Vincent Lambert

Le sens d’une mise à mort

par Gérard Leclerc

mercredi 17 juillet 2019

Marche pour la Vie (2015)
© Michel Pourny

La mise à mort de Vincent Lambert pose des questions d’ordre civilisationnel par-delà une tragédie personnelle et familiale. On a pu, à juste titre, regretter que le cas singulier d’un homme soit, en quelque sorte, jeté en pâture à l’opinion publique. Mais il est malhonnête d’en faire porter la responsabilité au père et à la mère dont la résistance au verdict de mort ne trouvait sa raison que dans l’attachement à un fils bien-aimé. Michel Houellebecq, dans une remarquable tribune publiée dans Le Monde, a souligné le fait que «  Vincent Lambert est mort d’une médiatisation excessive, d’être malgré lui devenu un symbole  ». Mme Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, qui porte la responsabilité d’avoir permis de franchir le dernier obstacle à la mise à mort, n’a-t-elle pas voulu, comme beaucoup de leaders d’opinion «  faire un exemple  » afin de «  faire évoluer les mentalités  », «  ouvrir une brèche  » à la légalisation de l’euthanasie  » ?

Une dignité inaltérable

Telle était bien l’orientation de la campagne qui se poursuit d’ailleurs au-delà de l’événement. Le lobby qui prétend défendre «  le droit de mourir dans la dignité  » exige qu’on tire les conclusions de l’affaire Vincent Lambert et qu’on légalise enfin, comme chez nos voisins belges et néerlandais, le suicide assisté. L’argument principal tient dans cette notion de dignité. Vincent Lambert aurait donc perdu sa dignité humaine, du fait de son état physique et mental. Seule l’extinction de son souffle vital était en mesure de lui rendre une condition respectable. Mais là encore, Michel Houellebecq explique de façon cinglante que «  la dignité (le respect que l’on vous doit), si elle peut être altérée par divers actes moralement répréhensibles, ne peut en aucun cas l’être par une dégradation, aussi catastrophique soit-elle, de son état de santé  ».

La responsabilité des croyants

Nous cernons ainsi l’extrême gravité de l’exemple qui nous a été donné, avec l’aval de la puissance de l’État, des plus hautes instances du droit et de la médecine, qui s’arrogent désormais la responsabilité de transgresser les plus vieux principes de l’humanité. Transgresser le principe «  tu ne tueras pas  » en même temps que celui du respect inconditionnel de la personne en dépit de ses faiblesses et de ses handicaps, c’est donner crédit aux grands prophètes qui annonçaient que la technicisation nihiliste de la modernité signifiait «  l’obsolescence de l’homme  ». Dans un tel climat, on ressent le poids de responsabilité qui repose sur les épaules de ceux dont la foi dans le Dieu ami des hommes conduit à professer, à l’encontre du courant mortifère qui nous emporte, cette dignité pour laquelle l’humain doit être respecté de la conception jusqu’à la mort naturelle.

Messages

  • Bonjour,
    Quelles que soient les responsabilités individuelles de chacun des décideurs et du contexte historique, il n’en reste pas moins que, à ma connaissance (je ne suis ni historien, ni membre de l’académie des sciences morales et politiques ...), c’est bien la 1ère fois, dans l’histoire connue, qu’un gouvernement (en l’occurrence le président de la République E. Macron et ses ministres A. Buzyn — Santé et Solidarité ... ! — et N. Belloubet — gardienne des sceaux ) décide arbitrairement de tuer, sans aucun motif pénal (justifié ou non) , politique ou stratégique (?) un individu, dépourvu d’une quelconque pathologie, démuni de toute défense, même élémentaire, membre de la communauté nationale en revendiquant, qui plus est, un acte charitable !
    Nous avions déjà le massacre — dans un silence assourdissant — des innocents que constitue les 200 000 avortements annuels (approximativement) depuis environ 25 ans, mais dans ce cas, la loi (décrétée par des personnes élues par une portion de la population) a "seulement" autorisé des individus à commettre ces meurtres.
    Ici, il s’agit d’une volonté délibérée du gouvernement contre l’un des plus faibles de ses ressortissants. Le gouvernement de l’État a donc, directement, de manière éclatante, dérogé (et s’est même opposé) à sa mission première et essentielle qui est la défense des plus faibles !
    Les responsables de l’État qui gouvernent notre prétendue "république" porteront devant l’histoire une responsabilité écrasante et proprement effarante.

  • Je reste révolté par les événements ayant conduit Vincent Lambert à mourir... Cela reste une triste histoire de famille qui a dégénéré mais qui aurait dû être rattrapée par le droit... Il va probablement devenir un martyr ... j’ignore ses sentiments religieux...car s’il était catholique il devrait pouvoir devenir un saint.

