Traduit par Bernadette Cosyn

Le célibat est la réponse et non le problème

par le père Carter Griffin

mardi 5 mars 2019

De nombreux catholiques, même parmi les plus croyants, semblent avoir renoncé au célibat des prêtres. A notre époque post révolution sexuelle, beaucoup voient le célibat comme un refoulement malsain des pulsions sexuelles, encourageant l’épidémie d’abus sexuels dans le clergé actuel. Selon cette ligne de pensée, si nous voulons nous débarrasser des abus sexuels commis par des prêtres, nous devons nous débarrasser du célibat.

C’est une solution qui, selon les mots d’un critique littéraire, est « géniale, plausible et complètement fausse ».

Le célibat n’est pas le problème. Les abus sexuels commis par des membres du clergé ne sont pas plus causés par le célibat que les adultères ne sont causés par le mariage. Il y a violation de promesses sacrées dans les deux cas, promesses que le Seigneur s’est engagé à aider à vivre fidèlement. Pour le dire autrement, autoriser les prêtres à se marier ne protégerait pas des transgressions sexuelles. Le mariage n’est malheureusement pas exempt de scandales et d’abus sexuels.

Le problème n’est pas le célibat mais un célibat mal vécu. C’est le fait de prêtres ne vivant pas chastement. La réponse appropriée n’est pas de supprimer le célibat mais d’exiger que les prêtres, tout comme les gens mariés, soient à la hauteur de leur vocation.

En fait, le célibat lui-même est un don précieux et irremplaçable pour l’Eglise. Il est généralement défini de manière négative comme « absence de mariage ». Mais c’est un choix positif, une puissante façon d’aimer avec une unicité d’objectif et une ouverture de cœur sans égale. Il permet au prêtre de vivre sa paternité spirituelle avec force et efficacité.

Les bénéfices spirituels du célibat sacerdotal ont enrichi l’Eglise et même la culture en général depuis des siècles. On abolirait ce célibat dans ce moment d’exaspération qu’on ne résoudrait pas le problème des abus sexuels mais en plus on priverait les générations futures des innombrables grâces de la paternité spirituelle qui nous parviennent par le célibat sacerdotal.

Alors, comment expliquer l’actuelle tempête de scandales ? L’histoire n’est pas bien jolie, mais il y a de bonnes nouvelles à la fin.

Tout d’abord, depuis des décennies, l’examen des candidats à la prêtrise a été incroyablement léger. Etre doué pour les études et être recommandé par un prêtre étaient généralement suffisants. Pas d’investigation poussée sur le caractère moral, la maturité spirituelle, pas de références exigées, pas d’examen psychologique.

L’Eglise a insisté à plusieurs reprises sur le fait que les hommes ayant des inclinations homosexuelles installées ne devaient pas être admis au séminaire (à ce propos, le dernier document à le rappeler a été approuvé par le pape François en 2016). Néanmoins, de tels hommes ont été admis en grand nombre.

Bien sûr, de nombreux prêtres ayant des tendances homosexuelles ne sont pas coupables d’agressions sexuelles et vivent saintement. Cependant, la grande majorité des abus sexuels commis par des prêtres consiste en abus homosexuels sur des garçons et de jeunes hommes. Aussi controversée qu’elle ait été, la sagesse de la détermination de l’Eglise est devenue, avec le recul, claire comme de l’eau de roche. Ne pas l’avoir respectée a eu des conséquences désastreuses dans les vies de milliers de jeunes hommes durant plusieurs décennies.

Deuxièmement, depuis des années, les séminaristes ont reçu une formation terriblement inadéquate pour vivre un célibat chaste. Selon le témoignage de prêtres formés durant ces années de bouleversement, principalement les années 70 et 80, les pratiques ascétiques et de vie intérieure nécessaires pour soutenir une chasteté saine n’étaient pas sérieusement inculquées.Beaucoup d’hommes ont même été ordonnés alors qu’ils avaient l’impression – fausse mais renforcée par des professeurs de séminaire – que l’obligation du célibat serait rapidement supprimée.

Dans certains séminaires, une culture dépravée de licence sexuelle parmi les séminaristes et même parmi les enseignants a corrompu des jeunes gens vulnérables ou a chassé de dégoût ceux qui cherchaient la vertu. Pour rendre les choses pires encore, dans plusieurs séminaires, la dissidence théologique et l’expérimentation liturgique étaient endémiques, conduisant à un double standard hypocrite que les hommes ont emporté avec eux dans la prêtrise.

