Le retour de l’histoire

par Gérard Leclerc

jeudi 19 mars 2015

Suivant mon habitude, je ne me mêlerai pas directement de la consultation électorale qui aura lieu dimanche. Je n’entrerai pas dans les polémiques auxquelles elles donnent lieu. Ce n’est pas du tout indifférence de ma part, bien au contraire. Je préfère, surtout dans le cadre de cette chronique, prendre un peu de distance pour apprécier les enjeux. Il est incontestable que la paysage politique a changé, aussi bien à l’échelle nationale, européenne que mondiale. Même si la globalisation a poursuivi sa progression, elle n’a pas pour autant abouti à une sortie de l’histoire, comme le prétendait Francis Fukuyama, au moment de la chute de l’Empire soviétique. Nous nous trouvons, bien au contraire, face à un retour de l’histoire, avec la montée des menaces dans diverses parties du monde. Et l’Europe n’est pas indemne de ces menaces. On le voit avec l’abcès de fixation ukrainien. Jean-Claude Juncker, le président de la Commission de Bruxelles, en est même venu à préconiser la création d’une armée européenne, qui donnerait à l’Union une crédibilité qu’elle n’a pas.

C’est quand même un assez joli paradoxe, alors que tous les pays sont engagés dans une réduction drastique de leurs dépenses militaires. Et c’est en contradiction avec un certain mythe européen qui consiste dans l’émancipation des contraintes de la politique classique. Et puis en même temps, ce mythe est en crise, ne serait-ce qu’en raison du manque d’adhésion des opinions publiques. Cela nous permet de rejoindre notre propre problématique française. Si les choses ont changé sur l’échiquier politique, si l’on est désormais dans le tripartisme, avec la montée en puissance du Front national, c’est à cause des effets ambigus de la mondialisation et du défaut de crédibilité de l’Europe. La droite est déstabilisée, la gauche l’est encore plus, et les zones périphériques en marge des métropoles, n’admettent plus les règles classiques du jeu bipolaire. J’ignore quel sera le dénouement de cette situation, mais nous observerons, avec les élections départementales, les lignes de force qui dessineront les échéances à venir, avec les décisions qui s’imposeront en 2017 pour l’élection la plus déterminante.

Chronique diffusé sur Radio Notre-Dame le 19 mars 2015.

Messages

  • La montée des périls, c’est la chance de l’Europe vers plus d’unité, d’intégration, de solidarité, de conscience d’un destin commun. C’est le retour de l’histoire, oui, c’est le retour de 1945, c’est le retour de la conscience d’un désastre. Les tempêtes se lèvent, ensemble nous serons plus forts.

  • Ne nous trompons surtout pas d’ "humanisme". Regardons et agissons en amont de l’humanisme, la doctrine chrétienne, catholique, a toutes les ressources. En particulier celles de la loi naturelle.

    N’oublions pas, justement, certaines de nos sources historiques majeures dont le siècle des "Lumières" n’est pas la moindre. De ces "Lumières" partirent à la fois le communisme et le nazisme. La lutte des classes et la luttes des races finalement en concurrence dans le flot de sang versé...

    La France qui n’échappa pas au totalitarisme durant la Révolution française. La France termina cette dernière de justesse avec Thermidor. Ce qui en fit un modèle de république bourgeoise (grande bourgeoise) étatique tout le long des deux siècles qui allaient suivre, à quelques parenthèses près sans suites historiques déterminantes.

