Vote des catholiques

La grande remise en question

par Guillaume Bonnet

vendredi 7 juin 2019

François-Xavier Bellamy
© F.-R. Salefran

Le vote des catholiques français aux élections européennes du 26 mai a surpris les observateurs. 37 % de ceux qui se déclarent pratiquants réguliers ont voté pour la liste conduite par Nathalie Loiseau. Soit quinze points de plus que François-Xavier Bellamy.

Adjoint au maire de Versailles depuis 2008, engagé en faveur de La Manif pour tous en 2012, cheville ouvrière du lancement de Sens commun en 2013, avocat de la transmission dans ses essais philosophiques… De prime abord, F.-X. Bellamy semblait devoir faire le plein au sein de l’électorat catholique. Et sans doute ce facteur a-t-il pu conduire Laurent Wauquiez à le choisir en janvier pour conduire la liste des Républicains. Avec ce jeune homme, dont peu contestent la hauteur de vue, la charpente intellectuelle et la courtoisie, il pouvait espérer réussir la synthèse entre la France conservatrice et celle des périphéries, théorisée par Patrick Buisson.

La France des Gilets jaunes a voté RN
L’échec s’est avéré complet au soir du 26 mai. La France des périphéries, celle des Gilets Jaunes, a cristallisé son antimacronisme dans le vote pour le Rassemblement national, tandis que la France conservatrice a été siphonnée par la liste Renaissance de Nathalie Loiseau. «  La France conservatrice est macroniste  » tranche Gérard Leclerc, éditorialiste à France Catholique et sur Radio Notre-Dame.

Selon l’enquête de l’IFOP pour La Croix du 28 mai, 37 % des catholiques pratiquants ont voté pour la liste macroniste et même 43 % des pratiquants «  réguliers  ». Relativiser ces chiffres par le taux d’abstention serait vain : 84 % des pratiquants réguliers se sont déplacés, contre 50,5 % pour l’ensemble des Français.

On pourrait aussi discuter des critères de définition des catégories (non-pratiquants, pratiquants, pratiquants réguliers…) mais les écarts sont tels que la performance de Renaissance est incontestable : seulement 22 % des pratiquants ont voté pour François-Xavier Bellamy et ses colistiers, et 14 % pour la liste du RN. Autre statistique qui interroge, révélée le 27 mai par l’IFOP pour Paris Match, CNews et Sud Radio : 27 % de ceux qui avaient voté pour François Fillon en 2017 ont accordé leur suffrage à la liste Renaissance !

L’Europe, facteur déterminant
L’échec de Bellamy a donné lieu à de multiples interprétations. Les catholiques se seraient déterminés en fonction «  d’intérêts financiers de caste bourgeoise nantie  » affirmait sur Twitter l’abbé Christian Venard. «  L’électorat catholique choisit son bulletin de vote en fonction de ses intérêts  » estime avec moins de véhémence Gérard Leclerc, faisant sienne l’analyse du politologue Yann Raison du Cleuziou selon qui «  les catholiques correspondent à la sociologie du macronisme  » (Marianne, 29/05). Les facteurs économiques et fiscaux ont pourtant été moins déterminants chez les catholiques que chez l’ensemble des Français.

Pour 27 % des pratiquants, le pouvoir d’achat a été pris en compte, contre 54 % dans le corps électoral. De même, 39 % d’entre eux ont accordé de l’importance au poids de la fiscalité, contre 52 % en moyenne.

À l’inverse, 65 % des pratiquants et même 69 % des «  réguliers  » ont fait de la construction européenne un facteur décisif (contre 51 % en moyenne). Il semble hâtif de considérer le ralliement des catholiques à la liste Loiseau comme un réflexe de rentier.

En revanche, qu’Emmanuel Macron ait su attirer les faveurs des retraités, parmi lesquels les catholiques sont bien représentés, ne souffre guère de contestation. Le Président a pu leur apparaître comme un rempart face à la «  chien-lit  » qui s’est déchaînée en marge des Gilets jaunes. Par ailleurs, le remboursement du trop-perçu de CSG, opportunément crédité sur leurs comptes début mai, a pu atténuer leurs préjugés.

Crédibilité des Républicains en jeu
Mais, attachés à l’ordre social, à la diminution de la fiscalité et à la réduction de la dépense publique, les Républicains auraient tout aussi bien pu attirer leurs suffrages. Sans doute est-ce leur crédibilité qui est en jeu, comme l’a souligné l’historien Édouard Husson le 28 mai sur Atlantico : «  Le problème (…), c’est la conviction qui hante l’électorat LR que le parti est incapable d’agir.  »

Objection partagée par de nombreux catholiques, persuadés que Bellamy serait digéré par l’appareil politique après avoir fait le job. Laurent Dandrieu, résume leur pensée lorsqu’il titre son éditorial du 27 mai dans Valeurs Actuelles : «  François-Xavier Bellamy, the right man in the wrong place  »... que l’on traduira par : «  L’homme idoine, au mauvais en-droit  ».

