir en ligne : Des hommes et des dieux (Xavier Beauvois)

  • Bonjour,

    je suis Soufiane Zitouni, auteur de l’article "Une lecture musulmane du Testament spirituel de Christian de Chergé" publié sur le site oumma.com le 8 septembre dernier et je veux répondre ici à Michel de Lyon qui apparemment a mal compris mon texte. A aucun moment dans ce texte je ne trouve de "circonstances atténuantes" aux criminels qui ont assassiné les moines de Tibhirine. Si je parle des souffrances du peuple algérien, c’est parce que Christian de Chergé lui-même en parle dans son Testament spirituel, je le cite : « Je sais le mépris dont on a pu entourer les Algériens pris globalement. ». D’autre part, vous écrivez ironiquement : « En quelque sorte Christian de Chergé était « presque » musulman… et soufi… ». Eh bien à votre ironie, je rétorquerai que Christian de Chergé est allé plus loin encore que vous ne pouvez l’imaginer car il a osé affirmé que Jésus était le musulman le plus parfait, au sens de l’homme le plus parfaitement soumis à la volonté de Dieu... vous trouverez la référence à cette perle spirituelle dans l’ouvrage collectif disponible en librairie depuis hier : « Le verbe s’est fait Frère » (Bayard) de mes amis chrétiens Sœur Bénédicte, Anne-Noëlle Clément, Roger Michel et Christian Salenson. Ensuite, quand vous écrivez ceci : « Le témoignage des moines est en effet exemplaire, mais il est totalement chrétien, car le martyr pardonne à l’avance à ses bourreaux, ce qui n’est possible qu’en Christ, par Le Christ et avec Le Christ, Fils unique de Dieu… », vous faites preuve à mon sens d’un christianocentrisme intolérant (plénoasme) qui se situe à l’exact opposé du message d’ouverture transmis et vécu jusqu’au sacrifice suprême par les moines martyrs de Tibhirine. Enfin, quand vous écrivez : « Ceux qui ont enlevé et égorgé les moines sont des fanatiques musulmans, des criminels et des assassins qui ont commis leurs crimes au nom de l’islam. C’est un fait, n’en déplaise à leurs coreligionaires. », je ne peux que confirmer votre propos car effectivement, les terroristes islamistes qui ont assassiné et continuent encore aujourd’hui d’assassiner des innocents affirment le faire au nom de l’islam, mais souffrez le fait cher Michel que beaucoup de musulmans dont je fais partie ne se reconnaissent pas dans cet « islam », comme je l’espère pour vous, vous ne vous reconnaissez pas dans le « christianisme » à l’origine de divers massacres, tortures, assassinats d’innocents qui ont jalonné l’histoire de la chrétienté. Pour conclure cette réponse, je citerai simplement encore une fois un extrait du Testament spirituel de Christian de Chergé que vous ne semblez pas avoir médité sérieusement et sereinement : « Je sais aussi les caricatures de l’Islam qu’encourage un certain idéalisme. Il est trop facile de se donner bonne conscience en identifiant cette voie religieuse avec les intégrismes de ses extrémistes. »

    Salam aleykoum, Paix sur vous.

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