    Cette situation politique donna cependant certains résultats qu’on apprécia, en particulier après la 2èmeGM avec un boom économique (appelé généralement les 30 glorieuses) sans précédant. Après la 2èmeGM, le modèle français fit ses preuves avec succès et beaucoup d’entre nous regrettons amèrement cette époque d’espérances se réalisant., Mais en même temps nous nous engouffrâmes, chloroformés une fois de plus par les idéologies humanistes très mal placées et envahissant nos cervelles, vers ce qui nous conduisit vers cette "Europe" de malheur qui, en fin de compte, démolit l’essentiel des structures politiques, économiques sociales de notre pays, comme d’autres. Mais cette république française thermidorienne est désormais atteinte par le ressac de la mondialisation qui sape ses bases de décennies en décennie sans aucune contrepartie pour la société civile et les producteurs. Cette mondialisation tant vantée par nos politiciens, lesquels sont pourtant tellement privilégiés par ce système, mais ils sont inguérissables. L’on voit partout les effets affligeants de ce système, non dit, de castes indéboulonnables du "pouvoir" lesquelles sapent les bases de la France qui ainsi s’étiole de décennies en décennies sans contrepartie ; l’ "Europe" de Bruxelles ne fait qu’enfoncer davantage la France dans les difficultés et la paralysie rampante... Le cas d’école de la Grèce parle de lui-même, ce berceau de la vraie Démocratie ! tandis que nous avons à présent une démocratie ploutocratique qui nous ment et nous crétinise et vend la France aux plus grandes fortunes mondialisées. Le cas de la Grèce s’applique avec toutes les nuances aux autres pays "européens" "européanisés" avec des produits économiques (entre autres l’euro) frelatés et hautement toxiques...

    Pour les personnes qui ont des réflexions indépendantes, il convient de dire aujourd’hui, avec force ; que cette situation n’est pas l’exception mais bien la "règle". Au point de vue historique, il suffit déjà de regarder vers la franc-maçonnerie en France et ailleurs qui fit, progressivement mais irrésistiblement, le "travail" de décatholicisation dans la durée quand on s’aperçoit à quel point ses "loges" distillent discrètement leurs "références" au sein de la société et que cette idéologie est mondialisée car mondialiste.

    Le mariage gay et lesbien, la procréation assistée pour les gays et lesbiennes, les débats sur l’euthanasie, la théorie du Genre et la sexualité expliquée en maternelle, et j’en passe bien d’autres ; sont des choses qui sont mises en place -en même temps- dans diverses nations européennes et que l’on nomme progrès...

    Et je ne parle pas de la politique étrangère, ce serait ici beaucoup trop long mais très réel.

    Il me vient cette autre réflexion. Louis XIV était "tenu" au respect de la loi naturelle, cette force mystérieuse, immuable, qui rend l’homme capable de raison, de Justice et d’équité. ... La loi naturelle représente ce qui est tacitement commun aux chrétiens et aux non-chrétiens. Il résulte de l’obligation de s’y soumettre que le Roi, quand il fait les lois, doit légiférer conformément à la raison et à la Justice. Une loi de déraison ou d’iniquité n’engage pas en conscience les sujets. Mais vous l’aurez remarqué, il n’en va plus du tout de la même chose aujourd’hui où un gouvernement fou, déraisonnable, inique, et injuste, impose malgré des manifestations d’opposition gigantesques et 700.000 pétitions mises à la poubelle, une Loi Taubira dite du "mariage" homosexuel et de l’adoption des homosexuels. Une loi qui n’a pas été votée par un monarque "absolu" mais bien par une -république absolue- et qui n’engage pas en conscience.

    C’est bien ça. Je le dis souvent. L’on voudrait que Jésus-Christ accepte "humainement" son procès et demande pardon à Caïphe... avec les conséquences terribles à la clé...

    Pendant que le chômage et la pauvreté, etc, augmentent, voici les "politiques" qui sont pratiquées, enfin ce qu’on appelle politique. De réformes décisives et positive pour la Justice dans la structure financière ? Rien ! Absolument rien ! Tout les voyants sont au rouge, mais la ploutocratie n’en a cure et l’on nous dirige comme un troupeau somnolent. Où ?