L’infidélité intellectuelle nourrit invariablement l’infidélité morale. Si je peux tordre les enseignements de l’Eglise pour qu’ils collent avec mes propres opinions, préférences et lubies, pourquoi cette arrogance se limiterait-elle aux propositions dogmatiques et aux normes liturgiques ? Pourquoi ne s’attaquerait-elle pas aussi aux préceptes moraux ? La dissidence qui suppurait depuis des décennies dans les facultés de théologie a eu un prix à payer dévastateur pour l’Eglise, pas uniquement en confusion doctrinale et liturgique mais également, je l’affirme, en abus sexuels.

Finalement, une fois ordonnés, certains prêtres qui avaient grandi dans ce climat de duplicité laxiste ont été, sans surprise, infidèles. Et leurs supérieurs les ont rarement réprimandés de façon significative. Certains ont été à plusieurs reprises réaffectés mais quasiment aucun n’a été révoqué. Beaucoup d’évêques ont perdu courage et confiance en soi. L’extension de la corruption cléricale était un embarras douloureux pour les évêques et il en est résulté une culture du secret qui arrive maintenant en lumière.

Dieu merci, ce n’est pas la fin de l’histoire. De nombreux prêtres et évêques, contre toute attente, sont demeurés fidèles durant ces années lugubres, et aujourd’hui nous honorons leur témoignage héroïque. Alors est arrivé le document marquant de 1992, « Pastores Dabo Vobis », dans lequel Saint Jean-Paul II proposait un portrait tonique de la prêtrise et de la formation en séminaire.

Dans les années qui ont suivi, il a été mis en pratique de façon inégale de par le monde, mais la tendance à l’amélioration dans la qualité de la formation était manifeste. Les critères d’admission dans de nombreux diocèses se sont durcis et la qualité de formation dans la plupart des séminaires s’est améliorée de façon spectaculaire. Bien que beaucoup n’en aient pas pris conscience, la réforme du clergé a commencé il y a plus de vingt ans.

Il reste encore à faire. Puisque le célibat sacerdotal est un moyen privilégié de vivre la paternité spirituelle, nous devons continuer à améliorer la sélection et la formation des futurs prêtres à la lumière de cette paternité. Ils doivent avoir une identité masculine affirmée et un désir du mariage et de la paternité normal et sain, la capacité mûrie de renoncer à ces grands dons en vue de se consacrer à la paternité surnaturelle et posséder ou montrer des aptitudes pour les qualités humaines et les vertus qui font les meilleurs pères selon la nature.

Une fois ordonnés, les prêtres devraient être tenus aux plus hauts critères de chasteté. Les violations devraient être abordées systématiquement, rapidement et honnêtement, avec le sérieux qui convient à un important abus de confiance aux dépens de sa propre famille spirituelle. La chasteté – sereine, profonde et joyeuse – au service de la paternité sacerdotale est sans aucun doute la voie d’une authentique réforme de la prêtrise.

Les médecins médiévaux, avec les meilleures intentions, ont souvent traité des maladies en soutirant du sang à leurs patients, les privant à leur insu des nutriments mêmes dont ils avaient besoin pour aller bien. Ceux qui cherchent à soigner la maladie des abus sexuels dans l’Eglise en lui soutirant la grâce du célibat feront peu pour soigner la maladie et priveront cependant le Corps du Christ des nutriments spirituels nécessaires pour recouvrer la santé.

Si nous souhaitons régler le problème d’abus sexuels commis par des membres du clergé, nous devrions commencer par attendre de nos prêtres la même fidélité que celle que nous attendons de n’importe qui d’autre, et les appeler à embrasser, par le don du célibat, les bénédictions de la paternité spirituelle dont nous avons besoin aujourd’hui plus que jamais.


Le père Carter Griffin est un prêtre de l’archidiocèse de Washington. Depuis 2011, il est chargé de la sélection et de la formation des séminaristes au séminaire Saint Jean-Paul II du district de Washington. Il est diplômé de Princeton et est un ancien agent de ligne de la US Navy.