Critiques et reniements
Difficile d’oublier en effet les missiles tirés dès sa désignation par certains ténors LR, ex-LR ou centristes en raison de ses marqueurs les plus catholiques. Il est «  à côté de la plaque  » estimait Dominique Bussereau, il «  ne coche pas toutes les cases  » jugeait Gérard Larcher, il incarne un «  retour en arrière  » assénait Jean-Louis Debré, il «  soutient Viktor Orban  » s’indignait Alain Lamassoure, il est «  contre la pilule  » s’inquiétait même Jean-Christophe Lagarde… Bellamy a dû montrer patte blanche tout au long de la campagne, en se réclamant par exemple de la position de Simone Veil sur la question de l’IVG. Seul le frémissement des sondages a suspendu un temps les insinuations.

Sitôt la défaite consommée, les critiques ont repris, à commencer par celles de Geoffroy Didier, directeur de campagne qui n’a pas hésité à renier le positionnement de celui qu’il venait de soutenir, non sans le caricaturer à l’extrême : l’avenir des Républicains «  ne peut pas être d’être contre l’IVG  » estimait-il dès le lundi 27 mai sur France Inter. Ou celle de Guillaume Peltier, premier vice-président des Républicains, passé par les rangs de Jean-Marie Le Pen, Bruno Mégret et Philippe de Villiers, appelant le 29 mai sur RTL à rompre «  avec le conservatisme sociétal, le rigorisme moral (et) la rigueur budgétaire  ».

Perspectives
Quelles perspectives envisager pour F.-X. Bellamy ? À la tête de la délégation LR au Parlement européen, sera-t-il en mesure de porter les thèmes qu’il défendait depuis des années au travers de son engagement intellectuel ? «  J’aimerais qu’il retourne à la philosophie. Nous avons besoin de vrais intellectuels catholiques  » espère pour sa part Gérard Leclerc. Privilégier le combat culturel au combat politique ? Oui, estime notre éditorialiste, et plus que jamais, car «  les enjeux politiques majeurs d’aujourd’hui sont culturels : l’instrumentalisation de la procréation, la dénaturation du mariage, par exemple, touchent au cœur de notre civilisation  ».

Cela dit, le 31 mai, un sondage Odoxa donnait à F.-X. Bellamy plus de 12 % de cote de sympathie chez les Français (soit 3,5 à 4 % de plus que son résultat aux élections européennes) et 56 % d’indice de satisfaction du côté de la droite tradi-tionnelle hors RN, c’est-à-dire une progression en quelques jours de plus 30 % ! Et si, avoir su perdre avec élégance était un gage d’avenir politique direct ?

Messages

  • L’article analyse bien la situation.
    L’électorat Catholique a été influencé par le dédain affiche par certains cadres LR , par le dénigrement feutre, le manque de confiance. C’est grave. Pourtant les électeurs avaient les moyens de s’informer. C’était le moment d’affirmer leurs valeurs, et de favoriser la pluralité des idées et le débat.

  • ll ne faut pas oublier de considérer d’autres éléments importants :
    1/ Ces suffrages sont tous à diviser par deux par rapport à la réalité de l’électorat compte tenu de la faible participation. La France populaire et d’origine étrangère a probablement été la plus la plus abstentioniste parce que l’Europe les intéresse peu.
    2/ la peur est très présente dans notre société, chez les plus âgés et chez tout ceux qui ont quelque chose à perdre ; Ils ont voté Macron par peur du pire.
    3/ Le vote catho ne se distingue pas de celui du reste de la population sauf qu’il y a moins de cathos à voter RN. C’est la responsabilité de nos clercs et de nos évêques s’il y a si peu de cohérence entre leur vote et les valeurs sociétales cathos . Nos pasteurs ont confondu pendant 50 ans le cathéchisme avec l’idéologie laïque des droits de l’homme.
    S’agissant de l’échec des LR, il aurait été encore plus flagrant sans Bellamy. Les LR à force d’avoir été l’UMPS ! ils ont bel et bien été remplacés par la nouvelle version de cette idéologie , c’est à dire le macronisme.

  • Certes c étaient les élections européennes mais voter Macron c est accepter les dérives de la bioéthique. Pour moi voter LRem est un non sens. Nous avons besoin de Bellamy de sa réflexion

  • Que les catholiques pratiquants aient largement choisi la liste Loiseau ne laisse de plonger l’observateur dans une grande perplexité teintée de forte inquiétude.
    Ce n’est assurément pas preuve de grande clairvoyance de la part de cet électorat.
    Macron et son camp – prompts à crier à la “fake-new” – ne cessent de mentir en parole comme en omission. Et ça commence à être parfaitement visible !
    La doctrine sociale de l’Église – mais qui la connaît, parmi les votants catholiques ? – est violentée depuis les 2 années du règne de Macron par toutes les mesures antisociales assénées à tour de bras. L’absence totale d’écoute des aspirations et besoins d’une immense partie de la France profonde (dite aussi péri-urbaine) exprimés lors du 17 novembre dernier et sans interruption depuis lors, mais surtout la répression – d’une violence extrême et inédite – systématique de toute manifestation s’en réclamant auraient dû interpeller « quelque part » l’électorat catholique...
    De surcroît, le discours de Madame Loiseau était d’une indigence rare, maniant les contre-vérités évidentes comme un mauvais bonimenteur de foire.

