Le grand entretien de François

par Gérard Leclerc

lundi 23 septembre 2013

La revue Études des pères jésuites de France publie, en même temps que toutes les revues culturelles de la Compagnie de Jésus dans le monde, le texte d’un très long entretien avec le pape François. Ce texte est le résultat de trois rencontres que le père Antonio Spadaro, directeur de la célèbre revue Civiltà Cattolica a eues avec le Saint-Père, les 19, 23 et 29 août derniers. J’en conseille la lecture à tous, tant il est riche de contenu et nous permet de comprendre la personnalité de celui qui, à la surprise générale, a pris la succession de Benoît XVI. On pourrait parler d’un texte intimiste, tant l’intéressé se prête à un questionnement qui concerne ses ressorts les plus profonds. Nous autres Français serons évidemment sensibles aux liens spirituels et culturels que ce pape venu d’au-delà de l’océan a contractés avec notre propre culture. Il dit son admiration pour la grande figure d’Henri de Lubac ainsi que l’attention qu’il a portée aux travaux de Michel de Certeau sur quelques représentants de la mystique jésuite, qui appartiennent au Grand Siècle : Surin, Lallemant... Nous savions que le jeune Bergoglio avait lu Léon Bloy, mais nous ignorions qu’il avait lu aussi avec passion l’écrivain catholique Joseph Malègue, auteur d’un roman magnifique, Augustin, ou le maître est là.

Il y a tant de choses passionnantes dans ces trente pages d’entretien qu’il m’est impossible de les résumer ici, notamment sur les ouvertures de François en littérature universelle, en peinture, en musique et même en cinéma. Mais voilà, l’intérêt des médias s’est concentré sur quelques pages dont le contenu a été d’ailleurs complètement déformé. Peut-être y reviendrai-je, parce qu’on a affaire à une véritable escroquerie intellectuelle. Vouloir opposer le pape François à ses prédécesseurs Jean-Paul II et Benoît XVI, relève soit d’une intention perverse soit d’une incompréhension vraiment rédhibitoire. C’est pourquoi je ne puis que réitérer mon conseil : lisez au plus vite cet entretien et ne vous laissez pas impressionner par des gloses malhonnêtes.

Chronique lue sur radio Notre-Dame le 23 septembre 2013.

Messages

  • D’accord avec Gérard Leclerc sur la façon d’aborder ce texte important.

    Que le Pape ne règle pas sa parole en fonction de la façon dont elle risque d’être instrumentalisée par la presse, notamment européenne et a fortiori française, est l’expression d’une liberté dans la proclamation de la vérité qu’on ne peut que saluer. Nul doute que le Pape François soit déterminé à ne pas se priver de cette liberté-là pour être entendu de gens qui se trouvent à la périphérie de l’Eglise ou en dehors de l’Eglise.

    Il n’empêche qu’on aurait aimé qu’il trouve, non pas trente pages, mais quelques mots seulement de soutien, lorsque des milliers de Français étaient dans la rue pour défendre une certaine conception du couple, du mariage et de la famille. Pour l’instant en tout cas, on n’a pas eu l’impression que la crise de civilisation européenne était une priorité pastorale du nouveau pape et son entretien publié par les revues jésuites ne permet pas d’infirmer cette constatation. Mais tel n’était pas non plus le propos, doit-on reconnaître.

    Pourquoi toutefois recourir à des expressions aussi piégées que celles consistant à dire que le pape n’est "pas de droite", ce qu’Etudes a traduit fort jésuitement par "pas conservateur" ? On comprend bien que les références de l’ancien archevêque de Buenos-Aires sont plutôt latino-américaines (il s’est expliqué d’erreurs de jeunesse et le mot doit se comprendre dans ce contexte si particulier, y compris à la communauté jésuite) mais ce n’est pas le passage le plus heureux de son entretien.

    On n’attend pas du Pape qu’il dénie être de droite, de gauche, ou qu’il se dise conservateur ou progressiste...mais qu’il fasse de nous des "progressants" dans la foi en fidélité avec une Tradition vivante qui fait de l’Eglise un buisson ardent. Tout ce qu’a entrepris le Pape depuis le début de son pontificat démontre qu’il est bien, dans cet esprit marqué par la tradition franciscaine, le vrai pasteur de son troupeau universel et cela devrait nous suffire...

  • oui , il faut lire ce texte riche et souvent émouvant du pape François et ne pas se laisser instrumentaliser par les médias ou réactions courtes.
    Il cite et c’est fort beau " la Strada " comme un film qu’il a aimé par sa référence chrétienne en creux à Saint François mais aussi qui dévoile le massacre de l’amour, Il cite aussi Dostoïevski , on aurait aimé qu’il dise , à propos de ce géant, un peu pourquoi car r Dostoïevski n’a cessé de lutter contre l’athéisme et de prophétiser » le soleil noir du nihilisme « comme la tentation d’abdiquer sa liberté au profit d’un monde normalisé , que nous font fait vivre les totalitarismes et encore aujourd’hui.. .
    Sur la liturgie le pape François est quand même désinvolte avec Benoit XVI , et là nous avons cœur à dire : Saint ¨Père ; votre e prédécesseur avait des raisons profondes de respecter la liturgie de ceux qui veulent la vivre dans la fidélité au dépôt de la foi qui se transmet. Quant à l’entourage on croit savoir qu’il y a eu sabotage et même plus à Rome de la part de ce dit entourage.
    Enfin cela ne me choque pas que le pape ne veuille pas conservateur. Pour un et même surtout pour un tradi on ne sent spécialement conservateur . Je pense au mot magnifique de P. Boutang Notre société n’a que des banques pour cathédrales ; elle n’a rien à transmettre qui justifie un nouvel « appel aux conservateurs » ; il n’y a, d’elle proprement dite, rien à conserver. Aussi sommes-nous libres de rêver que le premier rebelle, et serviteur de la légitimité révolutionnaire, sera le Prince chrétien."
    Mais rentrer dans le jeu de la droite et de la gauche qui est une faux problème me semble une impasse. Il serait intéressant de sa savoir quel est le mot original qu’il a employé, droite ou conservateur ou a-t-i fait il volontairement la confusion entre les deux..
    L’esprit de Résistance, que nous vivons actuellement appartient à tous. Quand il est fondé.
    Finalement un beau texte du pape, qui tente de nous faire sortir de notre posture, sortir du bois, mais où les commentaires peuvent se révéler périlleux.
    Donc discutons sans nous laisser enfermer dans une posture, et disons quand nous nous sentons touchés.

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