  • Bonjour,
    Tout en étant en plein accord avec vos arguments, je ne puis m’empêcher de m’interroger sur le concept, de "mort naturelle", repris dans votre phrase de conclusion "cette dignité pour laquelle l’humain doit être respecté de la conception jusqu’à la mort naturelle", .
    En effet, pour mourir de mort "naturelle", il faut aussi que l’on détermine ce qu’est une vie "naturelle", et de savoir si vivre entouré de machines, ou comme c’est mon cas, à coup de médicaments, est vivre "naturellement". Bien entendu je n’ai pas de réponse à cette question, mais comme on dit désormais : "elle m’interpelle".
    Dans tous les cas, merci pour votre revue, qui n’a pas peur de "dire au Monde ..."
    Très cordialement.
    Michel Goudin

  • Pour une fois je ne vous suis pas du tout : vous appelez "mise à mort" le passage d’une vie artificielle à une mort naturelle !
    Un médecin doit se sentir tout puissant lorsqu’il maintient en vie une personne qui n’est plus viable : il est le maître de la vie. En tout cas ce serait mon travers. Il est difficile de savoir quand on passe du soin à l’expérience démoniaque. En est-on même conscient ?
    La remise en cause de ses certitudes les plus établies est une nécessité de tous les instants ...

  • Suite à "Le sens d’une mise à mort" qui se passerait de commentaires et s’il y avait place à quelques questions : La dernière page du feuilleton mortifère commencé il y a 11 ans serait-elle vraiment définitivement tournée ? Peut-on honnêtement qualifier de "succès" le résultat de l’incroyable acharnement déployé contre une vie qui refusait de s’éteindre ? Qui, dans la version 2019 de l’épée contre le caillou, est sorti vainqueur du duel à armes inégales : le géant Goliath ou le petit David ?

    S’il voulait vraiment mourir, Vincent Lambert aurait-il résisté une décennie durant aux privations d’aliments et d’eau tentées à plusieurs reprises ? Force est de reconnaitre qu’ il aura fallu le déploiement de l’"invincible armada" de diverses et puissantes instances flanquées de leurs fidèles patrouilleurs, navettes et autres torpilleurs, pour avoir enfin raison, nous a-t-on dit, de Vincent Lambert, lourd handicapé en état pauci-relationnel.

    Est-ce Vincent Lambert qui serait vainqueur d’une lutte disproportionnée ? Le souffle de vie qui l’habitait aurait-il déclenché, en désespoir de cause, sa mise à mort sur ordonnance ? La question reste posée...

  • @ Jean Savoyant
    Étrange conception que vous avez de la vie : nourriture et hydratation seraient les signes d’une « vie artificielle » ! Vincent Lambert vivait et ce sont des soins naturels qui le maintenaient en vie, comme quelques milliards d’individus sur terre qui doivent se nourrir et, surtout, être hydratés. Il existe des situations de vie artificielle, en effet, mais ce n’était nullement le cas de Vincent Lambert.
    L’évaluation de la qualité de la vie est, sous nos contrées envahies par l’égoïsme, une notion, fluctuante, arbitraire et très relative.
    Les derniers évènements sociaux nous ont bien montré que le respect de la personne humaine est à géométrie variable. Quand on gaze à tour de bonbonnes des personnes pacifiques, quand on charge à la grenade et au LBD - au risque avéré de crever des yeux et arracher des membres - des manifestants désarmés, on n’a qu’une piètre estimation de la personne qui est en face.
    Qu’est-ce pour Mme Buzin que la mise à mort d’un handicapé au regard des avantages politiques escomptés pour tout un clan désireux de conserver le pouvoir ?
    Orwell avait raison, sauf que la réalité est encore plus vicelarde qu’il ne la dépeignait. En fait, les totalitaires qui sont en marche ont lu Orwell et procèdent par anesthésie douce.
    Le choc n’en sera que plus brutal lorsque les classes intermédiaires - encore favorisées jusqu’à présent parce qu’utiles à la jouissance des ultra-riches - seront, à leur tour, impitoyablement démantelées et traitées comme nuisibles ou détritus. L’observation du monde depuis soixante ans montre pourtant cette évolution impitoyable qui gagne les sociétés technologiquement évoluées et cette stratification de plus en plus serrée qui vise à éliminer les couches inférieures au profit de la fine pointe pour qui elles représentent seulement un coût inutile...

  • réf. : 19 juillet 20:10 par Réginald de Coucy

    Merci pour ce tour d’horizon réaliste et lucide. Il y a urgence à regarder bien en face la réalité de nos sociétés modernes lesquelles non seulement tolèrent, mais encouragent la culture du déchet, en attendant pour bientôt l’imposition de la civilisation de mort comme seule possible, valable et inéluctable.

    Demain il sera peut-être trop tard.

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