    Face à elle, le discours de Bellamy semblait plus en accord avec les exigences doctrinales de fond. Encore fallait-il faire abstraction de cette étiquette LR qui ne laissait planer aucun doute sur les relents malodorants de l’arrière-cuisine électoraliste de cette formation...

    Qu’est-ce qui peut donc amener un catholique pratiquant à porter ses suffrages à des candidats qui démolissent sans scrupules le système de protection sociale issu des combats du CNR ?

    Qu’est-ce qui peut l’amener à soutenir un (des) gouvernement(s) qui pratique(nt) la démolition accélérée du tissu économique national et brade les trésors (qui ne lui appartiennent pas et dont il est seulement le gardien) au mondialisme avide ?

    Qu’est-ce, enfin, qui peut l’amener à voter pour toutes gens qui vendent obstinément la souveraineté nationale (donc la liberté et l’indépendance de ses concitoyens) pour une poignée (très confortable) de deniers ?

    Tout cela n’est ni cohérent, ni compréhensible.

    Il est vrai que l’on n’a pas beaucoup entendu l’épiscopat se prononcer sur le formidable grondement social qui s’est exprimé par une immense floraison de gilets jaunes. Les églises des villes et des campagnes auraient dû ouvrir tout grand leurs portes pour accueillir cette multitude qui était délogée de ses ronds-points. L’Église n’est-elle pas la fine pointe de la recherche de la justice sociale ? L’Évangile ne met-il pas en avant le pauvre ?

    Il est vrai, par ailleurs, que nos évêques nous invitent avec une constance touchante, depuis soixante ans, à voter les yeux fermés pour “l’Europe”.

    Ce qui a, entre autres, amené certains chrétiens naïfs (du moins, on les espère ainsi) à envisager sans rire la canonisation du germano-vichyssois Schumann (une antithèse du chrétien Résistant De Gaulle) !...

  • Reginald de Coucy pose des questions étranges sur le vote des catholiques..Il y a longtemps que les cathos auto-proclamés ont déserté la France, gagnés par un christianisme hors sol et sans incarnation. Le chant "catholiques et français toujours" effraierait aujourd’hui ces chrétiens bien-pensants qui vont à la messe et passent de la démocratie chrétienne à la sociale démocratie et maintenant se vautrent sans vergogne dans la Macronie.
    Le centrisme à la Lecanuet a toujours eu la préférence des dévots depuis la guerre même si bon gré mal gré, certains votèrent De Gaulle sans doute par peur du bolchevisme... Mais de Gaulle chassé, nos dévots avec délice purent rejoindre les partis "centristes" ou les Sociaux démocrates.
    De Gaulle a toujours embarrassé nos dévots pour son panache et son exaltation de la France, eux préfèrent à l’invitation des évêques que l’on offenserait à qualifier "de france" le "grand Robert Schuman" futur auréolé, ils ne verraient rien à redire à ce que l’on sanctifie Jean Monnet...
    Ils votèrent Maastricht, le traité de Lisbonne , ils ne bougèrent pas quand ils virent la France se fracasser et s’émietter...Les chrétiens macronistes nous parlent de quelle europe ? celle de Dante, Goethe, Chateaubriand ? celle des bénédictins chère à Benoît XVI ? que nenni , non ils adhèrent à celle du libéralisme intégral, le dimanche à la messe et la semaine les yeux rivés sur leur compte en banque. Visiblement, ils ne sont plus de "France" mais appartiennent sociologiquement à la bourgeoisie de gauche ou de droite enfin réconciliée contre la France et contre son histoire et son peuple ou ce qu’il en reste.
    Les gilets jaunes ? a-t-on vu beaucoup de chrétiens s’en préoccuper ? Non, ils ont commencé à trembler quand avec complaisance le pouvoir a étalé jusqu’à satiété la violence chaque samedi dans des chaînes dites d’information : le centriste peureux ayant toujours la prééminence sur le chrétien, on vit les membres de l’église conciliaire jusqu’à celle qui parle de la France de Jeanne et de Saint-Louis aller voter pour la macronie "conciliaires et tradis enfin réconciliés" dans le vote macronien à défaut de l’être dans le christ.
    Les catholiques sont devenus mondialistes, les conciliaires redeviennent "internationalistes" contre les pauvres et le peuple, quant aux autres dont j’aime tant la liturgie, ils n’arrivent pas à aller vers le peuple et le social. Pleurer Notre Dame de Paris et voter Macron ! Bernanos, réveille-toi, ils sont devenus fous !!

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