Jean-Robert Pitte, géographe et essayiste

«  Le catholicisme
est profondément confiant  »

propos recueillis par Guillaume Bonnet

mercredi 30 septembre 2020

À l’inverse du bordeaux, «  protestant  », le vin de Bourgogne est selon Jean-Robert Pitte authentiquement catholique
«  Grâce au cépage pinot, il est fait pour l’abandon. Or, le catholique s’abandonne.  »

Ancien président de la Sorbonne, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences morales et politiques, le géographe Jean-Robert Pitte publie La planète catholique (Tallandier), une somme qui révèle combien la foi catholique façonne toujours nos paysages, notre culture, notre vie quotidienne.

Pourquoi la géographie du catholicisme est-elle si peu étudiée en France ?

Jean-Robert Pitte : La géographie universitaire est née sous la IIIe République, à une époque d’anticléricalisme virulent. S’intéresser aux religions apparaissait comme une entorse à la laïcité. Au XXe siècle, après la Seconde Guerre mondiale, les marxistes étaient très présents dans la discipline et aujourd’hui encore, même si les gens ne sont plus communistes, toute une branche de la géographie académique est fascinée par l’idée que le monde s’explique par des facteurs rationnels, en particulier par des modèles mathématiques. Je n’ai jamais été attiré par cette idée. Dans toutes mes recherches, sur le paysage ou le vin par exemple, j’ai toujours observé des rêves et des fantasmes que les gens assouvissent dans leur façon d’organiser l’espace. Les paysages ne sont pas seulement conçus pour la production, la circulation ou l’habitation. Ce sont des facteurs importants, mais on les organise aussi en fonction de sa culture. Cette géographie culturelle est difficile à appréhender car elle varie en fonction des individus, des familles, des régions, des sociétés, des pays ou des religions. Mais en France, la géographie pâtit d’une vision laïcarde. On peut pourtant être athée ou agnostique et s’intéresser aux questions religieuses ! Ne pas s’y intéresser, c’est se priver d’un facteur d’explication majeur.

Peut-on réduire le religieux au seul domaine de l’irrationnel ?

Je parlerais plutôt du mystère. Beaucoup de géographes rationalistes n’acceptent pas cette idée. Ils estiment que si l’on ne comprend pas tout ce qui se passe à la surface de la terre – en matière de climat, de relief, d’environnement ou de démographie par exemple – on finira par trouver des modèles et des explications.

Je pense pour ma part qu’il existe de nombreuses choses que l’on ne comprendra jamais parce que je crois qu’il existe une part d’irréductible dans la condition humaine, dans la Vie, dans l’organisation de l’espace terrestre, dans l’histoire de la planète, et dans certaines réalités qui nous dépassent. C’est dans cette part de mystère que réside Dieu, ce qui certes est difficile à accepter pour un non-croyant. Mais en ce qui me concerne, cela ne m’a jamais gêné de ne pas pouvoir tout expliquer, tout comprendre et de buter sur le mystère.

Qu’est-ce qui singularise fondamentalement la religion catholique ?

Son unité et son universalité, préfigurées dans les paroles du Christ lui-même : «  Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l’enfer ne prévaudront pas sur elle  ». Dans le catholicisme, il y a une institution qui s’appelle l’Église, dirigée par les successeurs de saint Pierre que l’on appelle les papes. L’évêque de Rome est le chef de l’Église. Les conciles, les synodes, ont déterminé une doctrine unique au fil des siècles. La proclamation de l’infaillibilité pontificale au XIXe siècle représente une étape fondamentale.

Désormais, à partir du moment où il y a proclamation doctrinale, le catholique n’est pas appelé à la discuter. C’est une originalité majeure du catholicisme qui suppose une grande confiance en l’Église et qui explique bien des caractéristiques de la relation des catholiques avec le pouvoir et avec leur conscience.

Un catholique est nécessairement habité par la confiance sinon il n’est pas catholique. Les actes de foi, d’espérance, de charité et de contrition – je ne sais pas si on les apprend encore aux enfants – sont des actes de confiance et le cœur de la doctrine catholique. «  Mon Dieu, je crois fermement toutes les vérités que vous nous avez révélées et que vous nous enseignez par votre Église, parce que vous ne pouvez ni vous tromper ni nous tromper  » : cela fait sourire dans le monde contemporain mais c’est bien ça le cœur ardent du catholicisme.

Retrouvez l’intégralité de l’entretien dans le magazine.

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