Le sociétal et le social

par Gérard Leclerc

lundi 17 juin 2019

© Paralacre

Une question se pose après les élections européennes, ce n’est pas la seule mais elle taraude beaucoup d’esprits. Le score très décevant obtenu par François-Xavier Bellamy, candidat des Républicains, s’explique-t-il par les positions du philosophe dans le domaine sociétal ? C’est l’opinion du directeur de Libération, Laurent Joffrin, trop heureux de signifier l’échec de ceux qui sont les adversaires du gauchisme culturel dont son quotidien demeure un des principaux vecteurs. Mais cette opinion est également partagée par des responsables de Républicains qui ne craignent pas de déclarer leur hostilité à la ligne Bellamy. Ainsi Geoffroy Didier, partisan résolu de la PMA pour toutes, cogne sec dans Le Journal du dimanche : « Je vais me battre pour obliger la droite à s’ouvrir, à ne pas se rabougrir et à renoncer au sectarisme. Je veux une droite qui vive avec son temps. L’avenir de la droite, ce n’est pas d’être contre l’IVG. La droite prisonnière de ce carcan fait 8 %. »

Tiens donc ! Geoffroy Didier est-il sûr qu’une droite acquise aux réformes dites sociétales ferait des miracles ? Aurait-il fait mieux que François-Xavier Bellamy en se battant pour la PMA élargie et le suicide assisté ? Et s’il avait fait pire ? L’hypothèse n’est nullement inimaginable. Pour plusieurs raisons, la première étant que ceux qui donnent la priorité aux dites réformes sociétales choisissent d’abord les formations de gauche. La seconde raison se rapporte au départ massif de l’électorat dit conservateur de la droite traditionnelle pour rejoindre la République en marche. Ce qui le motive n’a rien à voir avec le sociétal mais se rapporte au fait que c’est Emmanuel Macron qui incarne aujourd’hui l’option libérale en économie et l’ordre dans la rue.

Par ailleurs, la droite traditionnelle est aussi victime du grand déclassement de la classe moyenne française et des transformations sociales qui lui sont liées. Car elle n’a pas à se battre seulement sur le front de la concurrence macroniste, elle doit affronter aussi le Rassemblement national qui coalise les révoltes de la France périphérique. La grosse erreur serait de croire que la question sociale n’existe plus, elle se repose en termes nouveaux et c’est elle qui détermine la moitié de l’électorat à refuser les partis dits de gouvernement. Il ne faut pas faire d’erreur d’analyse. Cela ne veut pas dire que les problèmes sociétaux sont secondaires. Mais c’est une autre affaire.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 17 juin 2019.

Messages

  • De la façonde verser le sociétal dans le social ou par l’inversede proposer le social dans le progrès sociétal.
    En France on aime les droits acquis, et la contestation d’un acquis comme un droit mène la course aux revendications toujours en plus.

    Mais les sujets de société, la démographie en baisse, le statut de la femme, de la mère ou de l’épouse qualifiés à parité égale avec le mari, le compagnon ou le partenaire ne sont pas au rendez-vous.

    Mère seule, en famille monoparentale, aux enfants sans père par défaut, la difficulté de gérer la famille en individuelle, les divorcées malgré elles, les veuves en situation de fragilité ne sont pas des vues de l’esprit mais une réalité au quotidien que les droits ne satisfont comme le semblent.

    En France on pense comme un fait acquis que toujours plus de dividendes suffiront à résoudre les problèmes, mais les problèmes sont toujours là, après le contentement premier du solde positif de leur condition sociale amélioré.

    En France on ne veut renoncer à plus de réponses matérielles aux problèmes sociétaux, mais les citoyens concernés réclament davantage de reconnaissance et d’égalité sociale.

    Répondre aux demandes salariales du moment par le travail réparti et mieux récompensé ne suffit à satisfaire le statut des attentes sociétales de minorités actives et demandeuses pour leur cas.

    Les sujets de GPA, de PMA, sont désormais parmi les espoirs de femmes en quête de réponses.

    En France on attend des bienfaisances en faveur des personnes en difficulté sociétale, agées, sans famille, en fins de vie, et l’on admet sans disconvenir que les humanistes, religieux et croyants soient bienvenus pour y répondre.

    Mais leur légitimité doit se vouloir neutre, laique, sans référence spirituelle avouée, comme si toute dimension personnelle était suspecte de sectarisme de l’esprit.

    En France on veut mais sous condition que les volontaires fassent dans le social mais sans emprise sociétale.

    On aime le rapport des résultats d’opportunités mais sans référence religieuse et chrétienne pour le cas déclarée comme moteur de leurs actes.

    A toute élection passée on compte les promesses électives des candidats et les prochaines qui seront municipales permettront aux citoyens votants de valoriser les enjeux et les bénéfices.

    Mais certains n’étant qualifiés ni de droite ni de gauche sur l’échiquier politique, on discourt de leur légitimité…
    Tolérance faible aux appartenances différentes, le vivre ensemble souffre d’un déficit démocratique de la nation.
    L’écheveau du social et du sociétal ne sont nullement démêlés par rejet réciproque de leur particularité, ni par une confusion des genres qui les confond dans leur autonomie.
    L’avenir réserve encore des débats imposés par les problèmes du moment qui perdurent toujours dans la vie nationale en attente de réponses.

  • Une analyse tout à fait pertinente.

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