Illustration : « Cérémonie d’ordination dans la cathédrale de Lyon » par Edgard Degas, vers 1900 [musée Fitzwilliam, université de Cambridge, Angleterre]

Source : https://www.thecatholicthing.org/2019/02/24/celibacy-is-the-answer-not-the-problem/

Messages

  • Article intéressant.Je rajouterais qu’il y a de nombreux(ses)célibataires non religieux qui vivent le célibat dans la chasteté sans faire ’abus sur qui que ce soit.Tout comme les prêtres,ils doivent orienter leur célibat vers une "cause"quelconque et nourir leur vie spirituelle dans la prière,la parole de Dieu (Bible,Torah,Coran)Leur vie affective doit aussi être nourrie par de solides amitiés.Leur corps doit aussi bien se nourrir et faire de l’exercice...Tout comme les gens mariés,le célibataire doit rester vigilant dans ses pensées,ses lectures,ses films,videos...s’il veut rester chaste et ce,sans crispation...C’est un cheminement et ça s’apprend et que les gens mariés ne craignent pas de laisser leurs enfants à un célibataire...Ils ne sont pas tous pédophiles .tout comme les prêtres et les gens mariés...

  • "Le célibat et la réponse et non le problème" arrive comme un uppercut dénué, cependant, d’agressivité. Balayant au passage doctes explications et affirmations faisant du célibat des prêtres "La" cause des abus sexuels, voilà un article bien construit donc clair et partant compréhensible. Un seul exemple : en situant célibat des prêtres et mariage Carter Griffin avance qu’abus sexuel d’un côté et adultère de l’autre sont tous deux violations de promesse (ou engagement). Et quid de la formation des séminaristes apparemment inadéquate à un moment donné et l’admission à la prêtrise de candidats ne répondant pas aux exigences de la vocation. Dans ce contexte précis, noter l’expression "paternité spirituelle", aspect non négligeable du sacerdoce.

    Article intéressant à plus d’un titre. Pourquoi s’en priver ?

  • J’ai trouvé cet article très intéressant répondant à une logique de "paternité spirituelle". Je suis une femme mariée, chrétienne. Ma référence est Jésus qui a fait connaître le Père miséricordieux, l’amour universel qui ne peut être authentique sans liberté. Lui-même l’a montré (il sort un âne d’un puits le jour du Sabbat) et s’est fait dès lors rejeté par les religieux de son temps et mis en croix. Personnellement, je trouve que si un homme a une vocation de prêtre, il doit avoir le choix du célibat ou du mariage. Il n’y a que Rome qui impose le célibat aux prêtres. Les prêtres orthodoxes ou d’église orientale peuvent se marier. Imposer le célibat aux prêtres d’autres cultures comme les cultures africaines les met en danger. C’est évident.
    Par ailleurs, vous parlez de "paternité". A mes yeux, Dieu est père et mère. Il n’y a aucune raison non plus que la prêtrise ne soit pas ouverte aux femmes qui pourraient ainsi exercer leur "maternité spirituelle". La femme dans l’institution reste la descendante de Eve qui aurait conduit Adam au péché !! Alors que nous sommes appelés à grandir notre humanité en connaissant nos besoins vitaux physiques, psychologiques, émotionnels, intellectuels et spirituels, en pouvant les identifier et les satisfaire de manière adéquate, ceux-ci restent ignorés. Ne sommes-nous pas plus en tant qu’êtres humains qu’une plante ou un animal dont les besoins vitaux sont connus ?? A titre d’illustration de ces propos, je vous invite à lire un article de mon site consacré aux besoins vitaux qui concerne le Chanoine Houtart : http://www.reajc.be/pourlebonheur/fr/article.php3?id_article=266

  • Merci pour cet article très complet et très intéressant, et j’apprécie le parallèle entre l’engagement au célibat et à la chasteté du prêtre, et l’engagement à la fidélité de l’homme marié. Aimons nos prêtres et faisons leur savoir, c’est une force dont ils ont besoin, et surtout prions souvent Notre Dame du Sacerdoce, qui leur est d’un grand secours aimant.

  • Cet article pourrait peut-être souligner l’intérêt qu’il inspire quand on sait que l’auteur, Carter Griffin, né dans une famille presbytérienne, a découvert le catholicisme alors qu’il était universitaire et a été ordonné prêtre en 2004.

    Il y a parfois, chez les, disons, nouveaux-venus au catholicisme, une profondeur et une fraîcheur qui peuvent réveiller, chez les catholiques depuis toujours, une confiance un peu engourdie. Comme quoi, au milieu du tumulte qui bouscule l’Eglise en ce moment, quelques lignes peuvent surgir comme une invitation à prier pour nos prêtres.

    "Aimons nos prêtres et faisons-le leur savoir". Et, contrairement à ce qu’une médiatisation à outrance tente d’inculquer dans les esprits, nos prêtres ne sont pas tous des "criminels". Aux mère et père la vertu de bien vouloir s’en souvenir.
    Pour être crédibles...

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