Le sens de la messe

«  Le seul sacrifice agréable à Dieu  »

Propos recueillis par Maylis Guillier

vendredi 29 mai 2020

UN SEUL RITE ROMAIN, DEUX FORMES liturgiques. Ici le Père Abbé de Fontgombault, Dom Jean Pateau, lors du pèlerinage N.-D. de Chrétienté.
© ND de chrétienté

Après deux mois de privation, les fidèles retrouvent le chemin de la messe. Qu’elle soit en forme ordinaire ou extraordinaire, c’est l’occasion de refaire le point sur ce sommet de la vie chrétienne, avec l’abbé Jean de Massia, prêtre de la Fraternité Saint-Pierre. Il participe au pèlerinage N.D. de Chrétienté.

Qu’est-ce que la messe ?

Abbé Jean de Massia : On trouve la définition dès le Concile de Trente : la messe est la réactualisation, le renouvellement, du sacrifice du Christ offert sur la croix au Golgotha.

Le Christ ne souffre pourtant pas sa Passion à chaque messe…

C’est bien là le grand mystère de notre foi : il n’y a pas deux sacrifices, d’un côté celui de la Croix et celui de la messe. C’est le même, la messe est le sacrifice de la Croix représenté. Quand je vais à la messe en 2020, je monte au Golgotha. L’unique sacrifice offert une seule fois de manière sanglante, Jésus l’offre encore aujourd’hui, il le réactualise de manière non sanglante et sacramentelle – à travers le pain et le vin devenus corps et sang. Jacques Maritain parlait d’une présence du «  moment de la Croix  » au moment de la Messe : sous nos yeux il se passe la même chose qu’il y a 2 000 ans.

Que dire des messes sans fidèles, vécues lors du confinement ?

C’est une situation inédite, peu de théologiens y ont réfléchi. Pour autant, je ne pense pas que l’on puisse dire qu’il s’agit d’une absence de culte public, au sens où l’Église le définit : le prêtre prie aux intentions des fidèles, parle au pluriel et la communion de l’Église et des saints est bien présente à la messe. En réalité les messes qualifiées de «  privées  » n’existent pas. Le Christ offre la messe par l’Église à travers les prêtres et donc chaque messe revêt ce côté public essentiel au culte divin. Cependant, sans présence de fidèles, sans possibilité de se rassembler, le culte est gravement incomplet car notre religion est une réalité incarnée – Jésus a pris un corps : le corps mystique ne peut pas s’exprimer concrètement si les fidèles sont absents. Et les fidèles sont privés de la manifestation sensible du culte, si nécessaire pour leur foi.

Que dire des messes suivies devant l’ordinateur ?

En soi, je peux m’unir au sacrifice du Christ où que je sois : dans ma chambre, au travail, etc. Mais comme nous ne sommes pas des anges, nos actes intérieurs ont besoin d’être portés par quelque chose de très concret. Et pour beaucoup l’ordinateur ne répond pas vraiment à la demande… Attention, je ne dis pas que cela ne sert à rien car le virtuel nous permet de sanctifier le jour du Seigneur, d’écouter sa Parole, l’enseignement du prêtre, d’être en prière. Mais cela ne remplacera jamais la réalité de la présence à la messe. La messe étant le sommet de l’union avec Dieu qui se rend présent, tout cela ne peut se vivre à distance. C’est comme une relation d’amour à distance : on peut se téléphoner, mais cela ne remplace pas la vraie rencontre !

Quel est le risque d’être privé de la messe ?

Pour certaines âmes de grande qualité ce manque va être un catalyseur et ils retrouveront Jésus avec encore plus d’amour. Mais il faut être réaliste : parfois, nous allions à la messe plus par devoir ou par habitude. Ne plus y aller, à cause du confinement, nous met en danger : il faudra être vigilant à ne pas perdre cette habitude, et retrouver le chemin de la messe le plus vite possible. Aller à la messe le cœur débordant d’amour c’est l’idéal, mais y aller par devoir, c’est bien également : on y reçoit des grâces, des enseignements et les sacrements opèrent en nous en nous sanctifiant.

Il est impossible donc d’être missionnaire sans vivre des sacrements ?

Vers qui amener les gens si ce n’est vers Jésus, réellement présent dans son Église ? C’est le but même de la mission. Et on ne puise cette force de la mission que dans les sacrements, dans l’eucharistie, notre plus beau trésor. Si l’on vit la charité fraternelle sans prière ni sacrement, on place alors l’homme au-dessus de Dieu et on ne peut plus apporter Dieu aux autres.

Retrouvez l’intégralité de l’entretien dans le magazine.

Messages

  • He bien nous y revoici , merci mon Dieu. La Messe de toujours, merci pour l’image. Deux mois privé de Messes est un besoin vital pour nous individuels
    et surtout pour la France. Qui sous le patronage de de la Très Sainte Vierge
    a été bien épargnée. Merci a Elle ! au Père et a tous les saints, de France.

  • Je vous remercie pour cet excellent article. Je ne communie jamais dans les mains. En ces temps de déconfinement peut on espérer un retour à la communion sur la langue ? Le prêtre de notre paroisse n’y est pas favorable, suivant les directives de l’Evèque. Merci
    Brigitte DELOURME

  • On ne peut, bien sûr, que se réjouir de pouvoir enfin à nouveau se rassembler dans les églises pour participer à la sainte messe ! En référence à 29 mai, 20:13, il faut, oui, remercier la Sainte Vierge et tous les saints, et non seulement "tous les saints de France" puisqu’ils n’ont pas été canonisés sur la base de leur nationalité mais sur bien d’autres critères ; d’autre part, 2 juin, 17:59 a raison de remercier pour cet article, en soulignant toutefois la liberté de chacun de communier comme on dit "sur la la ngue" ou "dans la main". En effet, quelle que soit la manière dont on reçoit la sainte communion, il ne s’agit pas d’une obligation doctrinale et encore moins d’une mode fantaisiste. Dieu est, oh combien, plus compréhensif que nous !

    Enfin, serait-il interdit de quelque part regretter le titre du N° 3683 de France Catholique "Enfin la messe en vrai" présentant le risque d’être interprété comme un rejet lapidaire de la messe "virtuelle" ou "la messe en faux". Ils sont nombreux ceux qui auront, au contraire, remercié le Seigneur pour les messes via la télé ou "virtuelles" lesquelles, en des circonstances spécifiques, auront tout de même permis de participer, en union avec tant d’autres, à la sainte liturgie. Et, sans intention de, comme on dit, vouloir pousser plus loin le bouchon, exprimer sa gratitude pour la dernière diffusion du dimanche de Pentecôte, messe une fois de plus accompagnée de la très belle voix de Mme Jasmine Daoud !

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