    On peut, on doit lire et s’informer de ceci très accessible (lien ci-dessous), clair, sain. Jamais personne n’a été aussi clair et pédagogiquement génial pour expliquer le rôle déterminant entre tous et les devoirs de la monnaie, ce qu’on appelle l’argent, que ce grand catholique franco-canadien Louis Even (France [Bretagne],1885, Québec 1974). Ses écrits n’ont pas une ride et sont de plus en plus d’actualité aujourd’hui :

    http://www.michaeljournal.org/signe.HTM

    • réf. : 27 mars 12:43

      Il m’en a fallu du temps pour bien lire, comprendre et retenir cette intervention très approfondie et bien - j’allais dire : courageuse. En effet, c’est ce que j’appelle aller à cette source inépuisable qu’est l’Histoire pour en tirer les éléments les plus appropriés pouvant expliquer, comment dire, sérieusement sur des bases solides les événements qui ont jalonné les étapes façonnant ainsi en grande partie l’aujourd’hui que nous vivons.

      Ne pas négliger non plus le lien vers Louis Even, digne du plus grand intérêt. Une vraie référence. A consulter absolument. Mon Dieu, qui donc écrivait : "Plus j’étudie et plus je me rends compte que j’ignore à peu près tout". Hier après-midi, je n’ai pas perdu mon temps mais, au contraire, gagné en connaissances. Depuis un un petit moment, ce forum de FC est comme en train de reprendre des couleurs. Serait-ce le printemps qui est en marche ? Bon signe. Deo gratias !

  • Pierre Manent fait observer que les Européens n’ont pas tant cru à la fin de l’histoire qu’à la fin de la politique...

    En fondant l’Europe communautaire, ils ont cru (une vraie "foi européenne", dit Manent) pouvoir confier leur avenir à un processus de gouvernance aux effets intégrateurs sans cesse plus puissants ; une gouvernance qui non seulement mettrait fin aux conflits mais qui susciterait une adhésion de plus en plus forte des membres de la communauté européenne eux-mêmes et des pays qui entouraient cette communauté.

    On a pu penser que la réunification du continent ratifiait cette vision des choses. Mais c’était oublier deux choses :

    - l’Europe communautaire a pris l’ossature de l’Etat nation sous la forme d’une administration mais n’en a pas l’essence : l’Etat nation est avant tout une communauté d’éducation et de vie dans une langue commune ; il n’y a pas de société politique européenne ; or, c’est dans le cadre d’une société politique nationale qu’en Europe les choix fondamentaux se déterminent. D’où le sentiment d’aliénation croissant qui s’exprime abondamment sur ce forum, envers une Europe qui s’approprie notre souveraineté sans aucune authentique légitimité pour l’exercer au nom des peuples européens.

    Pour prendre l’exemple le plus emblématique : en dépit du fait que le "parlement" européen est élu au suffrage universel direct, il ne peut pas être un "congrès" européen ; il n’est que ce qu’il n’a pas cessé d’être en réalité, en dépit du nominalisme européen qui consiste à croire que la réalité va émerger du changement des termes : une "assemblée de représentants des nations" n’ayant aucune autorité pour parler au nom d’une société politique européenne toujours inexistante ;

    - l’Europe communautaire se pensait sans ennemi : or elle est étonnée de s’en découvrir : Poutine sous une forme particulièrement brutale, vient de le manifester en Ukraine. L’Europe a tout autant sous-estimé le rôle de la force dans la politique, ce que la Russie vient lui rappeler.

    A cela s’ajoute le déséquilibre actuel qui fait de l’Europe la gouvernance des choix allemands pour le continent, de plus en plus mal vécue par bon nombre d’Européens, pas seulement grecs. L’Europe serait-elle en passe de redevenir un empire "euro-germanique" sans armée ? Un empire qu’on a longtemps cru bienveillant mais qui est de plus en plus ressenti comme nocif ?

    Je continue de suivre la pensée de Manent jusqu’à sa conclusion. Nous vivons un retour en force du politique et de la question de la souveraineté que les idéologues de l’Europe avaient pensé pouvoir éradiquer de notre culture, par aversion pour les nations regardées comme des entités dépassées et archaïques. La souveraineté n’est pas l’idée que s’en font les souverainistes. Elle ne nie pas les interdépendances dont aucune nation ne peut se passer. La souveraineté, c’est le corps politique qui, par ses institutions représentatives, décide comment faire face aux dépendances et aux nécessités du pays. Et un corps politique ne peut se gouverner librement que si les citoyens sont libres.

