Franc-maçonnerie et satanisme

Les liaisons dangereuses

par Véronique Jacquier

jeudi 3 juin 2021

Statue en marbre de Lucifer, cathédrale Saint-Paul de Liège (Belgique).
© Hohun / CC by-sa

Interroger le lien qui pourrait exister entre la démarche maçonnique et les pratiques démoniaques peut susciter dénégations et ricanements de la part des intéressés. Mais de nombreux signaux rendent cette interrogation légitime.

Dans son livre Je servais Lucifer sans le savoir (éd. Pierre Tequi), Serge Abad-Gallardo alerte sur la dimension occulte, voire satanique, de certains rites maçonniques pratiqués dans les degrés les plus élevés de la hiérarchie. Un phénomène qu’il est difficile de cerner, car les frères des premiers grades en sont tenus à l’écart. «  Les apprentis et les compagnons l’ignorent totalement. Certains maîtres le devinent à peine. La plupart des francs-maçons des hauts grades le comprennent. Et ceux des plus hauts grades le maîtrisent. Pour ma part, j’avais entrevu et ensuite assimilé l’aspect occultiste et spirite de la franc-maçonnerie. [...] Cela ne me posait pas de problème. Il me fallut retrouver la foi, être touché ensuite par la tendresse de Marie, afin de discerner une imprégnation diabolique dans le rituel maçonnique  » écrit-il.

Serge Abad-Gallardo décrit ainsi la chaîne d’union maçonnique, un rituel incontournable qui se déroule à la fin d’une réunion en loge à l’issue d’une initiation. Les participants se disposent selon un tracé ovoïde qui évoque la forme d’un œuf et contient symboliquement la vie en puissance. Tous ont enlevé leurs gants blancs et ont croisé leurs bras sur leurs poitrines afin de faire circuler l’énergie fluidique. Chacun donne ensuite la main à son voisin et tous se retrouvent ainsi liés comme les maillons d’une chaîne.

Procédé spirite

Un simple geste de fraternité ? En apparence oui, mais les hauts gradés des loges connaissent la dimension magique de ce rituel. Le frère «  Pierre Dangle  », beau pseudonyme maçon, explique ainsi dans Le livre de l’apprenti (éd. La Maison de vie) que «  la chaîne d’unions auxquelles les frères réunissent leurs énergies permet qu’ils se mettent en liaison avec les frères passés à l’Orient éternel – les frères décédés. C’est donc un procédé spirite [condamné par l’Église NDLR] qui a pour effet une communication avec les défunts afin d’en obtenir la puissance : la pratiquer, c’est faire surgir l’énergie lumineuse qui nourrit les frères et leur permet de participer à l’œuvre  ».

Plus explicite encore est la place réservée à la figure de Lucifer dans les rites maçonniques. Il est symbolisé dès l’initiation par une étoile flamboyante que l’apprenti découvre en devenant compagnon. Pour les frères, Lucifer est «  l’étoile du matin  » ou «  le porteur de lumière  », ce qui est bien le sens étymologique du nom qu’il portait avant sa révolte contre Dieu. Dans cette optique, Lucifer est considéré avec faveur pour avoir opéré la transgression fondamentale : vouloir être comme Dieu.

Relativisme contemporain

Selon Serge Abad-Gallardo, les officiers et les maîtres de la loge ne sont finalement qu’un groupe de prêtres occultistes travaillant au progrès de l’humanité. Alors même que tout est secrètement inversé, dans une métaphysique dualiste où le bien et le mal s’équilibrent, et donc où rien ne saurait être totalement vrai ou faux. On voit donc le lien qui peut exister entre ce dualisme maçonnique et le relativisme dans lequel baigne notre société. Et il est tentant de voir dans le premier la source du second.

Ce relativisme contemporain, qui se retrouve par exemple dans l’indifférenciation sexuelle qui irrigue bon nombre de projets sociétaux, trouve ainsi un troublant reflet dans la figure de Baphomet, une idole mystérieuse qui fut vénérée par les Templiers, très présente dans les hauts degrés de la maçonnerie, mi-homme, mi-femme, doté d’un bouc à la mâchoire et de deux ailes noires dans le dos. Pour la franc-maçonnerie des hauts gradés, confie Serge Abad-Gallardo, «  c’est l’être parfait, homme et femme dans sa sexualité  ». Autrement dit, la volonté de faire de l’indifférenciation sexuelle une norme est une idée maçonnique, estime-t-il encore. Complotisme ? Pas si sûr.

La conversion d’un franc-maçon. Comment Dieu m’a arraché aux ténèbres des loges, Serge Abad-Gallardo, Artège, 264 p., 19,90 €.

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