    On se trompe en voyant la Russie comme un modèle alternatif à l’Europe. On oppose une forme résurgente de "vieil impérialisme européen", la russe, à une forme post-nationale et post-libérale d’ "empire européen", certes moins brutal mais aux tendances tout aussi hégémoniques.

    Certes, la Russie nous offre l’image d’un corps politique qui fixe ses propres choix en toute souverainté ; mais d’un corps politique monstrueux dont la volonté est kidnappée par un autocrate et exercé aux fins de restauration d’un projet impérial anachronique.

    Dans ce contexte, la résurrection de l’Ukraine a une très profonde signification européenne car elle marque pleinement, et le retour de l’histoire (l’Ukraine est la dernière nation européenne a ressurgir des décombres de l’empire russe/soviétique) et le retour du politique. Elle est ainsi au coeur du réveil européen car elle démontre que la volonté d’un corps politique nationale de prendre en main son destin et de fixer ses propres choix continue de faire l’histoire en Europe.

    A Kiev, la place de l’indépendance (Maïdan) et la place de l’Europe sont voisines. Tout un symbole.

    Il n’est pas certain que les hommes politiques ukrainiens soient capables de relever ce défi. C’est tout l’enjeu de la suite du conflit avec la Russie.

    Mais les nôtres, sont-ils capables d’assumer cette aspiration au retour du politique ? Comment ne pas voir que Mme Le Pen, pourtant si peu charismatique, voit son audience s’amplifier car elle est en fait la seule à affronter directement cette question ?

  • Et les propagandes, meurtres et guerres se poursuivent avec, toujours ou presque, l’Occident à la manœuvre, ouvertement ou secrètement... Avez-vous entendu parler d’une condamnation par l’Union européenne des bombardements de l’Arabie saoudite sur le Yémen et sa capitale... ? Pourtant, le Conseil de sécurité de l’ONU vient de déclarer :

    "Le Conseil demande à tous les États Membres de s’abstenir de toute ingérence qui viserait à attiser le conflit et à aggraver l’instabilité et d’appuyer au contraire la transition politique." (22 mars 2015)

    • Je retrouve par hasard ce texte dans lequel l’évêque catholique Hudal explique pourquoi il a exfiltré des nazis en Amérique latine après la guerre.

      C’est un bon exemple de trouble du discernement entre le bien et le mal dont les catholiques ne sont pas à l’abri ainsi que l’illustre ce forum en d’autres circonstances.

      Pour réflexion...

      « La guerre des Alliés contre l’Allemagne n’était pas une croisade, mais la rivalité des complexes économiques pour la victoire desquels ils avaient combattu. Ce prétendu business… utilisait des slogans tels que démocratie, race, liberté religieuse et christianisme comme appâts pour les masses. Toutes ces expériences furent la raison pour laquelle je sentis qu’il était de mon devoir après 1945 d’orienter mon travail de charité essentiellement vers les anciens nazis et fascistes, et plus particulièrement vers les prétendus criminels de guerre. »

    • réf. : 28 mars 14:42

      En ce qui me concerne, n’ai entendu aucune (ou peut-être l’aurais-je loupée) condamnation par l’UE sur ce sujet. Quant au Conseil de Sécurité, il y a bien longtemps que l’on sait à quoi s’en tenir... Les archives de ce petit appendice des Nations-Unies (ou dites telles)
      est truffé de "demandes" de cet acabit jamais, comme de bien entendu, satisfaites. Et pour cause...

      En ce Dimanche des Rameaux prions pour, entre autres choses, que Dieu ouvre les consciences des très petits "Grands" de ce monde, et s’ils en étaient dépourvus, de leur en donner une.

Un message, un commentaire ?


Les forums restent ouverts durant 15 jours après la date de publication

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.